Pratique contemporaine

LE CYCLE DE LA VIE
NAISSANCE, ENFANCE ET EDUCATION
Genèse 1: 27-28
Dieu créa l'être humain à Son image… mâle et femelle Il les créa. Et Dieu
les bénit.


Genèse 35: 11
Croissez et multipliez; une nation, oui, une assemblée de nations, descendra
de vous.
Deutéronome 6: 6-7
Que les paroles que Je te prescris aujourd'hui soient gravées dans ton coeur.
Tu les enseigneras à tes enfants.
Le premier commandement de la Torah est Perou ourevou/Croissez et
multipliez (Gen. 1:28). La Bible enseigne que chaque naissance est porteuse
de la bénédiction divine. Dans la Genèse, nous lisons que Dieu dit à
Abraham : Je la bénirai (Sarah); Je te donnerai par elle un fils (Genèse
17:16). Depuis toujours, les Juifs ont ressenti chaque naissance comme une
expression du sacré et l'enfantement comme impliquant plus que le fruit de
l'acte sexuel et de la conception. La Bible n'est ni vague ni évasive en ce
qui concerne l'origine de la vie : Alors l'homme connut Eve sa femme, et
elle conçut et enfanta Caïn (idem 4:1), mais quand Eve donna à Caïn son
nom, elle reconnut l'aide de Dieu (idem). Dans la tradition biblique, Dieu a
toujours été présent et essentiel dans le processus de la procréation.
Aujourd'hui, nous continuons à conférer à la naissance d'un enfant une
dimension spirituelle et nous considérons que la bénédiction de
l'enfantement doit être partagée avec toute la communauté. Chaque enfant
né de parents juifs fait partie de la communauté juive et celle-ci partage la
responsabilité de l'éducation de l'enfant. Lorsque les parents ne sont pas ou
plus capables d'élever leurs enfants, la communauté devient responsable de
leur éducation. Mais la responsabilité première incombe aux parents et aux
proches (B. Baba Batra 21a).
le monde des mitzvot
4
Aucun moment de joie n'est plus intense que la Berit Milah/circoncision et
la Présentation de l'enfant à la Torah, car chaque enfant juif porte en lui le
germe de la survivance juive.
Un des principes fondamentaux du judaïsme est que chaque enfant est créé
pur et à l'image de Dieu. La Tradition insiste sur la pureté de l'âme. Cette
doctrine est clairement énoncée dans le Talmud : De même que Dieu est
pur, l'âme est pure (B. Berakhot 10a) et L'esprit te fut donné pur, de même
restitue-le pur (B. Chabbat 152b). Elle découle de l'affirmation de la Torah
que l'humain est créé à l'image de Dieu (Genèse 1:26-27, 5:1-3, 9:6). Cette
conception est rappelée dans la prière du matin : Eternel, l'âme que Tu m'as
donnée est pure (B. Berakhot 60b) et assure que chaque enfant naît avec un
potentiel d'amour, de créativité, de justice et de sainteté. C'est pourquoi les
parents juifs ont l'importante responsabilité d'élever leurs enfants afin qu'ils
soient capables, plus tard, de faire des choix sages et moraux.
C'est pourquoi le judaïsme a développé de nombreuses traditions autour de
la naissance de l'enfant et pendant les premières années de sa vie.
naissance
5
A - NAISSANCE
A 1 Procréation
C'est une mitzvah de mettre au monde des enfants.
Elle incombe à l'homme et à la femme; ils reconnaissent ainsi le caractère
sacré de la vie et l'importance des liens du mariage (Genèse 1:28).
Le Choulhan Aroukh stipule que l'homme a accompli cette mitzvah
lorsqu'il a un garçon et une fille (C.A. Even Haézèr 1:5).
A 2 Contrôle des naissances
Le judaïsme libéral respecte le droit des parents de déterminer le nombre
d'enfants qu'ils désirent avoir. Ainsi il admet le contrôle des naissances
mais encourage les couples à considérer la question du nombre d'enfants en
pensant aussi à l'avenir du peuple juif.
A 3 Avortement
Tenant compte du caractère sacré de la vie, le judaïsme a, depuis de
nombreux siècles, autorisé et même dans certains cas encouragé
l'avortement, lorsque la vie ou la santé de la mère était en danger. Ceci est
en accord avec la Michnah qui stipule que si le foetus met en danger la vie
de la mère, il peut être extrait par tout moyen, car la vie de la mère prévaut
sur celle du foetus (M. Oholot 7:6).
En accord avec cette tradition et, reconnaissant à la santé psychique de la
mère autant d'importance qu'à sa santé physique, le judaïsme libéral affirme
le droit de la femme de décider si elle peut ou non mener sa grossesse à
terme (C.C.A.R. 1967 Yearbook vol. 77 p.103). L'avortement peut être
médicalement indiqué en cas de risque de maladie génétique ou de
malformation du foetus. Dans tous ces cas, les parents devraient consulter le
rabbin.
A 4 Adoption
La mitzvah d'adopter des enfants et de les faire bénéficier d'un foyer, d'une
famille et d'une éducation est équivalente à celle de la procréation.
Le Talmud affirme que celui qui élève un orphelin est considéré, selon
l'Ecriture, comme son père biologique (B. Sanhédrin 19b).
le monde des mitzvot
6
A 5 Prière après la naissance
C'est une mitzvah pour les parents d'exprimer ensemble leur gratitude par
une prière, aussitôt après la naissance de leur enfant.
La science seule ne peut appréhender le mystère de la naissance humaine et
la beauté de l'état parental. L'expérience de la naissance doit faire prendre
conscience que l'être humain participe à un processus qui le dépasse.
La bénédiction de chéhéhéyanou est particulièrement appropriée : Béni
sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui nous as conservé la vie et la
santé et nous a fait atteindre ce moment (voir Siddour Sefat Hanechamah
p.244 et 2451). Dans la Tradition, Dieu est le troisième partenaire lors de la
procréation. Le Midrach précise que de même qu'un homme ne peut avoir
d'enfant sans une femme et une femme sans un homme, les deux ne peuvent
pas avoir d'enfant sans la participation de la Divine Présence (Genèse
Rabbah 8:9).
A 6 Tzedakah/acte de bienfaisance
C'est une mitzvah de faire un acte de Tzedakah à la naissance d'un enfant.
Certains font planter des arbres en Israël à cette occasion. Cette pratique
rappelle la coutume de l'époque talmudique qui consistait à planter un cèdre
à la naissance d'un garçon et un pin à la naissance d'une fille; quand ils se
mariaient, les montants de la Houppah étaient constitués des branches de
ces arbres (B. Guittin 57a).
A 7 Entrée dans l'Alliance
C'est une mitzvah de faire entrer tout enfant juif dans l'Alliance par les
prières et le rituel appropriés.
Le peuple juif est une communauté fondée sur la Berit/Alliance, comme il
est dit : Si vous êtes dociles à Ma voix, si vous gardez Mon Alliance, vous
serez Mon trésor entre tous les peuples. Car toute la terre est à Moi, mais
vous serez pour Moi une dynastie de prêtres et une nation
sainte…(Deutéronome 29:9-14). Et le peuple répondit d'une voix unanime :
Tout ce qu'a dit l'Eternel, nous le ferons (Exode 19:5). Selon la Tradition,
les hommes et les femmes contractèrent l'alliance du Sinaï avec Dieu
comme le rappelle le Midrach qui, à partir d'Exode 19:3, montre
qu'hommes et femmes étaient partie prenante lors de la Révélation sur le
mont Sinaï, puisqu'il est dit : Tu diras à la maison de Jacob -ceci concerne
les femmes- et aux fils d'Israël - ceci concerne les hommes (Exode Rabbah
28:2). Ainsi, même si, depuis l'époque d'Abraham, le mot Berit est le plus
1 SAH p.333, STL p. 466.
naissance
7
souvent associé à la circoncision d'un garçon (Gen. 17:9-14), chaque enfant
né au sein du peuple juif, fille ou garçon, est concerné par la Berit,
l'Alliance entre Dieu et le peuple juif.
A 8 La circoncision
La tradition ancestrale prescrit la méthode par laquelle un garçon est
introduit dans la Berit, comme il est dit : Pour toi, sois fidèle à Mon
Alliance, toi et ta postérité à travers les âges. Voici le pacte que vous
observerez, entre Moi et vous, jusqu'à ta dernière génération: circoncire
tout mâle d'entre vous…(Genèse 17:9-10). C'est donc une mitzvah de faire
entrer un garçon dans l'Alliance selon le rite de la circoncision : Berit-
Milah.
Plus qu'un simple acte chirurgical, la Berit-Milah concrétise l'entrée dans
l'Alliance et doit être accomplie en tant que telle.
Les parents consultent le rabbin pour l'accomplissement de cette mitzvah.
A 9 Circoncire le huitième jour
C'est une mitzvah de circoncire un nouveau-né à l'âge de huit jours, comme
il est dit : A l'âge de huit jours, chaque mâle parmi vous, dans toutes vos
générations, qu'il soit circoncis par vous (Genèse 17:12).
La mitzvah de la circoncision le huitième jour a une importance telle que la
cérémonie doit être accomplie même si le huitième jour coïncide avec un
Chabbat ou Yom Kippour.
La circoncision peut être retardée pour des raisons médicales. Dans ce cas,
elle doit avoir lieu le plus tôt possible, dès que la santé de l'enfant le
permet. En cas d'hémophilie ou de toute autre contre-indication médicale,
la circoncision peut être indéfiniment retardée. Les parents doivent alors
prononcer les prières appropriées pour faire entrer leur fils dans l'Alliance
(Voir Siddour Sefat Hanechamah p. 246-2481).
Bien que non circoncis, il est considéré comme un membre à part entière du
peuple juif et, de ce fait, totalement inclus dans la Berit.
A 10 Qui doit procéder à la Berit Milah
La milah doit être accomplie par un homme versé tant dans le domaine
religieux que dans le domaine médical : le mohèl. S'il n'y a pas de mohèl
dans la communauté ou si les parents préfèrent avoir recours à un médecin,
celui-ci sera juif de préférence et familier du rituel de la Berit Milah. Il
1 STL p. 412-414
le monde des mitzvot
8
accomplira l'acte médical sans perdre de vue le caractère religieux de l'acte,
et les prières et bénédictions appropriées seront dites.
Lorsque ni mohèl ni médecin juif ne sont disponibles, un médecin non juif
pourra être appelé. Maïmonide précise que tous peuvent circoncire et,
lorsqu'un mohèl n'est pas disponible, une femme ou une personne non juive
peut le faire (Yad Lois de la circoncision 2:1). Il incombera aux parents ou
au rabbin d'expliquer au médecin que la circoncision est pratiquée pour des
raisons religieuses et de veiller à ce que les prières soient prononcées.
A 11 Berit Lédah pour une fille
C'est une mitzvah de faire entrer les filles dans la Berit.
Dans nos communautés, cette cérémonie est appelée Berit Lédah/Alliance
de la naissance (Voir Siddour Sefat Hanechamah p.249-251).
A 12 Rôle des parents dans l'Alliance
La responsabilité de faire entrer un enfant dans l'Alliance incombe aux
parents. Traditionnellement c'était le père qui devait procéder à la
circoncision, mais il pouvait en charger un mohèl. Dans le judaïsme libéral,
les parents partagent la responsabilité d'introduire leurs enfants dans
l'Alliance et tous deux prennent part à la cérémonie.
A 13 Joie de la Mitzvah
Il est d'usage de faire partager à la famille et aux amis la joie de
l'accomplissement de la mitzvah de la Berit. Le Talmud précise que tout
commandement qu'Israël a accepté avec joie –comme celui concernant la
circoncision- doit être célébré dans la joie (B. Chabbat 130a). Si la
présence d'amis est souhaitable, un minyan n'est pas obligatoire. La
circoncision peut se dérouler dans le foyer familial, à la synagogue ou à la
maternité.
A 14 Coutumes liées à la Berit Milah
De nombreuses coutumes concernant les grands-parents et les amis se sont
développées au cours des siècles. L'une d'entre elles est la nomination d'un
sandek (celui qui tient l'enfant pendant la circoncision) et d'un kvater ou
d'une kvaterin (parrain ou marraine) qui porte l'enfant au sandek. Pour
toutes ces coutumes, le rabbin peut être consulté.
naissance
9
A 15 Donner un nom à l'enfant
C'est une mitzvah de donner un nom juif à son enfant.
La Tradition insiste sur le mérite de préserver notre héritage et de relier
ainsi les générations présentes aux générations passées. C'est pourquoi
donner à un enfant le nom d'un de ses ascendants revêt un caractère
important. Le Midrach rappelle que les enfants d'Israël, esclaves en Egypte,
avaient gardé leurs noms hébraïques (Lévitique Rabbah 32:5). Ce nom sera
annoncé lors de la Berit et pourra l'être également pendant l'office de
Chabbat matin lors de la "Présentation à la Torah" (voir Siddour Sefat
Hanechamah p.252-2541). Il est recommandé que cette cérémonie ait lieu à
partir du trentième jour qui suit la naissance. La coutume est d'associer le
nom de l'enfant au nom de son père en les reliant par le terme Ben (fils
de…) ou Bath (fille de…). Dans certaines communautés on relie le nom de
l'enfant à celui des deux parents (par exemple Yossef ben Daniel veRahel).
A 16 Choix du nom
On peut consulter le rabbin pour le choix d'un prénom juif. Les coutumes
sont différentes selon les communautés, les sefarades donnant
habituellement le nom d'un parent vivant, les ashkenazes celui d'un parent
décédé. Il n'y a aucune objection, dans les communautés libérales, à donner
le nom d'un parent vivant.
Il faut aussi prendre en compte le fait que certains noms sont difficiles à
porter. Donner un nom juif à son enfant n'est en aucun cas une obligation.
La Bible montre que parfois des personnages importants adoptaient des
noms locaux : Esther s'appelait Hadassah (Esther 2:7) et Daniel est devenu
Belthechazzar (Daniel 1:7). Le Talmud remarque que la majorité des Juifs
de la Diaspora donnent à leurs enfants des noms identiques à ceux de leurs
voisins non juifs (B. Guittin 11b). Tout nom doit être choisi avec sensibilité
car il sera porté pendant toute la vie de l'enfant à qui on le donne. Mais ce
nom n'est pas tout, car chacun porte trois noms, celui donné par ses
parents, celui par lequel il est appelé et le renom qu'il acquiert par luimême
(Ecclésiate Rabbah 7:1). Ce choix doit être celui des deux parents et
les différents à ce sujet ne doivent pas assombrir la joie du moment. Il
dévoile souvent les espoirs formés pour cet enfant et peut marquer son
destin.
A 17 Joie de la Mitzvah
C'est une mitzvah de faire partager la joie de la nomination de l'enfant.
1 SAH p334, STL p.416-418.
le monde des mitzvot
10
Cela se fait généralement en invitant la communauté à se joindre à la
famille pour un Kiddouch qui suit l'office pendant lequel l'enfant a été
présenté. Préparer un repas de fête lors de l'accomplissement de certains
commandements est une coutume très ancienne. Ce repas s'appelle seoudat
mitzvah/ repas d'un commandement. Ainsi il est dit à propos d'Abraham :
l'enfant grandit et fut sevré, et Abraham offrit un grand festin le jour où
l'on sevra Isaac (Genèse 21:8).
A 18 Pidyon Habèn
Le rituel du Pidyon habèn/rachat du premier-né est évoqué dans la Torah
(Exode 13:11-15). A l'origine, tout premier-né était consacré à la prêtrise.
Lorsque celle-ci a été attribuée aux descendants d'Aaron (les cohanim), tout
premier-né devait être symboliquement racheté au cohen. Le judaïsme
libéral n'attendant pas la reconstruction d'un Temple à Jérusalem dans
lequel les animaux seraient sacrifiés, les chairs brûlées, les pains présentés,
l'encens consumé… n'attribue plus au cohen un rôle particulier. Puisque
chacun, garçon ou fille, a les mêmes devoirs et les mêmes droits, la
cérémonie du rachat du premier-né (garçon) est remplacée par la
présentation à la Torah, pour les filles comme pour les garçons.
A 19 Adoption
Toutes les mitzvot et traditions concernant les enfants s'appliquent
également aux enfants adoptés.
A 20 Entrée dans le judaïsme
Si l'enfant adopté est né de parents non juifs ou inconnus, le rabbin
indiquera la procédure formelle d'entrée dans la communauté juive.
A 21 Donner un nom et faire entrer dans l'Alliance
Un enfant adopté doit être introduit dans la Berit et présenté à la synagogue
dès que la procédure légale initiale de l'adoption est terminée et que la
législation de l'Etat l'autorise. S'il s'agit d'un garçon déjà âgé, le rabbin doit
être consulté au sujet de la circoncision.
éducation
11
B - ELEVER UN ENFANT
B 1 Talmud Torah/éducation des enfants
C'est une mitzvah d'enseigner à son enfant les traditions et les croyances
juives, comme il est dit : Que les paroles que Je te prescris aujourd'hui
soient gravées dans ton coeur. Tu les enseigneras à tes
enfants…(Deutéronome 6:67).
Cette mitzvah est appelée Talmud Torah.
La responsabilité de l'éducation juive d'un enfant se partage entre la famille
et la communauté. C'est à la famille d'entourer l'enfant d'une atmosphère
propice à son développement physique et moral, et c'est à la communauté
d'organiser les institutions, de former les enseignants et de promouvoir la
célébration du Chabbat, des fêtes et des événements de la vie.
C'est pourquoi des parents juifs responsables doivent vivre leur judaïsme au
sein de leur foyer aussi bien qu'à la synagogue. Ils doivent montrer
l'exemple à leur enfant par leur participation à la vie communautaire, par la
prière, par la discussion de sujets juifs, par des actes de tzedakah,
l'acquisition et la lecture de livres ou de périodiques juifs…
Tout parent juif doit se sentir particulièrement responsable du
développement de la communauté.
B 2 Prière communautaire
C'est une mitzvah d'intégrer l'enfant dans la vie de la communauté.
Dès qu'ils le peuvent, les enfants doivent accompagner leurs parents aux
offices et participer à la vie communautaire.
B 3 Education religieuse
Les enfants doivent participer, dès que possible, aux cours du Talmud
Torah. Certaines communautés marquent le début de l'éducation religieuse
par une cérémonie qui montre à l'enfant l'importance de ce moment; cela se
fait généralement à Simhat Torah.
Les parents devraient s'efforcer d'aider leurs enfants à saisir l'importance de
cette mitzvah. C'est en emmenant leurs enfants aux cours et en participant
aux activités et à la vie de la communauté qu'ils y arriveront le mieux.
le monde des mitzvot
12
B 4 Enseigner
Enseigner les croyances et les traditions juives aux enfants de la
communauté est une mitzvah aussi importante que de les enseigner à ses
propres enfants. La tradition attribue au maître d'un enfant le même statut
que celui qu'elle accorde à ses parents, car enseigner la Torah à un enfant
qui n'est pas le sien, c'est comme lui donner la vie (B. Sanhédrin 19b).
B 5 Apprendre l'hébreu
C'est une mitzvah d'apprendre et d'enseigner l'hébreu.
L'hébreu est la langue de notre peuple et est appelé lechon hakodèch/langue
de sainteté. Le Talmud va jusqu'à promettre le monde futur à ceux qui le
parlent (Y. Chabbat 1:3). Il est un lien essentiel entre les Juifs et leur
patrimoine, entre les Juifs du monde entier et les Juifs d'Israël, et la clé pour
une compréhension plus profonde de la Torah et de la Tradition.
B 6 Montée à la Torah lors de la Bar/Bat-Mitzvah
C'est une mitzvah d'accepter l'honneur de monter à la Torah et de réciter les
bénédictions appropriées (voir Siddour Sefat Hanechamah p.1481).
Cela s'appelle une aliah (littéralement montée). Elle est généralement
accomplie pour la première fois lorsque l'enfant atteint l'âge de treize ans et
qu'il devient ainsi un Bar-Mitzvah ou une Bat-Mitzvah. Bar-Mitzvah
signifie fils du commandement. La Michnah précise qu'un garçon âgé de 13
ans devient personnellement responsable de l'application des mitzvot (M.
Avot 5:21) et de l'application des voeux qu'il serait amené à prononcer (M.
Niddah 5:6). Cet âge est celui retenu par la Tradition. Au 13ème siècle,
Rabbi Achèr ben Yehièl affirmait que c'était une loi donnée à Moïse sur le
mont Sinaï que, en matière de transgression, un garçon devenait
responsable à 13 ans et une fille à 12.
Dans nos communautés, garçons et filles célèbrent généralement leur
majorité religieuse à 13 ans. Certains parents restent attachés à la coutume
qui veut que les filles deviennent bat-mitzvah à 12 ans. Il faut rappeler
qu'une Bat/Bar-Mitzvah peut être célébrée plus tard (voir B8).
La cérémonie de Bar/Bat-Mitzvah marque traditionnellement le
commencement de la vie adulte. Les parents doivent souligner la solennité
de ce moment et ne devraient pas la diminuer en mettant l'accent sur
l'aspect social de la célébration. Le Kiddouch et la participation à un repas
de fête (séoudat-mitzvah) sont des traditions anciennes. L'importance du
jour peut être rehaussée pour l'adolescent et ses parents par un acte de
1 SAH p.131, STL p. 186.
éducation
13
Tzedakah. Bien que le but de l'étude de l'hébreu ne doive pas être
uniquement la célébration de la Bar/Bat-Mitzvah, celle-ci est généralement
l'objectif principal des enfants du Talmud Torah. En aucun cas la Bar/Bat-
Mitzvah ne marque la fin de l'éducation juive d'un enfant. Les parents
doivent aider leurs enfants à saisir la richesse et la diversité de leur
patrimoine juif et leur faire comprendre la nécessité de poursuivre l'étude
de leur héritage.
B 7 Etude pour les adultes
La mitzvah du Talmud Torah concerne tout Juif quel que soit son âge, qu'il
ait ou non reçu une éducation religieuse dans son enfance. La Tradition
insiste sur l'importance de l'étude et affirme que l'étude de la Torah
(Talmud Torah) est une mitzvah plus importante que sauver une vie… que
la construction du Temple… et que l'honneur dû aux parents (B. Meguillah
16b). Maïmonide affirme que tout Juif, riche ou pauvre, même un
mendiant, en bonne santé ou malade, jeune ou âgé, est dans l'obligation
d'étudier la Torah (Yad, Talmud Torah 1:8).
B 8 Bar/Bat-Mitzvah d'adultes
Les adultes qui n'ont pas célébré leur Bar/Bat-Mitzvah et qui désirent le
faire consulteront le rabbin.
B 9 Talmud Torah familial
Les parents qui accompagnent leurs enfants au Talmud Torah et les aident,
suivent eux-mêmes des cours, participent avec eux aux activités
communautaires et mettent en pratique les principes de la vie juive dans
leur foyer, accomplissent pleinement la mitzvah de l'éducation juive de
leurs enfants.

conversion
15
C - CONVERSION
C 1 Accueillir les convertis
C'est une mitzvah d'accueillir au sein de la communauté juive toute
personne qui désire sincèrement s'identifier au judaïsme, l'étudier, accepter
les Mitzvot et faire partie du peuple d'Israël.
Le principe de base est d'accueillir avec bienveillance ceux qui désirent
s'intégrer au peuple d'Israël. Cette attitude est celle des communautés
libérales et est en accord avec l'option d'accueil prônée par les textes
rabbiniques qui comparent les mérites des guérim/convertis avec ceux du
peuple d'Israël : Le Saint béni soit-Il a plus d'amour pour les guérim que
pour le peuple d'Israël. Les premiers ont recherché et accepté la Torah de
leur plein gré, alors que les derniers ont été mis devant le fait accompli au
pied du mont Sinaï (Tanhuma Lèkh Lekha 6).
Une personne convertie est appelée guèr (masc.) ou guiyoreth (fém.). La
connotation religieuse de la conversion semble être plus étroite que le terme
guèr qui signifie étranger et fait allusion à la notion de peuple. Mais la
conversion va au-delà de l'adoption d'une foi. Il s'agit également de
s'intégrer au sein de la société juive, de se sentir solidaire de son histoire, de
son présent et de son devenir, d'adopter sa culture et ses références.
Aujourd'hui ce processus d'intégration a pour cadre la synagogue et est à
tort perçu comme une intégration religieuse uniquement, même si l'avis
final est rendu par trois rabbins. Comme tout tribunal, ils représentent alors
l'expression de la société juive dans son ensemble. Le peuple juif a accepté
des guèrim/prosélytes depuis les temps bibliques. Ruth la Moabite, grandmère
du roi David, en est l'exemple parfait. Les normes pour la conversion
au judaïsme furent énoncées en référence à ses paroles : ton peuple sera
mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu, là où tu iras j'irai et là où tu seras
ensevelie je serai ensevelie (Ruth 1:16).
C 2 Processus du Guiyour
Le processus de conversion (guiyour) varie selon les communautés. Dans le
judaïsme libéral, l'élément essentiel est l'identification totale au peuple juif,
à sa foi, ses lois et ses coutumes, son histoire et sa destinée. C'est pourquoi
le processus du guiyour inclut des études intensives allant de pair avec des
rencontres périodiques avec le rabbin, la fréquentation régulière aux offices
du Chabbat et des Fêtes, la participation aux activités communautaires et la
pratique juive à la maison. Cette préparation s'étend sur plus d'une année.
le monde des mitzvot
16
C 3 Auto-acceptation
C'est une mitzvah pour un converti de se considérer comme totalement juif,
descendant d'Abraham et de Sarah, et de ceux qui contractèrent l'Alliance
du Sinaï. A un converti qui demandait à Maïmonide s'il pouvait réciter les
prières faisant référence aux ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob, alors qu'ils
n'étaient pas ses véritables ascendants, il répondit : Oui, …car de même que
tout Juif par filiation doit réciter les prières et dire les bénédictions
prescrites, vous aussi devez le faire… Quiconque adopte le judaïsme et
confesse l'unité du Nom divin tel que cela est prescrit dans la Torah est
compté parmi les descendants d'Abraham… Car la Torah nous a été
donnée ainsi qu'aux prosélytes, comme il est dit : "une même loi vous
régira, vous et l'étranger (guèr) qui vit parmi vous… vous et l'étranger,
vous êtes égaux devant l'Eternel" (Nombres 15:15)… Ne te considère donc
pas comme inférieur… Ta référence est directement liée à Celui dont la
parole créa l'univers (Lettre à Obadiah le prosélyte).
C 4 Intégrer les convertis
C'est une mitzvah pour des Juifs de naissance de considérer les convertis/es
comme des membres à part entière de la communauté juive, de ne faire
aucune distinction entre les convertis/es et eux-mêmes, et de les intégrer
dans la communauté.
Les rabbins ont très tôt reconnu l'existence d'un phénomène de rejet vis-àvis
des prosélytes. Ils se sont élevés avec vigueur contre cette dérive et ont
affirmé que si l'un d'entre vous est le fils de prosélytes, que personne ne lui
dise : souviens-toi qui étaient tes ancêtres (B. Baba Metzia 58b). Ils
rappellent aussi qu'Abraham lui-même fut le premier prosélyte et que son
père était idolâtre. Celui qui dénigre un prosélyte du fait de sa conversion
transgresse trois commandements bibliques : ne maltraite pas le guèr
(Exode 22:20), si un guèr vient séjourner auprès de toi, ne le maltraite pas
(Lévitique 19:33) et que personne ne lèse son prochain (Lévitique 25:17) -
le prochain incluant le guèr. (B. Baba Metzia 59b).
C 5 Prendre un nom juif
Habituellement le converti ajoute un nom juif à son nom comme symbole
d'identification avec le peuple juif. Dans les actes juridiques, au sein de la
Communauté juive, on ajoute à ce nom la désignation ben/bat Avraham
(fils/fille d'Abraham). Le Midrach affirme qu'Abraham est le père de tous
les prosélytes. C'est pourquoi un prosélyte sera appelé un/e tel/le fils/fille
d'Abraham, notre père (Tanhuma Lèkh Lekha 32).
mariage et foyer juif
17
MARIAGE ET FOYER JUIF
Genèse 2:24
C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère, et s'attache à sa femme,
afin qu'ils deviennent un seul être.
Psaume 127:1
Si l'Eternel ne bâtit la maison, c'est en vain que peinent ses bâtisseurs.
Cantique des Cantiques 8:6-7
Place-moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras, car
l'amour est fort comme la mort… ses traits sont des traits de feu, une
flamme divine. Des torrents d'eau ne sauraient éteindre l'amour, des fleuves
ne sauraient le noyer.
Dans un midrach (Genèse Rabbah 68:4), une matrone romaine demande à
rabbi Yossé ben Khalafta ce que Dieu fait depuis la fin de la création du
monde. Le rabbin répond que Dieu organise les rencontres entre les futurs
mariés. Après quoi, la matrone romaine s'empresse de montrer qu'elle peut
en faire de même avec ses servantes et ses serviteurs, et les marie les uns
aux autres. Le lendemain des mariages forcés, chacun arrive la mine
sombre ou marqué par quelque blessure. La matrone, prenant conscience
qu'il n'est pas si simple d'organiser les couples, reconnaît que Dieu a fort à
faire en s'occupant des mariages depuis qu'Il a cessé de créer le monde. Ce
midrach affirme que Dieu est un partenaire actif dans le mariage depuis le
début, puisque d'après le livre de la Genèse (2:18) Il créa le premier couple
formé par Adam et Eve. Il suggère également que trouver un compagnon
pour la vie n'est pas une mince affaire et que la sagesse divine peut aider en
la matière.
Le terme traditionnel en hébreu pour décrire le mariage est Kiddouchin qui
vient de la racine k-d-ch et exprime l'idée de sainteté. Le degré de sainteté
que le judaïsme assigne au mariage est attesté par les textes suivants :
lorsque mari et femme sont dignes l'un de l'autre, la Présence divine repose
sur le couple (Pirké de Rabbi Eliézèr 12) qui vit alors dans le monde de la
bénédiction, de la joie, du bonheur et de la paix (Midrach Tehillim 59). Le
texte continue en ces termes : et lorsqu'ils ne sont pas dignes l'un de l'autre,
le monde des mitzvot
18
le feu les consume. La présence de Dieu au sein d'un couple équilibré et
celle du feu qui consume l'autre couple se déduisent de la différence des
lettres qui composent le nom ich/homme et ichah/femme Les lettres en
commun, aleph et chin, forment le mot èch/feu, alors que les lettres
différentes, yod et hé forment l'un des noms de Dieu : Yah. Lorsque cette
complémentarité est réelle, il y a alors de véritables
Kiddouchin/sanctifications au sein du couple.
L'idée que le mariage, sans constituer un sacrement, est sacré et éternel au
même titre que la berit/alliance entre Dieu et Israël, est exprimée à de
nombreuses reprises dans la Bible (Jérémie 2:2, Ezéchiel 16:6-8, et Osée 2-
.2-20). Au Moyen Age, les poètes mystiques de Safed embellissaient la
liturgie du Chabbat par l'image de l'union entre Dieu et Israël pendant cette
journée (voir le Lekha Dodi, Siddour Sefat Hanechamah p.72).
Cette tradition, faisant référence à la consécration de l'Alliance, invite les
époux à faire de leur foyer un mikdach meat/une réduction du Temple, un
lieu de sérénité et d'échange, sanctifié par l'accomplissement des mitzvot.
Dans ce cadre privilégié, les enfants pourront être introduits et élevés dans
la Tradition afin qu'ils puissent bâtir l'avenir du peuple d'Israël, du royaume
de prêtres et du peuple saint envisagé par la Torah (Exode 19:6).
mariage
19
D - LE MARIAGE
D 1 Mitzvah du mariage
C'est une mitzvah de se marier et de vivre avec son/sa conjoint/e d'une
façon conforme au mariage tel qu'il est conçu dans la Tradition, c'est-à-dire
de créer une relation particulière - Kiddouchin- où chacun devient le
complément et l'associé de l'autre.
Il n'y a pas de loi spécifique contraignant au mariage, mais Maïmonide
compte cette obligation parmi les 248 commandements positifs et le déduit
de : quand un homme prend une femme et l'épouse…(Deutéronome 24:1)
Le mariage, fruit d'une libre décision, est une alliance scellée avec une
autre personne, de façon volontaire et définitive. Il est comparé de façon
allégorique à celui entre Dieu et Israël tel qu'il est décrit dans Osée (2:19-
20) : Je t'épouserai pour toujours, Je t'épouserai par la justice, l'équité, la
grâce et la compassion; Je t'épouserai en toute loyauté et tu sauras que Je
suis l'Eternel.
D 2 Consulter le rabbin
Avant de prendre toute décision concernant la cérémonie du mariage, il est
préférable de consulter le rabbin. Il expliquera au futur couple le sens du
mariage selon notre Tradition, leur communiquera les dates pendant
lesquelles le mariage peut avoir lieu et les informera des lois et des
coutumes liées à la cérémonie. Si un des partenaires ne connaît pas le
rabbin ou la communauté, il pourra ainsi mieux se préparer à ce moment
essentiel.
D 3 Conditions légales pour la célébration d'un mariage
La loi civile exige qu'un mariage civil précède le mariage religieux. Un acte
de mariage civil sera donc exigé avant la célébration religieuse.
D 4 Subir un test médical
C'est une mitzvah de subir un test pour déceler les maladies génétiques ou
infectieuses dont l'un des conjoints peut être porteur, en gardant à l'esprit
l'impératif traditionnel de la sanctification de la vie.
Si une question se pose, il est conseillé de consulter les autorités médicales
compétentes et le rabbin.
le monde des mitzvot
20
D 5 Bénédiction à la synagogue avant le mariage
C'est une mitzvah de se rendre à la synagogue avant le mariage, de
préférence un samedi matin.
La Tradition affirme que, lors de la construction du Temple, Salomon avait
fait ouvrir des portes spéciales pour les personnes en deuil et les nouveaux
mariés. Les nouveaux mariés étaient ainsi accueillis par ces mots : Que
Celui qui réside dans cette demeure vous accorde joie et bonheur, des fils
et des filles… Après la destruction du Temple, les rabbins proposèrent que
les personnes en deuil et les nouveaux mariés se rendent à la synagogue et
dans les maisons d'étude. Les nouveaux mariés étaient alors reçus et
félicités …. (M. Soferim 19:12, Pirké de Rabbi Eliézèr 17). Cette coutume
serait à l'origine de la montée à la Torah des futurs époux sur lesquels le
rabbin invoquera la bénédiction divine. Dans la tradition ashkenaze, cette
cérémonie est appelée : aufruf.
Après l'office, certaines familles offrent un Kiddouch à cette occasion.
D 6 La Mitzvah du plaisir conjugal
C'est une mitzvah pour un homme et une femme liés par les Kiddouchin
d'enrichir leur vie de couple, en particulier dans l'union sexuelle, comme
dans tous les aspects de la vie commune.
Cet approfondissement de leur relation ne pourra que rendre encore plus
solides les liens qui les unissent.
La Tradition accorde une grande importance à l'accord entre les époux, y
compris sur le plan sexuel. Le Talmud insiste sur le plaisir conjugal (B.
Nedarim 20b, Niddah 31a-b, Yevamot 34b, Sanhédrin 85b…).
L'autorisation accordée aux femmes d'utiliser un moyen contraceptif prouve
que relation sexuelle et procréation pouvaient être dissociées (B. Yevamot
12b et 100a, Ketoubot 39a, Niddah 45a…) On peut citer trois textes à ce
sujet : Une personne qui aurait refusé des plaisirs qui lui sont permis aura
à en rendre compte devant Dieu (Y. Kiddouchin 4:12); L'acte sexuel est
une chose pure et sainte lorsqu'il est accompli à un moment et avec une
intention justes… Dieu a tout créé avec justesse… et si nos organes sexuels
étaient une disgrâce, serait-il envisageable que Dieu les ait créés pour
qu'ils soient un objet de disgrâce ou de honte ? (Iggérèt Hakodèch
attribuées à Nahmanide) et la Torah nous enseigne les bonnes manières,
c'est pourquoi un époux ne rentrera pas dans la chambre de son épouse
sans son autorisation (Pessikta Rabbati 17b).
mariage
21
D 7 Egalité dans le mariage
Il est vrai que la tradition biblique et rabbinique a toujours cherché à
protéger la femme, par l'introduction de la ketoubah par exemple. Mais la
femme a toujours été subordonnée à son mari, car la société juive a
longtemps été une société patriarcale au sein de laquelle le mari était la
figure dominante. Depuis de nombreuses décennies, pour reprendre les
paroles de Montefiore et Loewe, il est évident que l'attitude rabbinique
concernant les femmes était opposée à la nôtre et nous en trouvons la
preuve dans le Siddour orthodoxe qui invite l'homme à dire : "Béni sois-Tu
Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui ne m'as pas fait femme", même si
d'autre part ces rabbins avaient respect et amour pour leur femme…
(Rabbinic anthology p.507). Déjà à l'époque du Talmud, les rabbins
insistaient sur l'attention que le mari devait accorder aux aspirations et aux
besoins de la femme. Ainsi le mari doit être sensible à l'honneur dû à son
épouse, car la bénédiction entre dans la maison grâce à la femme (B. Baba
Metzia 59b). Ces nobles sentiments sont contredits par la législation qui nie
une identité juridique propre à la femme. C'est ainsi que dans les
synagogues orthodoxes, seul l'homme passe l'anneau au doigt de la femme
et signe la Ketoubah/acte de mariage. C'est ainsi également que seul
l'homme peut initier le divorce et c'est pourquoi aussi se pose aujourd'hui le
problème des Agounot/femmes abandonnées (dont le mari a disparu) qui ne
peuvent pas se remarier.
Dans le judaïsme libéral, cette incapacité légale de la femme a été levée.
Les Kiddouchin établissent une relation égalitaire entre l'homme et la
femme. Ils sont des partenaires égaux au sein du foyer, liés l'un à l'autre de
la même façon. C'est pourquoi tout geste et toute situation qui, pendant la
cérémonie du mariage, pourraient laisser supposer la supériorité de l'un par
rapport à l'autre doivent être évités.

interdits liés au mariage
23
E - INTERDITS LIES AU MARIAGE
E 1 Mariages interdits
Depuis les temps bibliques les mariages consanguins sont interdits. Ces
lois, énoncées dans la Torah, ont été développées dans le Talmud qui les
fait découler de Lévitique 18:6-18 (B. Yevamot 21a). Le judaïsme libéral
retient ces lois, comme le font en général les codes civils.
E 2 – Dates inappropriées
La Tradition détermine des dates ou des périodes pendant lesquelles les
mariages ne peuvent pas être célébrés, en particulier le Chabbat et les jours
de Fête, c'est-à-dire les journées qualifiées de Mikraé kodèch/convocations
de sainteté dans Lévitique 23. Il s'agit de Chabbat, Pessah (1er et 7ème jours),
Chavouot, Roch Hachanah, Yom Kippour, Souccot et Chemini Atsérèt-
Simhat Torah.
Les mariages ne sont pas célébrés le 9 Av, le Yom HaShoah et pendant
l'Omer (au moins jusqu'à Lag Baomer), les jours intermédiaires de Pessah
et de Souccoth, les 3 semaines précédant le 9 Av et les périodes de deuil.
La pratique peut varier selon la communauté. Il est donc important de
consulter le rabbin à ce sujet.
E 3 Période d'attente avant le mariage
La Tradition interdit le mariage d'une veuve ou d'une femme divorcée avant
qu'une période de 90 jours ne se soit écoulée depuis le décès du mari ou le
divorce. Cette prohibition dérive de la nécessité de savoir exactement qui
serait le père d'un enfant à naître.
Lorsque la possibilité d'une grossesse est exclue, le judaïsme libéral ne voit
pas de raison de ne pas raccourcir cette période, surtout dans le cas d'un
divorce lorsque la séparation est déjà ancienne. Il est néanmoins
recommandé d'attendre au moins 30 jours.
La Tradition insiste sur la nécessité d'attendre que les trois Fêtes de
Pèlerinage (Pessah, Chavouot et Souccot) soient passées, c'est-à-dire 7
mois au moins. Cette règle peut sembler appropriée, mais des cas
particuliers peuvent se présenter. Le conseil du rabbin doit être recherché.
le monde des mitzvot
24
E 4 Deuil dans la famille
Si un proche parent d'un des mariés (et en particulier un père ou une mère,
un frère ou une soeur) meurt quelque temps avant la date fixée pour le
mariage, il est préférable d'en repousser la célébration. On consultera le
rabbin à ce sujet.
la cérémonie du mariage
25
F - CEREMONIE DU MARIAGE
F 1 Lieu du mariage
Aujourd'hui il est d'usage de célébrer le mariage dans la synagogue. Cette
cérémonie est appelée Houppah/dais nuptial mais aussi
Kiddouchin/sanctification. Le domicile privé peut aussi se prêter à
l'organisation de la cérémonie du mariage puisque, comme la synagogue, il
est appelé mikdach meat.
Actuellement une certaine tendance est de revenir à l'ancienne coutume,
celle de célébrer les mariages en plein air (C.A. Even Haezer 61:1). Mais
quel que soit le lieu, le principe de kedouchah/sainteté doit guider le choix.
F 2 Déroulement de la cérémonie
A l'époque talmudique, le mariage comprenait deux cérémonies distinctes :
l'engagement et le mariage proprement dit. Depuis le Moyen Age, ces deux
cérémonies sont réunies pour former la cérémonie composée de deux
Kiddouchim.
La cérémonie du mariage est inspirée par le texte biblique relatant le
mariage entre Isaac et Rébeccah, texte qui insiste sur le consentement de
cette dernière (Genèse 24 57-58, 65).
Avant le mariage, le rabbin réunira toutes les personnes concernées
(mariés, parents, témoins) pour mettre au point la cérémonie et en expliquer
la signification.
Chez certains, il est d'usage que la mariée et parfois le marié prennent une
tevilah/bain rituel avant la cérémonie. Souvent les mariés jeûnent depuis le
lever du jour jusqu'au moment du mariage. Dans ce cas, une légère
collation leur est préparée. Ils la prendront seuls, juste après la cérémonie,
inaugurant ainsi leur vie commune. Ce moment est appelé yihoud/union.
Habituellement la mariée arrive voilée sous la houppah. Cette houppah
symbolise le foyer conjugal et son intimité. Selon le Talmud, une femme
est considérée comme mariée à partir du moment où elle pénètre sous la
houppah (B. Ketoubot 48 a-b). La coutume d'accompagner les mariés sous
la houppah est assez récente, mais celle de faire authentifier le mariage par
des témoins est beaucoup plus ancienne.
La houppah est dressée. Sous la Houppah se tiennent habituellement les
mariés et leurs parents. Dans certains cas, la houppah n'est pas utilisée et
pendant la cérémonie quatre personnes tiennent un talit/châle de prières audessus
des mariés. Le rabbin prononce une adresse aux mariés puis, après
le monde des mitzvot
26
le premier Kiddouch, les anneaux sont échangés. La ketoubah/acte de
mariage religieux est lue et signée par les mariés et les témoins, le
deuxième Kiddouch (les sept bénédictions du mariage) est alors chanté. Les
sept bénédictions sont extraites de B. Ketoubot 7b-8a. Ces bénédictions
évoquent les sujets suivants : le vin, la création du monde, la création de
l'humanité, la capacité accordée à l'humanité de se reproduire, l'espérance
messianique, la joie des mariés, l'amour, la paix et le son joyeux de la fête.
A la fin de la cérémonie, le marié casse un verre. Ce geste, en ces moments
de joie intense, rappelle que notre histoire est marquée aussi par la violence
et la tristesse, et lie ainsi le nouveau couple à l'histoire d'Israël (cf. Psaume
137:6). Pour certains, il représente la fragilité des liens humains qui doivent
constamment être réaffirmés et renforcés par l'écoute et la compréhension
entre les deux membres du couple.
Dans certaines communautés, le rabbin invoque la bénédiction divine sur
les mariés après son adresse, dans d'autres, il le fait à la fin de la cérémonie
et on ouvre l'Arche à ce moment.
F 3 Anneaux
Dans les communautés libérales, la femme aussi bien que l'homme présente
l'anneau de mariage à son époux. Le mari présente l'anneau et dit: par cet
anneau, tu deviens mon épouse selon la loi de Moïse et d'Israël. Ce texte
est extrait de B. Kiddouchin 5b-6a. Dans nos communautés, il est d'usage
pour la femme d'affirmer que son époux lui est lié comme elle est liée à lui.
C'est pourquoi elle présente habituellement un anneau à son époux. Dans
certaines communautés elle ajoute: je suis à mon époux et mon époux est à
moi (Cantique des cantiques 6:3) ou par cet anneau tu deviens mon époux.
Les anneaux peuvent être simples ou ciselés, gravés ou non.
F 4 Ketoubah
La Ketoubah/contrat religieux du mariage est signée par les époux et les
témoins. Les témoins doivent être des Juifs adultes et sans consanguinité
avec les mariés (C.A. Even Haezer 42:5). Dans nos synagogues, une femme
peut être témoin au même titre qu'un homme. La Ketoubah atteste que le
mariage a bien eu lieu entre les époux spécifiés et précise la date et le lieu
de la cérémonie.
L'acte était écrit originellement en araméen qui, à l'époque talmudique, était
la langue parlée par les Juifs. La Ketoubah s'apparentait à un contrat notarié
dont le texte, purement légal, ne contenait aucune bénédiction ni aucune
mention de Dieu. Il précisait les obligations du marié et donnait les détails
des biens de la mariée.
la cérémonie du mariage
27
Les versions modernes de la ketoubah sont écrites en hébreu et mentionnent
les devoirs des époux l'un envers l'autre, leur responsabilité commune dans
l'élaboration du nouveau foyer et le caractère de celui-ci.
F 5 Kedouchah et Dignité
La cérémonie, empreinte de joie, doit exprimer la dignité et l'importance du
moment. La musique peut jouer un rôle majeur, ainsi que l'ordonnancement
de la cérémonie.
Tout ce qui risque de briser la solennité du moment doit être évité.
F 6 Dépenses
Il n'est pas souhaitable de se livrer à une surenchère pour les réceptions et
les festivités. Le mariage est un moment important de la vie de chacun, il
est nécessaire de tenir compte de cet aspect afin que la dignité et la
solennité du moment soient préservées et non dévoyées par un faste
inconsidéré.
F 7 Tzedakah
C'est une mitzvah d'accomplir un acte de tzedakah en l'honneur du mariage
de ses enfants ou de ses proches.
F 8 Se marier au sein de la communauté
C'est une mitzvah de se marier à l'intérieur de la communauté juive afin que
la Tradition puisse être perpétuée de la meilleure façon. De nombreux
textes bibliques interdisent les mariages entre Juifs et idolâtres (Exode
34:16, Deutéronome 7:3, Josué 23:12, Ezra 9:1-2 et 10:10-11, Néhémie
10:31).
Maïmonide inclut cette interdiction dans les commandements négatifs (en
se fondant sur Deutéronome 7:3) et le Talmud précise que l'interdiction
d'épouser leur fille est un interdit d'origine biblique (B. Avodah Zarah 36b,
Sanhédrin 81b). Il est même affirmé que les enfants d'un mariage mixte ont
le statut de mamzer/bâtard (B. Yevamot 44a). Ceci doit être compris dans
un contexte où le monde non juif était un monde idolâtre. Même si tel n'est
plus le cas aujourd'hui, dans l'absolu, l'interdit reste valable. C'est pourquoi
tout Juif doit être encouragé à fonder un foyer juif au sein duquel les
traditions, l'enseignement et les coutumes juives pourront être transmises
aux nouvelles générations.
Certes, dans une société ouverte, les mariages entre Juifs et non Juifs sont
fréquents. Même si dans nos communautés, le mariage entre deux
le monde des mitzvot
28
personnes de religions différentes ne peut pas être célébré, il faut accorder
toute son importance à la transmission de notre Tradition et au devoir de
faire du foyer un mikdach meat. Le rabbin peut et doit être consulté, surtout
dans ces situations. Il pourra alors transmettre sa vision de la continuité
juive et conseiller le couple dans sa recherche d'identité, évoquer avec lui
les questions qui se posent et se poseront dans l'avenir, en particulier celles
ayant trait à l'identité et à l'éducation des enfants qui naîtront.
divorce et remariage
29
G - DIVORCE ET REMARIAGE
G 1 Divorce
Depuis toujours, le judaïsme a pris en compte la mésentente qui peut
s'instaurer à l'intérieur d'un couple. Le texte de la Torah mentionne le
divorce dans le Deutéronome (24:1-4). La sainteté du couple et du foyer a
toujours été un principe essentiel du judaïsme. C'est pourquoi le divorce
était relativement rare et considéré comme un échec, tout en restant
toujours un acte possible. Après 180 pages de description des règles du
divorce, le Talmud affirme que lorsqu'un homme divorce de sa femme,
l'autel lui-même pleure (B. Guittin 90b).
Traditionnellement, seul le mari peut intenter l'action juridique qui mène au
guet/divorce religieux. Mais dans le judaïsme libéral, chaque partenaire
peut engager la procédure.
Avant d'en venir là, il est conseillé de s'entourer de l'avis de personnes
compétentes et d'utiliser toutes les voies pouvant mener à la réconciliation.
Parfois de tels moments de crise peuvent être surmontés et, après une
réévaluation de la situation du couple et de chacun à l'intérieur de ce
couple, il est arrivé que des mariages soient sauvés et repartent sur des
bases plus saines qu'auparavant.
G 2 Guet
Pour que le divorce religieux soit possible, il est nécessaire que le divorce
civil soit prononcé. Un divorce civil n'est pas suffisant. Dans les
synagogues orthodoxes, les règles pour l'obtention du guet sont très strictes.
Il doit être écrit par un scribe en présence du Beit din/Tribunal rabbinique
et en présence des ex-époux ou de leurs délégués. Dans les communautés
libérales, l'obtention du divorce civil ouvre la voie vers l'obtention du guet
qui sera émis, à la demande des époux, par un Beit din.
Comme la Tradition le prescrit, un certificat attestant que le mariage est
rompu est émis et une copie est remise à chaque partie. Ce certificat atteste
que le divorce religieux a été prononcé et que chacun redevient libre de se
remarier.
Dans certaines communautés, le divorce religieux est automatiquement
accordé après le divorce civil.
le monde des mitzvot
30
G 3 Remariage
Le judaïsme, considérant que l'être humain est appelé à construire son
existence avec un conjoint, encourage le remariage.
Si le précédent mariage a vu la naissance d'enfants, il est nécessaire de
penser à leur réaction, de ne pas les laisser à l'écart et de les faire participer,
autant que cela est possible, à la préparation du nouveau mariage.
le foyer juif
31
H - FOYER JUIF
H 1 La sanctification du foyer
C'est une mitzvah de fonder un foyer digne de l'appellation mikdach
meat/petit sanctuaire (Ezéchiel 11:16).
C'est le foyer juif qui, avec la synagogue, a permis de préserver les
traditions et les valeurs du judaïsme à travers les siècles.
H 2 Les rites au sein du foyer
C'est une mitzvah de dire les berakhot/bénédictions sur la nourriture, les
lumières du Chabbat, des Fêtes et de Hanoukah, de dire le Kiddouch, la
havdalah, de construire la Souccah..., de se réunir pour le Seder de
Pessah… Ces rites accentuent le caractère de sainteté du foyer et de la
famille.
Dans le judaïsme, les rites pratiqués au sein du foyer sont aussi importants
que ceux qui se pratiquent à la synagogue.
H 3 Prière à la maison
C'est une mitzvah de dire les prières quotidiennes (voir Siddour Sefat
Hanechamah p.4-54, 222-236)1.
De nombreuses communautés organisent des offices quotidiens réguliers,
mais la prière à la maison est également importante et a une profonde
influence sur l'individu et la famille. Où est Dieu ? là où on le laisse entrer
disait Rav Mendel de Kotzk, c'est-à-dire également au sein du foyer.
H 4 Mezouzah
C'est une mitzvah de fixer une mezouzah à la porte d'entrée d'un foyer juif :
Tu les inscriras sur les montants de ta maison et sur tes portes
(Deutéronome 6:9).
La mezouzah est un étui contenant un parchemin sur lequel sont écrits deux
paragraphes du Chema (Deutéronome 6:4-9 et 11.13-21) qui rappellent
notre amour pour Dieu et pour Son enseignement. Certains en posent
également sur les portes intérieures (sauf salles d'eau, toilettes…).
1 SAH p.239-266, STL p.278-312
le monde des mitzvot
32
La mezouzah doit être fixée sur le montant droit de la porte d'entrée,
légèrement en diagonale, la partie supérieure vers l'intérieur. La Tradition
affirme que Rachi et Rabbénou Tam, son petit-fils, étaient d'avis
divergents. Rachi affirmait que la Mezouzah devait être fixée
horizontalement, alors que Rabbénou Tam affirmait qu'elle devait l'être
verticalement. Le Maharil (Rabbi Jacob ben Moses de Mollin, 14ème S.)
conclut qu'elle devait être posée inclinée, comme symbole de compromis et
de recherche de chelom bayit/paix du foyer.
On peut fixer soi-même la mezouzah et profiter de cette occasion pour
inviter des amis pour une Hanoukat haBayit/inauguration de la maison.
Quand on pose la mezouzah, on prononce plusieurs bénédictions (voir
Siddour Sefat Hanechamah p.237-2391).
La mezouzah n'est pas un porte-bonheur. Elle témoigne que Dieu est un
partenaire dans le foyer : "Si l'Eternel ne construit pas la maison, c'est en
vain que ses bâtisseurs travaillent" (Psaume 127:1). Selon Maïmonide,
celui qui considère la Mezouzah comme un porte-bonheur est gravement
dans l'erreur (Yad, Mezouzah 5:4). La fonction de la Mezouzah est de
rendre chacun conscient de ses devoirs envers Dieu et envers les autres, que
ce soit à l'intérieur de son foyer ou à l'extérieur de celui-ci.
H 5 Objets d'un foyer juif
Afin de pouvoir accomplir la mitzvah de Talmud Torah/étude de la Torah,
un foyer juif doit posséder une bibliothèque contenant des ouvrages de
culture juive et un moment doit être fixé pour l'étude de la Torah. La Torah
dans son sens le plus large inclut non seulement le Pentateuque, mais tout
ouvrage qui contient l'enseignement de la Tradition jusqu'à nos jours. Nous
apprenons qu'il faut la méditer (la Torah) jour et nuit (Josué 1:8 et Psaumes
1.2), que nous devons l'enseigner à nos enfants et en parler au sein de
notre foyer (Deutéronome 6:7).
D'autres objets doivent se trouver dans un foyer juif et y être utilisés, tels
que des bougeoirs pour le Chabbat et les Fêtes, une coupe de Kiddouch,
une boite à épices pour la Havdalah, un plat du Seder et un tronc de
Tzedakah.
De même qu'il y a des moments consacrés à l'étude et à la prière, il doit y
avoir des moments pour accomplir des actes de Tzedakah.
1 STL p. 430
le foyer juif
33
H 6 La Cacherout
De nombreux Juifs libéraux appliquent des lois de cacherout afin d'établir
chez eux un mode de vie juif. La cacherout est une mitzvah qui rehausse la
sainteté du foyer.
Il peut s'agir de la cacherout traditionnelle (sous contrôle rabbinique) ou de
l'abstention des aliments et des mélanges interdits dans la Torah.
La Torah définit clairement les mammifères cacher : Toute bête qui a le
pied onglé, l'ongle fendu en deux et qui fait partie des ruminants, vous en
mangerez (Deutéronome 14:6). Pour les volailles, on considère
généralement que les volailles de basse-cour sont cacher (Lévitique 11:13-
19 et Deutéronome 14:12-18) et pour les poissons, ceux qui ont au moins
une nageoire et une écaille qui s'ôte facilement (Lévitique 11:9-12).
S'ajoutent à ces règles l'interdiction de consommer le sang d'un animal
(Genèse 9:4, Lévitique 7:26-27, 17:10-14) et celle de cuire des aliments
carnés dans des laitages (Exode 23:19, 34:26, Deutéronome 14:21, B.
Houlin 113b).
Le fait que la cacherout a été un élément distinctif de la vie juive pendant
de si nombreux siècles doit inciter les familles à approfondir cette question
et à se demander si elle ne contribue pas à la sainteté du foyer (voir
appendice).
H 7 Bénédictions lors des repas
C'est une mitzvah de considérer les repas familiaux comme des moments
sacrés, commençant par le motzi/bénédiction sur le pain (Voir Siddour
Sefat Hanechamah p.2411) et se terminant par le Birkat
haMazon/bénédiction du repas, comme il est dit : Tu mangeras, tu seras
rassasié et tu béniras l'Eternel ton Dieu (Deutéronome 8:10).
Le contre-exemple est celui d'Esaü à propos duquel il est dit : il mangea et
il se leva et il partit; et Esaü dédaigna le droit d'aînesse (Genèse 25:34).
Les commentaires affirment qu'en se levant et en quittant brusquement
Jacob une fois rassasié, il montra le peu de cas qu'il faisait de Dieu et des
êtres humains. C'est pourquoi il fut jugé indigne de succéder à Isaac, son
père, et à Abraham, son grand-père.
On doit s'efforcer de dire le Birkat haMazon au moins le Chabbat et les
jours de Fête (voir Siddour Sefat Hanechamah p.210-2212).
1 STL p.466
2 SAH p. 281-291, STL p. 456-464
le monde des mitzvot
34
Dans les textes rabbiniques, la table est comparée au mizbéah/autel. Or les
sacrifices étaient offerts avec du sel : vous présenterez vos offrandes avec
du sel (Lévitique 2:13), c'est pourquoi on sale le pain du motzi.
Il est demandé d'échanger des "paroles de Torah", car ceux qui mangent
sans échanger des paroles de Torah sont comparés à ceux qui partagent les
sacrifices idolâtres… (M. Avot 3:4).
Le repas familial est un moment de convivialité et d'échanges qui renforce
les liens familiaux.
H 8 Table du Chabbat et des Fêtes
C'est une mitzvah pour la famille de se réunir autour de la table, de
consacrer la table du Chabbat et des Fêtes avec les bougies, le vin du
Kiddouch, les hallot/pains et de réciter les bénédictions appropriées.
Maïmonide inclut la récitation du Kiddouch dans les 248 commandements
positifs, car il est dit à propos du Chabbat : souviens-toi du Chabbat et
sanctifie-le. Or sanctifier se dit lekadecho et ce terme évoque le Kiddouch.
Si le foyer juif est un sanctuaire miniature pendant la semaine, à plus forte
raison le sera-t-il le Chabbat et les jours de Fête. Les dîners du Chabbat et
des jours de Fête peuvent être agrémentés par des zemirot/chants, par
l'étude de la Torah et par la discussion de sujets religieux.
H 9 Bénédiction des enfants
C'est une mitzvah pour les parents de bénir leurs enfants le Chabbat et les
jours de Fête, avant le repas du soir.
La coutume de bénir les enfants remonte à Jacob (Genèse 48-49). Les
familles peuvent établir leur propre rituel ou dire :
Que l'Eternel te bénisse et te garde,
Que l'Eternel t'illumine de Sa lumière et t'accorde Sa grâce,
Que l'Eternel dirige Ses regards vers toi et t'accorde la paix.
(Nombres 6:24-26 et voir Siddour Sefat Hanechamah p.2031)
H 10 Hospitalité
C'est une mitzvah d'avoir des invités à sa table, spécialement le Chabbat et
les Fêtes.
On doit inviter en particulier les personnes étrangères, indigentes ou
isolées. Cette mitzvah est appelée hakhnassat orhim/accueil des invités et la
1 SAH p.336
le foyer juif
35
Tradition y attache beaucoup d'importance. Le Talmud inclut la hakhnassat
orhim dans les mitzvot pour l'accomplissement desquelles on reçoit
récompense en ce monde et dans le monde à venir (M. Chabbat 127a, et cf.
M. Péah 1:1). Rabbi Judah affirme même qu'accueillir des invités est plus
important qu'accueillir Dieu Lui-même.
A l'heure actuelle, alors que les familles sont souvent réduites ou divisées,
cette mitzvah est encore plus importante.
H 11 Evénements de la vie familiale
Les événements heureux au sein de la famille (anniversaires, naissances,
guérisons, mariages, promotions, distinctions honorifiques et étapes
importantes de la vie professionnelle) doivent être marqués par des prières
d'action de grâces et peuvent être l'occasion d'un acte de tzedakah.
Pour tout moment heureux, la bénédiction traditionnelle est le
Chéhéhéyanou (Siddour Sefat Hanechamah p.2431).
H 12 Adhérer à une communauté
C'est une mitzvah pour chaque Juif et pour chaque famille juive d'adhérer à
une communauté et de participer à ses offices, à ses cours et à ses activités.
De nombreux textes affirment la centralité de la synagogue : celui qui a une
place fixe dans la synagogue peut considérer que le Dieu d'Abraham est à
son écoute… seule la prière prononcée à la synagogue est entendue… une
personne quittant la synagogue doit marcher lentement, mais celle se
rendant à la synagogue doit presser le pas, ceci étant une mitzvah… (B.
Berakhot 6a-b). Quand doit-on prier ? quand la communauté est réunie
pour la prière (donc à la synagogue) (idem 8a). Et Hillel considérait
comme essentiel de ne pas se séparer de la communauté (M. Avot 2:5).
C'est la synagogue, associée au foyer, qui a préservé le peuple juif, lui
offrant un lieu pour la prière (Beith Tefilah), pour l'étude (Beith Midrach) et
pour les réunions communautaires (Beith Knesset). La synagogue est le
centre communautaire pour toutes ces activités et doit être fréquentée et
soutenue.
Dans le judaïsme libéral la femme peut jouer le même rôle que l'homme
dans la vie de la communauté; c'est pourquoi aucune fonction
communautaire ne doit lui être interdite.
1 SAH p.333, STL p.466

décès et deuil
37
DECES ET DEUIL
Psaume 23:4
Quand je marche dans la vallée de la mort, je ne crains pas le mal, car Tu es
avec moi ; Ton soutien et Ton appui sont ma consolation.
Psaume 90:5-6, 12
Tu fais s'écouler (les humains) comme un torrent; ils entrent dans le
sommeil, au matin ils sont comme l'herbe passagère. Au matin l'herbe
fleurit et pousse, le soir elle se flétrit et se dessèche… Apprends-nous à
compter nos jours, pour que nous ouvrions notre coeur à la sagesse.
Job 1:21
Job dit : Nu je suis sorti du sein de ma mère et nu j'y retournerai ; l'Eternel
avait donné, L'Eternel a ôté, Que le nom de l'Eternel soit loué.
Gates of Prayer, p. 625
Le judaïsme considère la mort comme faisant partie de l'ordre divin de
l'univers...
Le judaïsme, qui compte de nombreuses mitzvot et coutumes en relation
avec la mort et le deuil, a cherché à éviter toute attitude fétichiste liée à la
peine. La Tradition encourage une prise de conscience réaliste de
l'inéluctabilité de la mort et rappelle la nécessité que ressentent les
personnes en deuil d'exprimer leur douleur, de se remémorer la vie du
défunt et de recevoir des marques de sympathie.
La Tradition insiste sur la vulnérabilité des personnes en deuil et les égards
dont on doit les entourer.
Le premier principe des mitzvot liées à la mort et au deuil est celui de la
prise en considération de la peine, mais sans ostentation. La Tradition
établit les différentes périodes de deuil afin de permettre aux endeuillés
d'exprimer leur tristesse et même les y encourager. Elles furent aussi
établies pour limiter le deuil afin que chacun puisse retourner à la vie
normale, sans craindre de contrevenir aux règles et aux coutumes, et afin
d'éviter que certaines personnes ne s'imposent de longues et pénibles
périodes de deuil. La Tradition dit à ce sujet : On ne doit pas pleurer les
le monde des mitzvot
38
morts de façon ostentatoire (C.A. Yoré Déah 394). Le Talmud, en
déterminant des périodes de deuil précises (voir L 2), suggère que Dieu luimême
dit à ceux qui restent prostrés dans le deuil : Vous ne devez pas être
plus affligés par cette mort que Je ne le suis Moi-même (B. Moèd Katan
27b).
Le second principe est celui de l'acceptation de la réalité de la mort. La
Tradition prescrit de nombreux actes comme veiller les morts,
accompagner le défunt, lancer de la terre sur le cercueil…Ces actes qui
n'occultent pas la réalité de la mort permettent à chacun de vivre
pleinement le deuil avant de pouvoir le dépasser. Ces attitudes prescrites
par notre Tradition doivent aider les personnes à accepter leur deuil et à
exprimer leur peine, afin que la douleur et la tristesse puissent peu à peu
être supportées et que les endeuillés puissent faire face à leur situation.
Le troisième principe fondamental est le respect du mort. Depuis les temps
bibliques, le judaïsme a établi le principe selon lequel toute personne
décédée, même le plus grand criminel, a droit à des funérailles. Si le défunt
n'a aucune famille, la mitzvah incombe à la communauté et chacun de ses
membres doit assister aux funérailles. Il est appelé mèt mitzvah, c'est-à-dire
un mort dont l'ensevelissement devient une obligation pour tous… (cf.
Maïmonide Sefer Hamitzvot §231). Maïmonide fait découler ce
commandement du Deutéronome (21:22-23) : Vous devez ensevelir ce
mort…
Le quatrième principe est l'égalité devant la mort : le petit et le grand sont
semblables et le serviteur est libéré de son maître (Job 3:19). Comme il est
d'usage de prendre en charge la famille en deuil et en particulier de lui
apporter de la nourriture, il a été recommandé de la présenter dans des
contenants simples afin de ne pas embarrasser ceux qui ont peu de moyens.
Pour cette même raison le linceul et le cercueil sont simples. Une autre
raison pour cette dernière coutume est de ne pas causer des obligations
financières trop importantes à des familles dont les moyens sont limités.
Rabban Gamliel a institué cette pratique car considérant les frais
occasionnés pour l'ensevelissement, il demanda d'être, après sa mort,
habillé d'un simple linceul de lin, en dépit de sa notoriété et de sa richesse.
Dès lors, telle fut la pratique adoptée (B. Moèd Katan 27a-b).
C'est dans cet esprit que les mitzvot et les coutumes liées à la mort et au
deuil ont été établies.
à l'approche de la mort
39
I – A L'APPROCHE DE LA MORT
I 1 Prier pour le malade
C'est une mitzvah de prier pour un malade en danger (voir Siddour Sefat
Hanechamah p.258).
On peut lire en particulier les Psaumes 6, 23, 88, 121 et 130. La coutume de
prier pour le malade à la synagogue varie selon les communautés. En cas de
maladie grave, on doit informer le rabbin.
I 2 Soins médicaux
Si le judaïsme prescrit des prières en faveur d'un malade, il ne considère
jamais la prière comme substitut d'un traitement médical.
I 3 Bikkour Holim/visite aux malades
C'est une mitzvah de rendre visite aux malades.
La Tradition considère le Bikkour Holim comme un commandement
important. Le Talmud affirme que rendre visite à une personne malade est
une des dix mitzvot pour l'accomplissement desquelles on reçoit
récompense en ce monde et dans le monde à venir (M. Péah 1:1 et B.
Chabbat 127a).
Le Bikkour Holim atténue l'isolement du malade et le réconforte. Le
Talmud affirme qu'une personne qui rend visite à un malade hâte sa
guérison (B. Nedarim 40a).
I 4 Action de grâces
C'est une mitzvah de rendre grâce à la synagogue ou en privé quand
quelqu'un guérit d'une grave maladie (Siddour Sefat Hanechamah p.149,
Birkat Hagomèl1).
I 5 Viddouy
C'est une mitzvah pour celui qui est très gravement malade de réciter la
prière du Viddouy/confession.
1 STL p. 186
le monde des mitzvot
40
Le Talmud enseigne que lorsqu'une personne est gravement malade, on lui
dit : "repens-toi" (B. Chabbat 32a) et c'est une mitzvah de l'aider à réciter la
prière de confession (Siddour Sefat Hanechamah p.260-2611).
La prière traditionnelle du Viddouy rappelle que la mort est considérée
comme une expiation (B. Sanhédrin 43b).
La coutume de changer le nom d'un malade très gravement atteint ou de lui
rajouter un prénom n'a pas été maintenue dans le judaïsme libéral. Ces
coutumes ont pour origine la superstition et n'aident pas forcément les
malades ni leurs familles à affronter la réalité de la situation.
I 6 Euthanasie
Le judaïsme s'oppose à l'euthanasie active. Le Choulhan Aroukh précise
que rien ne doit être fait pour précipiter la mort (Yoré Déah 339).
Cependant de nombreux textes s'opposent à tout acharnement thérapeutique
qui permettrait de maintenir artificiellement un mourant en vie. On peut
citer comme exemple le texte suivant : Lorsque Rabbi Judah le Prince était
mourant, ses disciples se réunirent pour prier et retarder le moment de la
séparation de l'âme et du corps. Une servante, observant que cela ajoutait
aux souffrances de Rabbi Judah le Prince, monta sur le toit et lança un
objet. Le bruit attira l'attention des disciples qui cessèrent un bref instant
de prier. C'est alors que l'âme de Rabbi Judah quitta son corps et qu'il
mourut en paix (B. Ketoubot 104a). Le Sefer Hassidim (13ème S.) précise
que si une personne mourante te demande de hâter sa mort, tu ne dois pas
le faire. Mais nul ne doit mettre du sel sur sa langue pour le garder plus
longtemps en vie (Mettre du sel sur la langue était réputé prolonger la vie).
Quand des instructions écrites ont été laissées par le malade, la famille doit
consulter le rabbin .
I 7 Ecrire un testament moral
C'est une mitzvah de préparer une tzavaah/testament moral pour
l'édification morale de la famille et surtout des enfants.
Il est conseillé de préparer un tel testament (en plus du testament légal)
quand on est en pleine possession de ses moyens. De nombreux textes
insistent sur ce devoir. Ainsi, lorsque Rabbi Judah pressentit qu'il allait
mourir, il fit appeler ses fils et leur dit : "Veillez à être respectueux envers
votre mère. La maison doit continuer à avoir son aspect habituel… " (B.
Ketoubot 103a). De nombreux rabbins ont laissé des testaments moraux qui
peuvent servir d'exemples.
1 STL p. 432
à l'approche de la mort
41
On doit se préoccuper du lieu de son ensevelissement et faire connaître ses
volontés concernant ses funérailles. On évitera ainsi soucis et confusion.
I 8 Don d'organes
C'est une mitzvah de sauver une vie et c'est une mitzvah de guérir un
malade.
Dans la Tradition, le principe du pikouah nefech/sauver une vie l'emporte
sur toute autre obligation et est une mitzvah essentielle. Sauver une vie est
l'acte le plus important (B. Yoma 82a). Le corps d'un défunt ou l'un de ses
organes ne peuvent être utilisés (cf. B. Sanhédrin 47b) que dans le cas de
Pikouah Néfèch, c'est-à-dire lorsque le don d'un organe peut sauver une vie.
Pour le judaïsme libéral, cette autorisation est étendue aux transplantations
qui, sans sauver une vie dans l'immédiat, permettent de guérir d'une
déficience grave.
I 9 Autopsie et don du corps à la science
Le respect envers le mort et son corps sont des principes essentiels de la
halakhah, c'est pourquoi l'autopsie est encore refusée par certains. Mais
lorsque le principe de Pikouah Néfèch s'oppose à celui du respect envers le
mort, le premier prend le pas sur le second. Ainsi, depuis le 18ème siècle, les
autopsies ont été autorisées par certaines autorités rabbiniques orthodoxes
lorsque les connaissances qui en sont déduites peuvent bénéficier aux
malades et sauver des vies. En 1944 le rabbinat du yichouv palestinien
autorisa les autopsies à l'hôpital Haddassah de Jérusalem dans les cas
suivants :
· si la loi civile l'exige dans le cadre d'une enquête à la suite d'une
mort violente,
· afin d'établir la cause de la mort en cas de doute,
· si l'autopsie peut sauver d'autres vies,
· dans le cas de maladies héréditaires.
Il en va de même dans le judaïsme libéral. Si le défunt a clairement indiqué
son refus d'une autopsie, sa volonté doit être respectée, sauf s'il y a danger
d'épidémie ou si la loi civile l'exige.
Le don de son corps à la science est autorisé par le judaïsme libéral à
condition que l'institution scientifique à laquelle le corps est légué le traite
avec respect et que, l'étude accomplie, le corps soit enterré.

de la mort aux funérailles
43
J - DE LA MORT AUX FUNERAILLES
J 1 Tziddouk Hadin
C'est une mitzvah pour la famille de prononcer la bénédiction suivante à
l'annonce du décès d'un proche: Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du
monde, Juge de vérité (Siddour Sefat Hanechamah p.2431).
Cette prière, sous sa forme réduite Baroukh dayan haémèt, est prescrite
dans la Michnah (M. Berakhot 9:2). Elle est prononcée lorsqu'on apprend
une triste nouvelle. Sous sa forme complète, elle doit être dite par les
proches lorsque la mort survient (C.A. Yoré Déah 339).
Cette formule traditionnelle est appelée Tziddouk haDin. C'est l'affirmation
de l'inéluctabilité de la mort. Le terme tziddouk hadin est utilisé en souvenir
de rabbi Hanania ben Teradion qui, pour s'être livré à l'étude de la Torah,
fut condamné à mort par un tribunal romain, avec sa femme et sa fille. En
sortant du tribunal, ils acceptèrent le jugement en citant des versets
bibliques : Lui, notre rocher, Son oeuvre est parfaite, toutes Ses voies sont
la justice même, Dieu de vérité, jamais inique, constamment équitable et
droit (Deutéronome 32:4) et Grand dans le dessein, souverain dans
l'exécution, Tes yeux sont ouverts sur toutes les voies des humains (Jérémie
32:19). Rabbi ajouta : Comme ils étaient grands, ces trois justes, pour que
soient venus à leurs lèvres ces trois versets de soumission au jugement
divin, au moment même où ils s'y soumettaient (B. Avodah Zarah 18a).
On informe le rabbin du décès.
J 2 Les préparatifs des funérailles
On ne doit pas décider des détails des funérailles d'une personne avant sa
mort.
Dans le cas où le défunt aurait laissé des instructions contraires à la
Tradition, on prendra en considération les sentiments et la sensibilité de la
famille en deuil et on consultera le rabbin.
J 3 Informer la famille
C'est une mitzvah d'informer tous les membres de la famille lors d'un décès.
Ceci s'applique aussi dans le cadre de familles dont les liens sont distendus,
car la période de deuil peut et doit promouvoir la réconciliation.
1 SAH p. 333, STL p.434
le monde des mitzvot
44
J 4 Préparation du corps
De nombreuses traditions sont liées à la préparation du corps et à la toilette
mortuaire (Taharah). Le Juif libéral peut choisir de les appliquer. Dans tous
les cas, le corps doit être traité avec le plus grand respect.
Le judaïsme demandant que le corps retourne à la poussière dont il est
venu, on ne procédera à aucun embaumement, sauf s'il est requis par la loi
ou par les circonstances.
J 5 L'habillement du corps
Le défunt peut être enterré dans un linceul ou avec des habits ordinaires. Si
le défunt a précisé vouloir être enterré avec son Talit et/ou avec un sac de
terre d'Israël, sa volonté doit être respectée.
J 6 Fermeture du cerceuil
Le corps, après avoir été préparé pour l'ensevelissement, doit être placé
dans le cercueil qui est alors fermé. La Tradition n'est pas favorable à ce
que l'on voie le défunt dans un cercueil ouvert. Il arrive parfois qu'un
membre de la famille doive identifier le mort avant la fermeture du
cercueil. Dans ce cas, on procédera à cette identification.
J 7 La Keriah
La déchirure d'un habit, le port de vêtements noirs ou d'autres signes de
deuil sont laissés à la discrétion de la famille. Le Talmud (Moèd Katan 24a)
et le Choulhan Aroukh (Yoré Déah 340:1) prescrivent de déchirer une
partie du vêtement (souvent la chemise à hauteur du coeur) pour la mort
d'un proche parent. Cette ancienne coutume est déjà mentionnée dans la
Bible (Genèse 37:34). Certains tiennent à accomplir cet acte, mais il n'est
pas obligatoire.
J 8 Aider la famille en deuil
C'est une mitzvah d'aider la famille en deuil pour les formalités et les
décisions à prendre pour les funérailles.
On doit offrir son aide pendant ces moments difficiles. Il est conseillé de se
rendre auprès de la famille.
ensevelissement
45
K - ENSEVELISSEMENT
K 1 Enterrer les morts
C'est une mitzvah d'enterrer les morts avec respect.
Le Talmud inclut l'accompagnement d'un mort dans les actes pour
l'accomplissement desquels on reçoit récompense en ce monde et dans le
monde à venir (M. Péah 1:1 et B. Chabbat 127a, cité dans Siddour Sefat
Hanechamah p.16).
K 2 Responsabilité de l'ensevelissement
La responsabilité de l'ensevelissement incombe aux enfants ou à l'époux/se.
Genèse 23 est la première référence biblique à un enterrement. Ce passage
souligne combien il était important pour Abraham d'acquérir un lieu pour
l'ensevelissement de Sarah et comment il prit lui-même soin de tout.
Si le/la défunt/e n'a ni enfants ni époux/se, cette mitzvah incombe au plus
proche parent. Si aucune parenté n'est trouvée, c'est à la communauté
qu'elle revient (voir le troisième principe dans l'introduction à ce chapitre).
K 3 Moment de l'ensevelissement
Le service funèbre et l'ensevelissement ne doivent pas être retardés sans
raison. Le principe est de procéder au service funèbre et à l'ensevelissement
dès que possible (en général deux ou trois jours après le décès).
Maïmonide, en se fondant sur l'obligation biblique d'enterrer un condamné
à mort sitôt après son exécution (Deutéronome 21:23), en fait découler
l'obligation de procéder à l'enterrement le jour même de la mort (Sefer
Hamitzvot Positive 231). Le Choulhan Aroukh fait remarquer qu'une telle
hâte n'est pas toujours possible ni conseillée : on peut attendre une nuit si
on doit se procurer un linceul ou un cercueil décent ou pour attendre
l'arrivée des proches… La Torah interdit tout délai, sauf lorsque celui-ci
est pour l'honneur dû au défunt (B. Yoré Déah 357). Le rabbin doit être
informé dès le décès et consulté quant à la date du service funèbre.
K 4 Chabbat et Fêtes
Les ensevelissements n'ont lieu ni le Chabbat ni les jours de Fête (voir E2).
En dehors d'Israël, les Juifs orthodoxes et certains Juifs libéraux observent
un deuxième jour de Fête, c'est pourquoi on en tiendra compte et on
consultera le rabbin à ce sujet.
le monde des mitzvot
46
K 5 Simplicité et dignité
Il faut régler les dispositions funéraires avec simplicité et dignité. Il est
d'usage d'utiliser un simple cercueil de bois blanc et de ne mettre ni fleurs
ni couronnes (voir le quatrième principe dans l'introduction à ce chapitre).
K 6 Tzedakah
C'est une mitzvah d'exprimer sa sympathie en faisant un geste de tzedakah à
la mémoire du/de la défunt/e.
Dans l'avis mortuaire, les familles peuvent exprimer le désir que des dons
soient adressés à des oeuvres de leur choix.
K 7 Participation au service
La famille rencontre le rabbin afin de mettre au point les détails du service
funèbre. Si elle désire qu'une personne prenne part à ce service, elle
consultera le rabbin à ce sujet.
K 8 L'éloge funèbre
C'est une mitzvah de parler du défunt en termes élogieux. L'oraison funèbre
est une pratique ancienne déjà mentionnée dans la Bible (2 Samuel 1:17-27
et 3:33-34). A l'époque talmudique, elle faisait partie de la pratique
courante : en écoutant l'oraison funèbre, on peut savoir si le défunt aura
droit à la vie éternelle ou non (B. Chabbat 153a). On écoutera les membres
de la famille pour avoir une idée plus juste de la vie du défunt et ne pas
commettre d'impair.
Dans les communautés orthodoxes, il est d'usage d'abréger le service et
certains ne prononcent pas d'oraison funèbre le vendredi matin, la veille des
Fêtes et pendant Hanoukah, Pourim et le jour de Roch Hodèch. Dans nos
communautés, l'éloge funèbre est toujours prononcé et le rituel n'est pas
abrégé.
K 9 Assister à l'enterrement
C'est une mitzvah d'assister au service funèbre et cette mitzvah s'appelle
Halvayat haMet (accompagnement du mort) (voir K1), à moins que la
famille ne désire que l'enterrement se déroule dans l'intimité.
ensevelissement
47
K 10 Lieu des services funèbres
Les services funèbres ont lieu au domicile du défunt (levée du corps), sur la
tombe ou dans l'oratoire du cimetière.
K 11 Modes d'ensevelissement
L'enterrement du corps est la pratique la plus répandue. Le texte biblique
rappelle que notre corps doit se désintégrer naturellement : poussière tu es
et à la poussière tu retournes (Genèse 3:19). A l'époque biblique, on
enterrait souvent les défunts dans des niches creusées à l'intérieur de
cavernes comme le fit Abraham ou à flanc de coteaux (Genèse 23, Isaïe
22:16, M. Baba Batra 6:8). A l'époque post-michnaïque, les rabbins
déclarèrent que l'ensevelissement dans le sol était la façon adéquate de
procéder à l'enterrement et telle est devenue la norme habituelle (C.A. Yoré
Déah 362). Mais l'enterrement dans des caveaux a toujours existé. C'est
pourquoi l'ensevelissement dans un mausolée ou dans un columbarium
après incinération est accepté dans nos communautés (voir annexes).
Le corps du défunt doit, si possible, être enseveli dans un cimetière juif ou
une section juive d'un cimetière municipal.
K 12 Enterrement de non-Juifs
Le judaïsme libéral admet que les conjoints non juifs soient enterrés dans
des cimetières ou mausolées juifs. Il sera alors demandé qu'aucun service
religieux non juif ne soit célébré et qu'aucun symbole non juif ne soit mis
en place.
K 13 Kaddich sur la tombe
Le judaïsme libéral n'exige pas la présence d'un Minyan/quorum de dix
personnes. Selon la conception orthodoxe, le minyan (10 hommes juifs) est
nécessaire pour que certaines prières (telles que le Kaddich) puissent être
récitées. Dans les communautés libérales, les femmes comptent dans le
minyan. Le Kaddich (voir Annexes) doit être récité par les enfants, le/la
conjoint(e) ou les parents du défunt. Les autres membres de la famille et les
amis peuvent se joindre aux personnes en deuil pendant la récitation du
Kaddich. Si le défunt n'a aucune famille, le Kaddich peut être récité par les
amis proches ou par le rabbin.
le monde des mitzvot
48
K 14 Recouvrement du cercueil
La famille et les proches jettent trois pelletées de terre sur le cercueil et,
généralement, restent près de la tombe jusqu'à ce qu'il soit entièrement
recouvert de terre.
K 15 Caveau mortuaire
Lorsque la loi civile ou la réglementation locale exige l'utilisation d'un
caveau, cela est autorisé.
K 16 Présence d'enfants à l'ensevelissement
On ne doit pas interdire aux enfants d'assister à des funérailles. En cas de
doute, il faut consulter le rabbin. On doit répondre aux questions des
enfants concernant la mort, le service funèbre et l'ensevelissement. On doit
les aider à faire face à la réalité de la mort et à l'accepter.
K 17 Personne ne doit être exclu
C'est une mitzvah de prononcer le rituel pour toute personne juive. La
Michnah affirme que pour celui qui met volontairement et consciemment
fin à ses jours, on n'est pas dans l'obligation d'organiser des funérailles ni
de prononcer une oraison funèbre… (M. Semakhot 2:1). La question est
alors de savoir ce que consciemment signifie. De nombreuses autorités
rabbiniques ont estimé qu'une personne commettant un suicide ne pouvait
pas être considérée comme en possession de tous ses moyens au moment de
cet acte et ne rentrait donc pas dans le cas évoqué par la Michnah. On
pouvait donc procéder à un enterrement rituel avec toutes les prières et une
oraison funèbre.
Chacun doit être traité avec le respect dû à tout membre de la communauté
et a le droit d'être enterré au milieu de sa famille.
K 18 Enfants non viables
La Tradition précise qu'aucun rite funéraire ne doit être observé pour un
enfant de moins de 30 jours. Néanmoins tout enfant ayant vécu doit être
enterré avec un service simple. Pour le rituel de deuil, consulter le rabbin.
K 19 Corps non retrouvé ou donné à la science
Un service funèbre sera organisé au domicile du défunt si le corps n'a pas
été retrouvé et identifié, ou si le corps a été donné à la science (et non
restitué). La Michnah précise que le rituel funéraire doit être respecté dans
ensevelissement
49
son intégralité pour celui qui est tombé à la mer, qui a été emporté par les
courants ou dévoré par une bête féroce (M. Semakhot 2:12).
Dans le cas où le corps n'est pas retrouvé, la période de deuil débute dès
qu'il n'y a plus d'espoir de le retrouver.
La question de la personne disparue concerne également le cas de la
agounah (une femme dont le mari a disparu et dont on n'a aucune nouvelle
ou qui l'a quittée sans lui accorder le divorce). Dans nos communautés, on
considère que la période de deuil débute à partir du moment où les autorités
civiles déclarent une personne décédée. La veuve est alors libre de se
remarier (voir E 3).

périodes de deuil
51
L - PERIODES DE DEUIL
L 1 Le deuil
C'est une mitzvah de prendre le deuil pour un mort.
La douleur étant une émotion que chacun ressent à sa façon, elle ne peut
être codifiée. La Michnah, tout en établissant les lois de deuil, précise qu'il
y a une différence entre les rites formels de deuil et la douleur personnelle,
car la douleur naît dans le coeur seulement (M. Sanhédrin 6:6).
L 2 Périodes traditionnelles de deuil
Maïmonide déduit la mitzvah de la période de deuil des lois concernant le
cohen touché par un deuil (Lévitique 21:2-3). Sur ce commandement repose
l'obligation de deuil incombant à tout Juif concernant ses proches: père,
mère, fils, fille, frère et soeur; mari et femme est une extension d'ordre
rabbinique (Sefer Hamitzvot, commandement positif 37). Mais ce respect
du deuil était déjà considéré par les rabbins de l'époque talmudique comme
un devoir.
Notre Tradition prescrit plusieurs périodes de deuil qui varient en intensité
et obligation. Les périodes de deuil sont les suivantes :
· Avelout - qui est le nom de la période de deuil.
· Aninout - entre la mort et l'enterrement. Pendant cette période la
personne en deuil est libérée de toute obligation religieuse et
sociale, à l'exception de la préparation de l'enterrement et de
l'observation du Chabbat. Le Talmud précise que celui dont le
proche n'a pas encore été enterré est exempt de la récitation du
Chema et de tous les commandements d'ordre biblique… Le
Chabbat, il peut manger de la viande et boire du vin… et est dans
l'obligation d'appliquer les mitzvot de la Torah. (B. Berakhot 17b-
18a).
· Chiv'ah - les sept jours de deuil à compter de l'enterrement. Il est
conseillé aux personnes en deuil de rester chez elles pendant cette
période (sauf le Chabbat et les jours de Fête pendant lesquels tous
se joignent à la prière communautaire), de cesser leurs activités et
d'organiser les offices journaliers à leur domicile. Les trois
premiers jours de Chiv'ah sont considérés comme les plus intenses
de la période de deuil et, dans les communautés libérales, comme la
période minimale de deuil.
le monde des mitzvot
52
· Chelochim - la période de 30 jours à compter de l'enterrement (qui
inclut Chiv'ah). La personne en deuil retourne graduellement à la
vie active tout en respectant certains rites de deuil. Certains
éviteront toute activité sociale, loisirs ou réjouissances pendant
cette période. Le terme des Chelochim marque la fin du deuil pour
la famille proche, à l'exception des parents, des enfants et du
conjoint.
· La première année - La personne en deuil récite le Kaddich pour
un proche parent pendant onze mois à compter de l'enterrement.
Le Talmud prend un texte de Jérémie (22:10) comme référence pour les
règles de deuil : Ne pleurez pas celui qui est mort et ne faites pas de
complaintes sur lui…"Ne pleurez pas" : il s'agit de ne pas le pleurer avec
excès et "ne faites pas de complaintes sur lui" signifie qu'il ne faut pas se
complaire dans le deuil. Comment cela doit-il être compris ? trois jours
pour les pleurs, sept jours (chiv'ah) pour les lamentations, trente jours
(chelochim) sans se couper les cheveux et porter des vêtements fraîchement
repassés (et éviter ainsi de se soucier de questions vestimentaires). C'est à
ce sujet que le Saint béni soit-Il dit : "ne soyez pas plus attentionnés envers
le mort que Je ne le suis Moi-même" (Moèd Katan 27b).
Le jour de l'ensevelissement est le premier jour de chiv'ah et dès que le
septième jour est commencé (le soir même pour certains ou le lendemain
matin pour d'autres), la période de chiv'ah se termine et on entre dans les
chelochim.
Les sefardim ont coutume d'aller au cimetière le matin de la fin de chiv'ah,
d'autres attendent la fin des chelochim. Habituellement, les achkenazim
attendent la fin de l'année de deuil, c'est-à-dire le premier jour du 12ème
mois, pour se rendre au cimetière et dire les prières pour la pose de la pierre
tombale.
L 3 Chabbat et Fêtes
Le deuil (observance de Chiv'ah) est levé pour respecter le Chabbat et les
Fêtes. La personne en deuil se rendra à la synagogue pour participer aux
offices et observer les mitzvot de ces jours.
La Tradition précise qu'une Fête (voir E2) suspend les périodes de Chiv'ah
et de Chlelochim, et clôt la période concernée. Ainsi lorsque pendant la
période de Chiv'ah (sept jours après l'enterrement) une Fête est célébrée,
elle termine cette période et on entre directement dans la période suivante,
c'est-à-dire celle des chelochim. De même, si pendant la période des
chelochim une Fête est célébrée, elle clôt cette période. Néanmoins,
lorsque l'enterrement a lieu pendant les jours intermédiaires de Pessah, la
périodes de deuil
53
Tradition prescrit que l'observance de chiv'ah doit commencer le lendemain
de la Fête (B. Moèd Katan 19a, C.A. Yoré Déah 399). On consultera le
rabbin à ce sujet.
L 4 Réconfort
C'est une mitzvah de se rendre au domicile des personnes en deuil pour les
réconforter et en particulier de se joindre à eux pour l'étude et la prière.
La communauté doit permettre la célébration des offices au domicile des
personnes en deuil. Cette mitzvah est appelée Nihoum Avélim/réconfort des
endeuillés. Lorsqu'on leur rend visite, on doit éviter toute conversation
frivole ou légère. Les jours de Chiv'ah sont consacrés à la mémoire du
défunt et c'est une mitzvah de parler du défunt et de faire la Tzedaka en sa
mémoire. La tradition décrit Dieu comme montrant l'exemple en venant
réconforter les personnes en deuil. Ainsi Dieu Lui-même, dans toute Sa
gloire, vint réconforter Isaac lors de la mort d'Abraham (B. Sotah 14a).
Des textes bibliques nous donnent des indications quant aux rites de deuil.
Ainsi les amis de Job s'assirent par terre sept jours et sept nuits, mais nul
ne prononça une parole, car ils virent que sa douleur était grande (2:13).
C'est pourquoi le Talmud prescrit que dans une maison en deuil, le silence
est méritoire (B. Berakhot 6b).
Les trois premiers jours, il est recommandé de se tenir silencieux et de se
contenter de répondre aux personnes touchées par un deuil. A partir du
troisième jour, on commence à leur adresser soi-même la parole et, à la fin
de chiv'ah, on commence à tenir un langage plus habituel avec eux.
Pendant cette période, on s'efforce de parler de la personne défunte et des
souvenirs qu'on a d'elle, et on ne prononce pas des paroles qui pourraient
heurter la sensibilité des personnes en deuil.
Pendant les offices de Chiv'ah, on inclut généralement un D'var Torah (une
étude de la Torah). Cet acte est probablement lié à la croyance qu'un tel
acte aide l'âme du défunt à rejoindre le paradis, car l'étude de la Torah est
considérée comme la mitzvah la plus importante (Péah 1:1) et le Talmud
enseigne que tous les péchés sont pardonnés quand une personne étudie la
Torah (B. Berakhot 5a). Il en va de même pour la récitation du Kaddich à
propos de laquelle une ancienne tradition affirme qu'elle permet l'ascension
de l'âme du défunt (M. Edouyot 2:10).
Pour le judaïsme libéral, l'étude de la Torah est une mitzvah, mais elle
n'influe pas sur la migration de l'âme du défunt. Il en va de même pour la
récitation du Kaddich.
Il n'en reste pas moins que l'étude de la Torah au moment de la prière dans
un foyer en deuil est appropriée.
le monde des mitzvot
54
L 5 Le premier repas
C'est une mitzvah pour les amis des personnes en deuil de préparer le
premier repas pris au retour du cimetière.
Ce repas est appelé Séoudat havraah (Cf. B. Moèd Katan 27a). Il ne doit
pas devenir un moment de réjouissance mais donner l'occasion aux parents
de se consoler mutuellement. Pendant Chiv'ah, l'usage est que les personnes
en deuil ne servent pas celles qui viennent leur rendre visite.
L 6 La lumière de Chiv'ah
Au retour du cimetière il est d'usage d'allumer une lumière en souvenir
du/de la défunt(e). Pour certains, cette coutume trouve son explication dans
le verset : l'esprit humain est la lumière de l'Eternel (Proverbes 20:27).
Lorsque cette lumière est allumée, certains disent : baroukh ata Adonaï,
Elohénou mélèkh haolam, achèr kidechanou bemitzvotav, vetzivanou
lehadlik nèr chel hazkarat nechamah/ béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi
du monde, qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as
enjoint d'allumer la lumière du souvenir. D'autres disent : Ner Adonaï
nichmat adam. Baroukh ata Adonaï haïé olam nata betokhénou/L'esprit de
l'être humain est une lumière de l'Eternel. Béni sois-Tu Eternel, qui as
implanté en nous la vie éternelle.
L 7 Kaddich
C'est une mitzvah pour les personnes en deuil de dire le Kaddich à la
mémoire du/de la défunt(e) lors de l'office quotidien pendant Chiv'ah, au
domicile ou à la synagogue.
Même si la coutume de la communauté ne requiert pas un minyan pour la
récitation de certaines prières comme le Kaddich, il est préférable que dix
adultes soient présents. Dans nos communautés, les femmes comptent dans
le minyan. Avec le Kaddich certains Psaumes peuvent être lus pendant
Chiv'ah ou le jour du Jahrzeit/Hazkarah, tels que les Psaumes 15, 16, 23,
49, 90 et 121.
Dans le judaïsme libéral. la mitzvah du Kaddich incombe à la femme
comme à l'homme (Siddour Sefat Hanechamah p.268-2691).
1 SAH p.43, STL p.454
périodes de deuil
55
L 8 Kaddich de l'année
C'est une mitzvah de réciter le Kaddich pour ses parents pendant l'année
suivant l'enterrement et pour d'autres membres de la famille pendant un
mois.
L 9 Yahrzeit/Hazkarah
C'est une mitzvah d'observer le Yahrzeit/Hazkarah (l'anniversaire du jour
du décès) chaque année par la récitation du Kaddich lors d'un office
communautaire.
Le terme yarzheit veut dire période annuelle c'est-à-dire anniversaire. Ce
terme se trouve pour la première fois dans les écrits du Maharil, Rabbi
Jacob Mölln (14ème S.). Le terme hazkarah vient de la racine z.k.r. qui veut
dire : se souvenir.
A l'époque talmudique, la date de deuil était marquée par un taanit
yahid/jeûne privé (B. Chevouot 20a). La coutume d'allumer une lumière à
cette occasion a été instituée au Moyen Age et certains attribuent
l'introduction de cette coutume à l'influence de la pratique chrétienne
d'allumer des cierges. Au 19ème S. cette pratique est établie et est citée par
Rabbi Salomon Ganzfried dans son Kitzour Choulhan Aroukh.
La veille du Yahrzeit/Hazkarah, il est d'usage d'allumer une lumière qui
brûlera pendant 24 heures. La famille peut choisir d'observer soit la date
hébraïque, soit la date civile, mais quel que soit le choix, il doit se faire
avec l'assentiment de toute la famille, afin que tous observent cette date le
même jour, et si possible ensemble.
Le Yahrzeit/Hazkarah n'est pas une occasion de renouveler le deuil mais est
un jour consacré chaque année au souvenir du/de la défunt/e.
La pratique du Yahrzeit/Hazkarah devrait s'accompagner de
l'accomplissement d'autres mitzvot comme l'étude ou la Tzedakah en
mémoire de la personne défunte.
Yizkor est le nom donné à la prière du souvenir pendant les fêtes, en
particulier à Yom Kippour. La coutume de Hazkarat Nechamot (rappel des
âmes, souvenir des défunts) est ancienne. Dans le rituel ashkenaze, les
prières qui lui sont liées ont été composées pendant la période des
Croisades. Dans le Siddour sefarade, cette prière est appelée Hachkavah.
Yizkor est récité à Yom Kippour et le dernier jour des Regalim (Fêtes de
pèlerinage).
le monde des mitzvot
56
L 10 Minhagim (coutumes)
De nombreuses coutumes sont liées à la période de Chiv'ah, comme couvrir
les miroirs, ne pas se raser, ne pas porter de chaussures en cuir, s'asseoir par
terre ou sur des sièges bas, ne pas boire de boissons alcoolisées, prendre ses
repas à l'écart, ne pas s'asseoir à la synagogue à sa place habituelle… Le
respect de ces coutumes est laissé à l'appréciation de chacun.
Il est d'usage de se laver les mains au sortir du cimetière (purification
symbolique).
L 11 La pierre tombale
C'est une mitzvah de marquer l'emplacement d'une tombe par la pose d'une
pierre.
Poser une pierre tombale est une pratique ancienne (cf. Genèse 35:20 et 2
Samuel 18:18), mais n'est devenue une pratique établie qu'au Moyen Age.
A l'époque du Talmud, telle n'était pas la pratique puisque Rabbi Simeon
ben Gamliel enseignait : nul ne doit ériger un monument pour les justes, le
souvenir de leurs actes constitue leur mémorial (Genèse Rabbah 82:11).
Les principes de simplicité qui régissent le choix du cercueil doivent aussi
nous guider dans le choix d'une pierre tombale. Cette pierre est
généralement posée chez les sefarades à la fin du mois de deuil et chez les
ashkenazes à la fin du 11ème mois.
L 13 Prière sur la tombe
La famille se réunit au cimetière pour un service après la pose de la pierre
tombale. Ce service peut être célébré à la fin des Chelochim ou de l'année
de deuil.
L 14 Visites au cimetière
Il est d'usage de se rendre sur les tombes d'êtres chers avant les Grandes
Fêtes. Cela ne se fait ni le Chabbat ni les jours de Fête.
57
LE CYCLE
DE
L'ANNEE

Chabbat
59
LE CHABBAT
le monde des mitzvot
60
Genèse 2:1-3
Etaient accomplis les cieux et la terre et tout ce qu’ils renferment. Dieu
acheva au septième jour Son ouvrage et Il cessa au septième jour tout le
travail qu’Il avait fait. Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car en
ce jour Il cessa Son oeuvre pour la laisser en devenir.
Exode 20:8-11
Souviens-toi du Chabbat pour le sanctifier. Durant six jours tu travailleras
et feras tout ton ouvrage; mais le septième jour est la trêve consacrée à
l'Eternel ton Dieu : tu n'y feras aucun ouvrage, toi, ton fils, ta fille, ton
serviteur ou ta servante, ton bétail, l'étranger qui est dans tes murs. Car en
six jours, l'Eternel a fait les cieux et la terre, la mer et tout ce qui s'y trouve,
et s'est reposé le septième; c'est pourquoi l'Eternel a béni le jour du Chabbat
et l'a sanctifié.
Exode 31:16-17
Les enfants d’Israël observeront le Chabbat de génération en génération, en
pacte éternel. Dans la suite des âges ce sera un symbole entre Moi et eux,
attestant l’oeuvre de la création du ciel et de la terre en six jours et le repos
du septième jour.
Deutéronome 5:12-15
Garde le jour du Chabbat pour le sanctifier, comme l'Eternel, ton Dieu, te
l'a prescrit. Six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage; mais le
septième jour est la trêve de l'Eternel ton Dieu : tu n'y feras aucun ouvrage,
toi, ton fils, ta fille, ton serviteur ou ta servante, ton boeuf, ton âne, ni tes
autres bêtes, ni l'étranger qui est dans tes murs, afin que ton serviteur et ta
servante se reposent comme toi. Et tu te souviendras que tu as été esclave
au pays d'Egypte et que l'Eternel, ton Dieu, t'en a fait sortir d'une main
puissante et d'un bras étendu ; c'est pourquoi l'Eternel, ton Dieu, t'a prescrit
d'observer le jour du Chabbat.
Isaïe 58:13-14
Si tu cesses de fouler aux pieds le Chabbat, de vaquer à tes affaires au jour
qui M'est consacré; si tu appelles le Chabbat délice, voué à la sanctification
de l'Eternel, que tu le glorifies en ne suivant pas tes voies, en ne t'occupant
pas de tes affaires et en ne proférant pas de paroles vaines, alors tu te
délecteras dans l'Eternel et Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre
et Je te ferai jouir de l'héritage de Jacob, ton père, car la bouche de l'Eternel
l'a dit.
Chabbat
61
Le Chabbat est une contribution essentielle du judaïsme à notre civilisation.
C'est un arrêt à la compétition sans fin des jours ouvrables, à la productivité
et au pouvoir. Cette journée sans travail nous permet de nous tourner vers
la véritable signification de notre existence et de considérer sereinement la
conception de l'humain créé à l'image de Dieu. Le Chabbat, nous prenons le
temps de contempler la beauté de la création, de nous réunir en famille,
entre amis et au sein de la communauté.
Favoriser la réinstauration des pratiques du Chabbat est un des buts de cet
ouvrage, car l'authenticité juive et l'accomplissement des mitzvot sont
intimement liés à la pratique du Chabbat. C'est en célébrant ce jour, en
inscrivant dans le temps son parfum de sainteté, en insérant un moment
d'arrêt au milieu de l'activité séculière que le peuple juif a pu survivre et
garder son identité. Comme l'a indiqué Ahad Haam, ce n'est pas Israël qui
a gardé le Chabbat mais c'est le Chabbat qui a gardé Israël (Hachiloah III-
6, 1898).
Les thèmes centraux de la théologie juive, Création, Révélation et
Rédemption, sont intimement liés à la liturgie et à la pratique de cette
journée. A travers les prières que nous prononçons et les actes que nous
accomplissons ou que nous nous abstenons d'accomplir, nous conférons au
Chabbat son caractère unique, sa signification et nous en faisons une source
de joie.
Les deux versions des Dix Commandements (Exode 20:8-11 et
Deutéronome 5:12-15) fournissent les raisons essentielles de la pratique du
Chabbat. Dans l'Exode, le Chabbat est lié à la Création: Car en six jours,
l'Eternel a fait les cieux et la terre, la mer et tout ce qui s'y trouve, et Il s'est
reposé le septième; c'est pourquoi l'Eternel a béni le jour du Chabbat et l'a
sanctifié (Exode 20:11). Et dans le Deutéronome, le Chabbat rappelle la
Sortie d'Egypte : Et tu te souviendras que tu as été esclave au pays
d'Egypte et que l'Eternel, ton Dieu, t'en a fait sortir d'une main puissante et
d'un bras étendu ; c'est pourquoi l'Eternel, ton Dieu, t'a prescrit d'observer
le jour du Chabbat (Deutéronome 5:15).
Le Chabbat est donc un jour où nous célébrons l'émergence du monde
organisé du sein du chaos et celle du peuple juif libéré des entraves de la
servitude. Le Chabbat est le temps de Dieu, Créateur de l'univers et
fondateur du peuple d'Israël. Chaque Chabbat, lorsque nous prononçons le
Kiddouch, nous invoquons donc le Dieu unique qui a créé l'univers : Tu
nous as donné le Chabbat, en souvenir de la Création (Siddour Sefat
Hanechamah p.96) et qui a béni notre peuple en le libérant : ce jour est le
premier de nos saintes convocations, il rappelle la Sortie d'Egypte (idem).
Souvenir de la Création, le Chabbat nous invite à considérer les merveilles
de l'univers et à réaliser l'émergence continue de la vie en son sein. Comme
le monde des mitzvot
62
dépositaires temporaires de ce monde, nous sommes invités à l'entretenir et
non à l'exploiter ni à le détruire. Nous devons donc le préserver sans nous
en considérer comme les propriétaires.
Souvenir de la libération de l'esclavage d'Egypte, le Chabbat nous rappelle
les idéaux de liberté et de justice. Ayant fait l'expérience de l'esclavage, de
l'injustice et de l'avilissement, comme celle de la libération, de la justice et
de la dignité retrouvée, nous devons être attentifs aux besoins des autres. Le
Chabbat devient ainsi un modèle de ce que pourrait être la vie et une
invitation à nous associer à l'oeuvre divine.
La différence entre les deux versions des Dix Commandements nous fait
mieux saisir la profondeur de cette journée et l'impact qu'elle peut avoir sur
notre vie quotidienne. Exode 20:8 commence avec le terme
zakhor/souviens-toi qui implique la connaissance et dans le Deutéronome
(5:12), le commandement du Chabbat est introduit par chamor/garde et
évoque l'action. Zakhor est de l'ordre du savoir et du spirituel, alors que
chamor est de l'ordre de la réponse pratique et active. Le premier prescrit le
repos comme un acte de sanctification, alors que le second nous invite à
cesser notre intervention dans le monde.
Même si une définition plus précise de la notion de travail doit être
élaborée aujourd'hui, le repos, la cessation du travail sont des éléments
essentiels dans la pratique du Chabbat. Le travail étant un acte qui insère
son auteur dans le circuit de la production et de l'économie, ce travail doit
être évité le jour du Chabbat car il est un frein à l'atmosphère de
kedouchah/sainteté, de menouhah/repos et de onèg/joie qui doit régner
pendant cette journée. En nous soustrayant consciemment à la réalité qui
nous oblige à gagner notre pain quotidien à la sueur de notre front (Genèse
3:19), le Chabbat devient une évocation du Gan Eden, un temps de paix et
de tranquillité pendant lequel, à travers la prière, le chant, l'étude, la
réflexion, il est possible de célébrer la sainteté de cette journée, d'exprimer
totalement notre spiritualité et de mieux réaliser notre dimension humaine.
Chaque semaine, nous sommes invités à cesser notre labeur, à prendre nos
distances et à centrer notre attention sur ce qui constitue l'essence de notre
existence.
A travers notre pratique des mitzvot liées au Chabbat, nous donnons un
exemple d'une grande importance. Pendant cette journée, la famille est
invitée à se réunir et à se retrouver pour partager les activités chabbatiques,
mettre en application en son sein et au sein de la société les fondements de
la vie juive : Talmud Torah (étude de l'enseignement traditionnel), Avodah
(pratiques religieuses) et Guemilout hassadim (actions caritatives).
Chabbat
63
Le Chabbat nous renvoie aux êtres et non aux objets, aux idéaux et non aux
images. La symphonie de la Création s'impose alors sur la cacophonie de la
course au profit et à la puissance.
Selon la tradition rabbinique, le Chabbat, nous recevons une nechamah
yetérah/âme supplémentaire qui nous permet d'apprécier à sa plus juste
valeur la chaleur de l'amitié et de l'esprit familial (B. Bétsah 16a et Taanit
27b). Nous pouvons ainsi réaliser le bonheur de nous sentir partie
intégrante de la communauté d'Israël qui tend vers un idéal de perfection.
Le Chabbat est une journée qui nous dirige vers le futur, une journée
d'espérance dans l'attente de la réalisation des temps messianiques qui
seront yom chékoulo Chabbat/un temps de Chabbat éternel (M. Tamid 7:4,
B. Roch Hachanah 31a).

Chabbat
65
M – LE CHABBAT
M 1 Observer le Chabbat
C'est une mitzvah pour tout Juif, célibataire ou marié/e, jeune ou âgé/e,
d'observer le jour du Chabbat.
Le statut particulier du Chabbat est affirmé par la mention de cette journée
dans les Dix Commandements (Exode 20:8 et Deutéronome 5:12), alors
que les autres moments consacrés de l'année juive ne le sont pas. Le temps
du Chabbat est le seul à ne dépendre d'aucun élément de référence
extérieure mais à être introduit par le Juif lui-même qui compte les jours et
maîtrise ainsi le temps.
La pratique du Chabbat affirme que le peuple juif est le peuple de
l'Alliance, ainsi qu'il est dit : Les enfants d’Israël observeront le Chabbat
de génération en génération, en pacte éternel. Dans la suite des âges, ce
sera un symbole entre Moi et eux, attestant l’oeuvre de la création du ciel et
de la terre en six jours et le repos du septième jour (Exode 31:16-17).
Cette pratique comprend des mitzvot positives et d'autres négatives.
M 2 Kedouchah/sanctification
C'est une mitzvah de consacrer le Chabbat en le singularisant par rapport
aux autres jours de la semaine.
La Torah décrit le Chabbat comme le point culminant de la Création, béni
et sanctifié par Dieu Lui-même . Il est dit dans Genèse 2:2-3 : Dieu acheva
au septième jour Son ouvrage et Il cessa au septième jour tout le travail
qu'Il avait fait. Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car en ce jour
Il cessa Son oeuvre pour la laisser en devenir. Or le sens originel de
kadoch/saint est : séparé, spécifié. C'est pourquoi lorsque nous faisons du
Chabbat un jour différent et spécifique, nous lui accordons sa qualité de
kaddoch/saint. Tout Juif devrait accorder à cette journée un caractère
particulier et s'abstenir de ce qui peut lui enlever son aspect distinctif en
mettant en valeur ce qui le consacre comme jour particulier. Ceux qui
rendent ainsi au Chabbat son caractère spécifique sont transformés par cet
éclat de sainteté qu'ils reçoivent en retour.
M 3 Menouhah/repos
C'est une mitzvah de se reposer le Chabbat.
le monde des mitzvot
66
La menouhah n'est pas simplement obtenu par l'absence de travail (voir
M5). Il s'agit aussi de créer une atmosphère et un environnement apaisants
pour notre esprit et notre âme. Le Chabbat pendant lequel nous tournons le
dos aux préoccupations de la semaine doit être vécu différemment des
autres jours de la semaine. Selon la tradition rabbinique, à la fin du 6ème
jour le monde était incomplet, et que lui manquait-il ? Il lui manquait le
menouhah. Vint le Chabbat et le repos avec lui, et le monde devint complet
(B. Meguillah 6a, Rachi sur Genèse 2:2). Le midrach ajoute que la
tranquillité, le bien-être, la paix et le silence furent créés avec le Chabbat
(Genèse Rabbah 10:9). Le repos est donc un concept positif, conséquence
d'un acte de création particulier.
Les conversations doivent être consacrées de préférence à la signification
de notre existence, à l'éveil de la conscience de la beauté de la Création
divine. Le Talmud énonce que le Chabbat, tes conversations ne doivent pas
être les mêmes que pendant la semaine (Chabbat 113b) et Rachi dans son
commentaire précise que les questions économiques doivent en être
absentes, car ces sujets peuvent enlever au Chabbat son caractère
particulier.
Chaque Chabbat, nous avons ainsi la possibilité de faire l'expérience de
cette menouhah qui revivifie notre corps et notre esprit. On peut choisir de
ralentir le pas pour ressentir l'apaisement de cette journée, comme il est dit :
le Chabbat, ta marche ne doit pas être identique à celle de la semaine
(idem). Nous devons prendre le temps pour vivre cette journée hors de la
pression de la semaine.
Si la semaine est caractérisée par la lutte, la course au rendement, l'absence
de ces facteurs pendant le Chabbat peut nous permettre de connaître la
sérénité et la régénération de notre âme et de notre corps. Telle est la
qualité essentielle de la menouhah qui a permis à notre Tradition de
qualifier le Chabbat d'avant-goût de l'ère messianique (Genèse Rabba 17:5,
44:17 et B. Berakhot 57b), un monde qui n'est plus celui de l'obligation
mais celui du libre choix, non celui de la contrainte mais celui de
l'apaisement. Nous pouvons alors ressentir ce que l'ère messianique pourrait
être.
M 4 Onèg/joie
C'est une mitzvah de pratiquer le Chabbat dans la joie, comme le précise
Isaïe : vous ferez du Chabbat un délice (58:13).
Onèg signifie aussi célébration, détente, contemplation des merveilles de la
Création, moments consacrés aux repas et à la convivialité, à la visite aux
personnes âgées et aux malades, à la lecture et au partage de
connaissances…
Chabbat
67
La Tradition préconise les relations sexuelles entre les époux le Chabbat en
particulier. Le Talmud (Ketoubot 62b) estime que le vendredi soir est le
moment approprié pour que le Talmid Hakham (le sage qui étudie) et son
épouse aient une telle relation. Rachi, dans son commentaire, explique que
cette précision découle de ce que le Chabbat est un jour de repos et de
plaisir, autant physique que spirituel. Iggérèt Hakodèch, texte d'inspiration
cabbaliste du 13ème S, considère que les relations sexuelles sont
particulièrement appropriées le Chabbat, car elles accentuent la nature
spirituelle de ce jour. Le Choulhan Aroukh ajoute : les relations sexuelles
font partie des joies du Chabbat (Orah Hayim 280:1).
Cet énoncé n'est pas à même de décrire le onèg du Chabbat. Il s'agit de
créer une atmosphère qui mette en évidence le caractère festif de cette
journée destinée à régénérer notre corps et notre âme et à nous faire
connaître la sérénité.
M 5 Ne pas travailler.
C'est une mitzvah de ne pas travailler le Chabbat.
La Michnah donne la liste des 39 activités qui sont définies comme étant du
travail et donc interdites le Chabbat (Chabbat 7:2)1. Cette liste reflète les
activités liées à l'économie de cette époque et le Talmud, les Codes et la
littérature des Responsa ont largement commenté cette Michnah. Si
aujourd'hui le judaïsme orthodoxe continue à définir le travail selon ces
critères, le judaïsme libéral adopte d'autres critères de définition. C'est
pourquoi certaines activités qui constituent un travail pour la tendance
orthodoxe ne sont pas considérées comme telles par la tendance libérale.
Dans les deux approches le travail reste interdit le jour du Chabbat mais, les
définitions du travail ne concordant pas, la pratique qui en découle est
différente.
Comme l'une des raisons d'être du Chabbat est de nous permettre de nous
détacher des obligations de la semaine et en particulier de celles d'ordre
économique, on s'abstiendra de tout travail qui entre dans le cadre de la
rémunération ou qui nous inclut dans le cycle économique.
1 La liste des 39 types de travaux est la suivante : semer, labourer, moissonner,
mettre en gerbes, battre le grain, vanner, cribler, moudre, tamiser, pétrir, cuire,
tondre la laine, la blanchir, la carder, la teindre, filer, ourdir, faire deux points,
tisser deux fils, découdre deux fils, faire un noeud, défaire un noeud, coudre deux
points, déchirer avec l'intention de coudre deux points, chasser le cerf, l'égorger, le
dépouiller, le saler, travailler sa peau, l'épiler, le découper, écrire des lettres, effacer
dans l'intention d'écrire, bâtir, démolir, éteindre, allumer, forger avec un marteau,
porter d'un domaine à un autre.
le monde des mitzvot
68
En attendant un consensus sur ce sujet, nous constatons que certaines
personnes ne peuvent pas se libérer des contraintes économiques. Pour
donner sa place au Chabbat, elles doivent donc consacrer tout moment qui
peut l'être à la kedouchah, à la menouhah et au onèg liés au Chabbat.
Toute action ou transaction qui peuvent être remises à plus tard doivent
impérativement l'être.
M 6 S'abstenir de certaines activités
C'est une mitzvah de s'abstenir des activités qui apparaissent comme des
violations de l'esprit du Chabbat.
Pendant le Chabbat et en particulier pendant les heures des offices, on
s'efforcera de suivre les lignes directrices suivantes :
· s'abstenir de travailler, tant dans le cadre d'une profession
rémunérée que dans d'autres domaines (voir M5),
· s'abstenir d'organiser des événements publics, tant pour les enfants
que pour les adultes (voir M 7),
· s'abstenir de participer à de tels événements,
· s'abstenir de tous travaux dans les locaux communautaires (et
s'abstenir d'y fumer),
· s'abstenir de pratiquer un sport dans le cadre professionnel (voir M
7)
Pendant le Chabbat, on s'abstiendra donc de toute activité qui ne met pas en
valeur le caractère particulier du Chabbat dans le domaine de kedouchah,
de menouhah et de onèg.
M 7 - S'abstenir de célébrer ou de prévoir certains événements
On ne célébrera pas de mariage avant la fin du Chabbat.
On ne fixera pas de mariage dont la préparation mènerait à être en
contradiction avec l'esprit du Chabbat.
Un enterrement ne se déroulera pas le Chabbat et on ne se rendra pas au
cimetière. Par contre, pendant cette journée, il est d'usage de rendre visite
aux personnes en deuil afin de leur apporter réconfort et amitié.
On bannira toute occupation qui ne permet pas de vivre pleinement le
Chabbat dans ce qu'il apporte de kedouchah, de menouhah et de onèg.
La pratique d'un sport hors du cadre professionnel est autorisée le Chabbat
(CA Orah Hayim 301:2 et 326:7).
Le Talmud (B. Bétsah 9ab) discute de certaines actions qui, sans être des
violations du Chabbat et des jours de Fête, donnent l'apparence d'être en
Chabbat
69
violation avec la sainteté de ces journées. Ceci est appelé mar'it
ayin/apparence à première vue. Ce concept doit nous inciter à respecter le
Chabbat également à travers nos attitudes, afin qu'elles ne puissent pas
apparaître comme une désacralisation de cette journée.
M 8 Ne pas faire ses achats
C'est une mitzvah de ne pas faire ses achats le Chabbat.
On planifiera ses achats pour pas avoir à les faire le jour du Chabbat.
M 9 Préparer le Chabbat
C'est une mitzvah de préparer le Chabbat.
Selon les rabbins, cette mitzvah est introduite par le commandement
souviens-toi du jour du Chabbat (Exode 20:8).
La préparation du Chabbat commence bien avant cette journée pour
laquelle on achète des nourritures de choix. Dans la Mehilta (Bahodèch 7)
il est dit : Eleazar ben Hanania ben Hezkiyah ben Garon a dit : rappelle-toi
du jour du Chabbat pour le sanctifier. Cela veut dire que dès le premier
jour de la semaine efforce-toi d'être attentif et si tu vois quelque chose qui
peut embellir le Chabbat suivant, acquiers-le. Le Talmud rappelle la
pratique de Chammaï et de Hillel qui choisissaient les meilleurs mets et les
mettaient de côté pour le repas du Chabbat, quel que soit le jour de la
semaine. S'ils trouvaient quelque chose de meilleur, ils l'achetaient et
mettaient le mets choisi au préalable comme deuxième choix (B. Bétsah
16a). Ainsi chaque jour ils pensaient au Chabbat. Aujourd'hui nous
pouvons penser à la préparation du Chabbat et, par exemple, lorsqu'un
nouveau fruit apparaît sur le marché, nous pouvons l'acheter et le déguster
Chabbat afin d'augmenter le plaisir lié à cette journée.
Le Talmud affirme : le Chabbat, nos habits ne doivent pas être ceux de la
semaine (Chabbat 113b). Bien s'habiller pour Chabbat ajoute au caractère
festif de la journée et distingue le Chabbat des autres jours. C'est pourquoi,
si on achète de nouveaux vêtements, on les portera pour la première fois un
Chabbat.
La Tradition compare l'arrivée du Chabbat à celle d'un important invité. Le
Chabbat est comparé à une fiancée ou une épouse (ibid 119a). On préparera
la venue du Chabbat comme on prépare la venue d'un invité de marque.
C'est pourquoi la préparation du Chabbat comprend : le nettoyage de la
maison pour la rendre encore plus accueillante, la préparation d'un repas de
Fête, la disposition et la décoration de la table et le choix d'un habillement
approprié à ce jour.
le monde des mitzvot
70
Comme ce jour est également un jour de repos, il est souhaitable de
s'accorder un moment de transition entre le travail de la semaine et le
commencement du Chabbat. On peut ainsi commencer à créer cette
atmosphère particulière au Chabbat, une atmosphère de joie, de sérénité et
de sanctification.
Tous les membres de la famille sont invités à participer à cette préparation.
Le Talmud décrit les Sages participant à la préparation du Chabbat : les uns
coupaient le bois, les autres cuisinaient (ibidem). Le Choulhan Aroukh
(Orah Hayim 250:1) insiste sur la nécessité pour chacun de préparer le
Chabbat, même pour ceux qui ont des employés.
M 10 - Ne pas accomplir de travaux ménagers le Chabbat
C'est une mitzvah de ne pas accomplir de travaux ménagers le Chabbat.
On préparera la veille les repas du Chabbat pour ne pas avoir à cuisiner ce
jour-là, mais on peut réchauffer les plats. On s'abstiendra d'accomplir les
travaux ménagers pendant cette journée.
L'abstention de tout travail s'applique, depuis le coucher du soleil le
vendredi soir jusqu'à l'apparition des trois étoiles le samedi soir, à toutes les
personnes de la famille et à toute personne employée par elle.
M 11 Hakhnassat Orehim/Hospitalité
C'est une mitzvah d'inviter des amis, des personnes seules ou de passage
pour la célébration du Chabbat. Cette mitzvah est appelée hakhnassat
orehim.
Le Talmud (B. Chabbat 127a) en prenant comme source la Michnah (Péah
1:1) inclut Hakhnassat Orehim parmi les mitzvot pour lesquelles on est
récompensé en ce monde et dans le monde à venir. Nul n'a besoin de croire
en la vie physique après la mort pour comprendre que de tels actes
apportent une récompense qui dépasse l'action elle-même et perdure dans le
temps. Dans le même passage du Talmud, Rabbi Judah va encore plus loin
et affirme que le fait de recevoir des invités à sa table est un acte encore
plus méritoire que le fait d'"inviter" Dieu à sa table. Aujourd'hui, en
considérant le nombre de famille réduites et de personnes seules, cette
mitzvah prend encore plus de sens.
Le dîner sera également un moment propice à la réunion des membres de la
famille.
M 12 Tzedakah
C'est une mitzvah d'accomplir un acte de Tzedakah.
Chabbat
71
La mitzvah de Tzedakah se trouve exprimée dans la Torah : "tu ouvriras ta
main pour ton frère pauvre et pour celui qui a besoin de ton aide"
(Deutéronome 15:11). Maïmonide (Sefer Hamitzvot, Mitzvah Assé 195)
rappelle que ce passage nous invite à aider le pauvre en fonction de ses
besoins.
La pratique d'une telle mitzvah entre dans la préparation des jours de Fête et
du Chabbat, car tout moment consacré est une occasion de pratiquer la
Tzedakah. Selon l'exemple des Sages, les heures qui précèdent l'entrée du
Chabbat conviennent particulièrement à l'accomplissement de cette
mitzvah. Ainsi chaque vendredi après-midi, R. Hanina donnait 4 zouzim
pour les pauvres (B. Ketoubot 64a).On peut avoir un tronc destiné à la
Tzedakah et, avant Chabbat, inviter ses enfants à y placer quelques pièces.
En venant à la synagogue, on peut apporter de la nourriture qui sera par la
suite donnée à ceux qui sont dans le besoin.
M 13 Allumer les lumières du Chabbat.
C'est une mitzvah d'allumer les lumières du Chabbat.
A l'époque de la Michnah, l'allumage des lumières du Chabbat était une
pratique établie (M. Chabbat 2:6-7 et B. Chabbat 25b). Le Midrach lie
l'allumage des lumières du Chabbat avec l'idée de l'onèg : Vous ferez du
Chabbat un délice, il s'agit de l'allumage de la lumière du Chabbat
(Tanhouma, Noah 1).
Traditionnellement ce devoir incombe aux femmes, mais les hommes
peuvent également l'accomplir. Maïmonide précise à ce propos que les
hommes sont également responsables de l'accomplissement de ce
commandement (Yad, Hilkhot Chabbat 5:2). C'est pourquoi, si seul un
homme peut ou sait allumer les lumières du Chabbat, c'est à lui qu'incombe
ce devoir. De préférence, elles sont allumées dans la pièce où se déroulera
le repas. Elles ne doivent pas servir de décoration, car ce n'est pas à cette
intention qu'elles sont allumées.
Habituellement on dit une bénédiction avant d'accomplir le geste qui lui est
lié. Mais pour la lumière du Chabbat, on allume d'abord puis on prononce
la bénédiction puisque, la bénédiction dite, on entre formellement dans le
Chabbat (voir Siddour Sefat Hanechamah p.2031).
Il est d'usage d'allumer au moins deux bougies ou lumières (C.A. Orah
Hayim 263:1), chacune correspondant à l'un des termes de référence du
Chabbat, zakhor/souviens-toi et chamor/pratique contenus dans les deux
versions du Décalogue (Exode 20:8, Deutéronome 5:12). Dans certaines
1 SAH p.1, STL p.38
le monde des mitzvot
72
familles il est d'usage d'allumer une bougie par membre de la famille,
d'autres en allument sept ou dix.
L'entrée du Chabbat se situe 18 minutes avant le coucher du soleil. Mais
l'allumage des lumières du Chabbat même plus tard, lorsqu'on ne peut pas
pour des raisons pratiques l'accomplir 18 minutes avant le coucher du
soleil, marque symboliquement l'entrée du Chabbat. Dans ce cas, on
procédera à cet allumage dans les plus brefs délais. On se souhaite alors
chabbat chalom/chabbat de paix.
Assister à l'allumage des lumières du Chabbat à la synagogue ne dispense
pas de l'accomplissement de la mitzvah de l'allumage à la maison. L'usage
d'allumer la lumière du Chabbat pendant l'office à la synagogue a été
introduit tardivement, à l'époque où les voyageurs dormaient dans les
annexes de la synagogue.
M 14 Bénir les enfants ainsi que tous les convives
C'est une mitzvah de bénir les enfants ainsi que tous les convives (voir
Siddour Sefat Hanechamah p.203).
M 15 Dire le Kiddouch
C'est une mitzvah de dire ou de chanter le Kiddouch .
D'après la Mehilta (Bahodèch 7), la mitzvah du Kiddouch dérive de
l'Exode 20:8: Sanctifier le Chabbat, c'est le bénir. C'est pourquoi les
rabbins ont institué le Kiddouch, la sanctification sur le vin (voir aussi B.
Pesahim 106a). Le Kiddouch comprend deux bénédictions, la première sur
le vin, source de joie, la seconde proclame la sainteté du Chabbat. Nous
remercions Dieu de nous avoir donné cette journée pour la sanctification et
le repos en souvenir de la Création du monde et de la Libération de
l'esclavage. Le Kiddouch peut également être prononcé sur un autre alcool
et même sur du pain. Dans ce cas, seule la première bénédiction change.
Certains préparent un verre pour chaque convive, d'autres font passer la
coupe à toutes les personnes présentes. Dans certaines familles le Kiddouch
se dit debout, d'autres le disent assis. Tout adulte peut dire le Kiddouch. Il
est d'usage de le faire précéder des premiers versets du deuxième chapitre
de la Genèse. Ceux-ci ne sont pas lus à la synagogue car ils le sont déjà
dans la Amidah du vendredi soir (voir Siddour Sefat Hanechamah p.204).
Assister au Kiddouch à la synagogue ne dispense pas de l'accomplissement
de la mitzvah du Kiddouch à la maison (voir M 13).
Chabbat
73
M 16 Motzi
C'est une mitzvah de dire le Motzi avant le repas (M. Berakhot 6:1).
Cette bénédiction se prononce avec les hallot/pains du chabbat qui sont
deux pains tressés. Ces pains portent aussi le nom de léhèm michné/pain
double et rappellent la double portion de manne que les Juifs recevaient le
vendredi dans le désert (Exode 16:22). Lorsqu'on dit le Kiddouch, les hallot
sont couvertes. On les découvre avant de dire le Motzi (voir Siddour Sefat
Hanechamah p.2051), puis le pain est salé et un morceau est distribué à
chaque convive. Une des explications données dans les textes rabbiniques
fait mention de la comparaison entre la table familiale et l'autel du Temple
de Jérusalem. Comme au Temple de Jérusalem du sel était répandu sur les
pains de proposition (Lévitique 2:13), ainsi du sel est répandu sur le pain du
Chabbat.
Nul n'est censé parler entre le moment où la bénédiction a été prononcée et
le moment où il reçoit un morceau de pain.
M 17 La table du Chabbat
Afin d'être un moment de convivialité et de plaisir, le repas est agrémenté
de zemirot/chants (voir Siddour Sefat Hanechamah p.206-2082). En
interprétant Isaïe 58:13 : vous ferez du Chabbat une source de joie, le
Talmud demande comment exprimer notre joie et donne plusieurs moyens
de le faire, par exemple en préparant des mets de qualité… De nombreux
textes affirment que les aliments ont un goût particulier lorsqu'ils sont
préparés pour Chabbat (Genèse Rabba 11:4, B. Chabbat 119a).
Pendant le repas, selon le Talmud, nos conversations doivent être
différentes de celles de la semaine (B. Chabbat 113b). Elles peuvent avoir
comme sujet les questions d'actualité en prenant comme référence les idées
fondamentales de la Tradition. On pourra parler de la Sidra/lecture de la
Torah hebdomadaire. On évitera les conversations sur des questions
matérielles.
M 18 Birkat Hamazon après le repas.
C'est une mitzvah de dire le Birkat Hamazon après le repas (voir H7 et
Siddour Sefat Hanechamah p.210-2203).
1 STL p. 466
2 SAH p.50, STL p.96-100
3 SAH p.281-291, STL456-464
le monde des mitzvot
74
M 19 - Participer aux offices à la synagogue.
C'est une mitzvah de participer aux offices à la synagogue.
Si la prière privée est une mitzvah, la prière en communauté est elle aussi
d'importance primordiale. Le Talmud dit : Rabin ben Rabbi Adda dit au
nom de Rabbi Isaac: le Saint béni soit-Il se trouve dans la synagogue, car
il est dit : "Dieu se tient au sein de la communauté de Dieu" (Psaume
82:1). Et nous savons que lorsque 10 hommes prient ensemble, Dieu est au
milieu d'eux, puisqu'il est dit: "Dieu se tient au sein de la communauté de
Dieu" (idem) ( B. Berakhot 6a). Chacun, en tant que membre du peuple
d'Israël, est responsable envers la communauté et doit donc faire son
possible pour participer à la prière communautaire. Celle-ci est essentielle
pour affermir notre relation avec les autres, notre responsabilité à leur égard
et assurer la continuité communautaire.
Si on ne peut se joindre à la prière communautaire, par exemple en cas de
maladie, on dit les prières chez soi.
M 20 Le repas de midi
Le repas de samedi midi procure une nouvelle occasion de marquer
spécialement le Chabbat. On dira le Kiddouch du samedi matin. Le long
Kiddouch est récité le soir uniquement (B. Pesahim 106b). Le Chabbat
matin, on dit le Vechamerou (Exode 31:16-17) puis la bénédiction sur le
vin (Orah Hayim 289:1, voir Siddour Sefat Hanechamah p. 2081) ainsi que
le Motzi et le Birkat Hamzon (voir M15 et M17).
M 21 L'étude de la Torah
C'est une mitzvah d'étudier la Torah chaque jour et encore plus le Chabbat.
La lecture de la Sidra à la synagogue invite à l'étude, à la réflexion et à la
discussion. La lecture publique de la Torah le Chabbat n'étant pas une
prescription biblique, le Talmud explique son introduction de la façon
suivante : Il est dit "Et ils marchèrent trois jours dans le désert sans
trouver d'eau" (Exode 15:22). Or l'eau représente la Torah (cf. Isaïe 55:1).
Le texte de l'Exode veut donc dire que lorsqu'ils marchèrent trois jours
sans Torah, ils se sentirent fragilisés. C'est pourquoi les Prophètes
instituèrent les lectures de la Torah le jour du Chabbat, puis le lundi et le
jeudi, afin que le peuple d'Israël ne reste jamais 3 jours sans entendre des
paroles de la Torah" (B. Baba Kama 82a).
Le samedi après-midi, il est d'usage de se réunir en famille ou entre amis
pour se livrer à l'étude de la Sidra ou d'un texte de la Tradition, ancienne ou
1 STL p.204
Chabbat
75
moderne, enrichissant ainsi le Chabbat par cet échange et permettant aux
participants d'augmenter leurs connaissances juives.
M 22 Visite aux malades
C'est une mitzvah de rendre visite aux malades ou aux personnes qui ne
peuvent pas se déplacer.
Ceux qui ne peuvent pas se déplacer ne doivent pas être tenus à l'écart et
être privés de la joie du Chabbat. C'est pourquoi on leur rend visite pour
leur apporter ainsi un peu de joie du Chabbat.
M 23 Chabbat, mariage et préparation de mariage
On ne célébrera pas de mariage le Chabbat et on ne prévoira pas de telles
cérémonies, afin que leur préparation ne perturbe pas le Chabbat et son
atmosphère de quiétude.
Le Talmud interdit la célébration du mariage un jour de Fête, car on ne
mélange pas deux joies de nature différente (B. Moèd Katan 9a). Le
Choulhan Aroukh précise que les mariages ne doivent pas être célébrés le
Chabbat ni les jours de Fête (Orah Hayim 339:4 et Even Haezer 64:3). Cet
interdit est fondé sur un texte de B. Bétsah 36b et sur la Michnah
correspondante (5:2). Ces interdits qui ne sont pas d'origine biblique ont été
émis par les rabbins pour protéger la sainteté du Chabbat et des Fêtes.
M 24 Deuil pendant Chabbat
Le Chabbat interrompt les rites du deuil. On se rend à la synagogue et on
observe les mitzvot liées à cette journée. Bien que le Chabbat fasse partie
des jours de Chiv'ah (7 jours de deuil), certaines coutumes liées au deuil
sont suspendues pendant Chabbat et les mitzvot du Chabbat doivent être
observées (B. Moèd Katan 19a et Semahot 7:1).
Le Chabbat, on ne procède pas à un enterrement puisqu'aucun travail ne
peut y être accompli et que l'atmosphère au moment d'un ensevelissement
ne peut pas être en harmonie avec celle qui préside au Chabbat. Pour la
même raison, on ne se rend pas au cimetière.
M 25Accorder un caractère particulier à toute la journée du Chabbat
Pendant toute cette journée, depuis l'allumage des lumières du Chabbat
jusqu'à la Havdalah, on donnera à cette journée un caractère particulier. On
choisira des activités qui s'accordent avec l'esprit du Chabbat, on
participera aux activités communautaires et à toute activité qui confère une
qualité de kedouchah, de menouhah et de onèg.
le monde des mitzvot
76
M 25 Havdalah
C'est une mitzvah de dire la Havdalah/prière de séparation le samedi soir
lorsque trois étoiles sont apparues dans le ciel.
La Havdalah était une pratique déjà bien établie pendant la période
michnaïque (B. Berakhot 8:5 et Tossefta Berakhot 6:7). La principale
bénédiction, celle de la séparation, est mentionnée dans le Talmud (B.
Pessahim 103b). Maïmonide fait découler la mitzvah de la Havdalah
d'Exode 20:8 : "souviens-toi du jour du Chabbat et sanctifie-le". Il est donc
nécessaire de marquer l'entrée du Chabbat en disant le Kiddouch et d'en
indiquer la fin par la Havdalah (Yad Hilkhot Chabbat 29:1). Chabbat se
termine lorsque trois étoiles apparaissent dans le ciel nocturne. Certains
préfèrent repousser le moment de dire la Havdalah le plus tard possible.
On utilisera une coupe de vin, une boite d'épices et une bougie de
préférence tressée, car la bénédiction fait allusion aux meoré/lumières et
que ce terme est au pluriel (B. Pesahim 103a). On prononce les
bénédictions d'usage (voir Siddour Sefat Hanechamah p.1781). La plus
jeune personne tient habituellement la bougie.
Il est également d'usage que les parents bénissent leurs enfants et les
personnes présentes.
On se souhaite chavoua tov/bonne semaine.
1 SAH p.267, STL p.292-294
77
LES YAMIM NORAÏM

Roch Hachanah
79
ROCH HACHANAH
Lévitique 23, 24
Au septième mois, le premier jour du mois, aura lieu un repos solennel;
commémoration par une sonnerie, convocation sainte.
Nombres 29,1
Au septième mois, le premier jour du mois, il y aura une convocation
sainte, vous ne ferez aucune oeuvre servile. Ce sera pour vous le jour de la
Sonnerie.
Néhémie 8, 2-3
Ezra le prêtre apporta la Torah devant l'assemblée, hommes et femmes et
quiconque était capable de comprendre, le premier jour du septième mois.
Il en fit lecture devant la place qui précède la porte de l'eau, depuis l'aurore
jusqu'au milieu de la journée, en présence des hommes, des femmes et de
tous ceux qui pouvaient comprendre.
Dans la Torah, le jour de Roch Hachanah est appelé Yom Terouah/jour de
la sonnerie (Nombres 29:1). C'est dans la Michnah qu'il marque le début de
l'année (Roch Hachanah 1:1) d'où son nom Roch Hachanah/début de
l'année. Selon le Talmud, c'est à Roch Hachanah que le monde fut créé (B.
Roch Hachanah 11b). C'est l'interaction entre les trois idées, création,
jugement et nouvel an, qui permet de comprendre les mitzvot et les
coutumes liées à cette journée.
Roch Hachanah marque le début des dix jours qui mènent à Yom Kippour.
Selon la Michnah (idem 1:2), c'est un des quatre jours pendant lesquels le
monde est jugé. La Tossefta (ibid.) affirme que le jugement est prononcé à
Roch Hachanah et scellé à Yom Kippour. C'est pourquoi la période entre
Roch Hachanah et Yom Kippour est devenue un moment consacré à
l'introspection et au repentir. La tradition rabbinique a accordé à cette
période une telle importance que le mois d'Eloul, qui précède Tichri, lui a
été ajouté comme temps de préparation. Le Midrach identifie le 1er Eloul
comme étant le jour où Moïse, après l'épisode du Veau d'Or, remonta sur le
mont Sinaï pour implorer le pardon de Dieu en faveur du peuple d'Israël.
le monde des mitzvot
80
Quarante jours après, il redescendit avec le pardon de Dieu et les nouvelles
Tables sur lesquelles étaient inscrits les Dix Commandements, c'est-à-dire
le 10 Tichri, le jour de Kippour. Toute cette période, du 1er Eloul au 10
Tichri, a été identifiée comme une période favorable aux prières de
repentir. L'exégèse rabbinique a considéré le livre du Cantique des
Cantiques comme une description allégorique de l'amour de Dieu pour
Israël ; or les lettres composant le nom du mois d'Eloul, Alef, Lamed, Vav,
Lamed, sont les premières lettres de Ani Ledodi Vedodi Li/Je suis à mon
aimé et mon aimé est à moi, texte qui se trouve dans le Cantique des
Cantiques (6:3). C'est pourquoi les commentateurs ont affirmé que le mois
d'Eloul est propice à la réconciliation entre Dieu et le peuple d'Israël.
Le premier jour de Tichri est appelé dans la Torah jour de commémoration
proclamé par les sonneries du Choffar (Lévitique 23, 24; Nombres 29, 1).
Cette sonnerie est un rappel des événements passés, de l'espérance
messianique et une proclamation de la souveraineté divine. Le son du
Choffar est aussi un appel à prêter attention à l'interpellation divine, à
examiner nos pensées et à présenter notre cas devant le Juge Eternel. Roch
Hachanah porte donc comme nom Yom Terouah/Jour de la sonnerie.
Pour expliquer la sonnerie du Choffar à Roch Hachanah, on donne les
raisons suivantes :
· la corne de bélier rappelle le bélier offert en holocauste à la place
d'Isaac (Genèse 22:1-19),
· le don des Dix Commandements fut précédé par la sonnerie du
Choffar (Exode 19:20),
· c'est par la sonnerie du Choffar que l'année jubilaire devait être
annoncée (Lévitique 24:9-11) et
· le grand Choffar sera sonné pour marquer le début de l'ère
messianique (Isaïe 27:13).
Notre liturgie cite Maïmonide pour lequel la sonnerie du Choffar doit
éveiller notre âme et nous inviter à l'introspection et au repentir : Bien que
la sonnerie du Choffar à Roch Hachanah soit exécutée en vertu d'un
commandement de la Torah dont la raison n'est pas apparente, sa
signification est la suivante : Sortez de votre torpeur, vous qui
sommeillez…scrutez vos actes. Faites pénitence et rappelez-vous de votre
Créateur"… Il s'agit des hommes à qui les vanités passagères font oublier
le vrai Dieu et la véritable religion et qui, pendant l'année, sont occupés
par des bagatelles dont on ne peut attendre ni profit, ni salut. Pensez-donc
à votre âme et amendez vos voies, que chacun abandonne ses voies et ses
pensées vaines (Yad Hilkhot Techouvah 3:4).
Roch Hachanah
81
La tradition rabbinique a donné à Roch Hachanah le nom de Yom
Hadin/Jour du jugement et la parabole talmudique affirme que Dieu siège
sur le trône de justice et fait passer en jugement devant Lui le monde et
chaque être humain (B. Roch Hachanah 16b). Cette image de Dieu qui
s'apprête à juger et à inscrire chaque être, selon ses actes, dans le Livre de
la Vie, renforce la conception juive de l'homme libre et responsable de ses
choix et de ses actes. Nous sommes ainsi invités à considérer que notre
sort, comme celui du monde, dépend de nos actes. Le Talmud enseigne que
chacun doit se considérer comme à moitié coupable et à moitié innocent.
S'il accomplit un commandement, bonheur à lui car il ajoute une mesure
sur le bon plateau de la balance, s'il commet une transgression, malheur à
lui car il ajoute une mesure sur le mauvais plateau de la balance, ainsi
qu'il est dit : "un seul pécheur gâte beaucoup de bien" (Ecclésiaste 9:18)
pour lui-même. Rabbi Eleazar fils de rabbi Simeon, commentant ce verset,
affirme que Dieu juge en considérant la majorité des actes d'un individu et
que ce jugement a des répercussions pour le monde en général. Ainsi
lorsqu'un homme commet une mauvaise action, il ajoute un poids au
mauvais plateau de la balance et la fait pencher du mauvais côté, pour lui
comme pour le monde. S'il accomplit une bonne action, il ajoute un poids
sur le bon côté de la balance et la fait pencher du bon côté, pour lui comme
pour le monde. (B. Kiddouchin 40a-b).
Pour que le jugement ait toute sa signification, il doit être l'aboutissement
pour chacun d'un travail de mémoire sur l'année écoulée. C'est pourquoi
Roch Hachanah porte aussi le nom de Yom Hazikaron/Jour du souvenir.
Ainsi, après avoir procédé à son autocritique et imploré le pardon divin,
l'homme peut envisager avec confiance l'année qui commence. Selon la
Tradition la Techouvah/repentir, la Tefilah/prière et la Tzedakah/acte
d'entraide tempèrent la sévérité du décret divin (Genèse Rabbah 44.12, B.
Roch Hachanah 16b). Grâce à l'accomplissement de ces mitzvot, nous
cherchons à nous réconcilier avec notre prochain et avec Dieu.
Roch Hachanah affirme qu'en dépit de la faiblesse humaine les portes du
repentir sont toujours ouvertes (Deutéronome Rabbah 2:12). Dans son
exégèse de Job (31:32) Jamais l'étranger n'a passé la nuit dans la rue,
j'ouvrais ma porte au voyageur, le Midrach rappelle que Dieu accueille le
repentir: Le Saint, béni soit-Il, ne rejette aucune créature. Au contraire,
toutes Lui sont chères et les portes sont ouvertes à tout moment pour ceux
qui désirent entrer. (Exode Rabbah 19:4). Roch Hachanah affirme
également que la lutte pour la justice ne cesse jamais.
Les mitzvot et les coutumes de Roch Hachanah peuvent nous aider à entrer
dans la nouvelle année avec un esprit nouveau et à être inscrits dans le
Livre de la Vie et des Bénédictions.

Roch Hachanah
83
N - ROCH HACHANAH
N 1 Le mois d'Eloul
C'est une mitzvah de se préparer pour les Yamim Noraïm pendant le mois
d'Eloul (voir introduction).
Des prières de pénitence peuvent être ajoutées à la liturgie quotidienne.
Certaines communautés organisent un ou des offices de Selihot (prières
invitant au repentir). Le nom selihot est le pluriel de selihah/pardon (dans
le sens de demander pardon). Si Roch Hachanah est célébré le lundi ou le
mardi, la tradition rabbinique invite à dire un office de Selihot le samedi
soir qui le précède (Rama sur Orah Hayim 581.1). Dans certaines
communautés, on sonne du Choffar aux offices du matin depuis le début du
mois d'Eloul pour rappeler que la période du pardon approche, à l'exception
du jour précédant Roch Hachanah pour accorder toute son importance à
Roch Hachanah.
On fixera un moment pour l'étude et la réflexion afin de mieux se préparer
à la venue de Roch Hachanah.
Pendant le mois d'Eloul ou les Yamim Noraïm, il est d'usage d'aller au
cimetière et de se recueillir sur les tombes de ses proches (Rama sur Orah
Hayim 581:4). Par cet acte, les liens qui nous unissent aux générations
précédentes sont renforcés. Les qualités et les vertus des défunts ainsi que
leur attachement à la Tradition peuvent nous servir d'exemples et renforcer
notre volonté de mieux faire.
N 2 Célébrer Roch Hachanah
C'est une mitzvah de fêter Roch Hachanah le premier jour de Tichri.
Comme il est dit dans la Torah: Le septième mois, le premier jour du mois,
vous observerez un moment sacré: vous ne travaillerez pas. Vous
observerez le jour pendant lequel on sonne du Choffar (Nombres 29,1).
N 3 Le deuxième jour de Roch Hachanah
Dans certaines communautés libérales, Roch Hachanah est célébré pendant
un seul jour, comme cela est indiqué dans la Torah (Lévitique 23,24 et
Nombres 29, 21). Dans d'autres, comme en Israël et ce depuis l'époque
rabbinique, Roch Hachanah est célébré pendant deux jours. Ce
redoublement découle du fait qu'à cette époque, le nouveau mois était
proclamé sur la base de témoignages de deux hommes ayant vu le premier
filament de la nouvelle lune. Or ce témoignage devait être authentifié avant
le monde des mitzvot
84
que le nouveau mois ne soit déclaré. Roch Hachanah étant le premier jour
du mois, il était impossible de commencer sa célébration le premier jour si
on devait attendre l'authentification des témoignages. La coutume a prévalu
de célébrer cette fête pendant deux jours en s'accordant une marge d'erreur
suffisante pour commencer le nouveau mois qui marque la nouvelle année.
N 4 Se repentir
C'est une mitzvah à Roch Hachanah de faire acte de Techouvah/retourrepentir.
Selon la Tradition, Dieu fait passer le monde entier en jugement. Grâce à la
Techouvah/repentir, à la Tefilah/prière et à la Tzedakah/acte d'entraide, on
peut se réconcilier avec les hommes et avec Dieu. Yom Kippour marque le
point culminant de ce cheminement.
Le repentir commence avec la prise de conscience de nos erreurs, de nos
faiblesses et se poursuit par la volonté affirmée d'améliorer notre
comportement et nos relations avec les autres. On recherche compréhension
et pardon à travers le dialogue. Les prières de cette Fête nous invitent à
cette ouverture et au repentir dans le but de nous diriger (lachouv/revenir)
individuellement et collectivement vers l'autre et vers Dieu.
Il est de coutume de procéder à l'acte symbolique du Tachlikh l'après-midi
du 1er jour de Roch Hachanah. On jette dans un cours d'eau ou dans la mer
les poussières trouvées dans sa poche, comme symbole du pardon de Dieu
qui "emporte" nos péchés comme l'eau fait disparaître les poussières.
N 5 Accomplir la Tzedakah
C'est une mitzvah d'accomplir la Tzedakah.
A Roch Hachanah, cette mitzvah a une plus grande signification encore
(Rama sur Orah Hayim 581:4). La Tzedakah tempère la sévérité du
jugement divin. Par l'aide que nous apportons à ceux qui sont dans le
besoin ainsi qu'aux institutions qui leur viennent en aide, comme à celles
qui assurent la transmission de la Tradition et aux communautés, nous
montrons que nous prenons en compte nos obligations envers notre peuple
et envers toute l'humanité. La période qui précède Roch Hachanah est
particulièrement propice à l'accomplissement de cette mitzvah.
Dans de nombreux foyers on met à disposition un tronc de Tzedakah, afin
que chacun, enfants et parents, puisse participer à ce geste d'entraide.
Roch Hachanah
85
N 6 Pratiques de Roch Hachanah
Les pratiques du Chabbat sont le modèle de celles de Roch Hachanah et des
autres jours de Fête. Dans Lévitique 23:38, Roch Hachanah est cité parmi
les Fêtes qui sont appelées Chabbat pour l'Eternel. Le Kiddouch doit être
récité les jours de Fête comme il l'est le Chabbat, en application du verset
Voici les fêtes de l'Eternel (Lévitique 23:4). C'est pourquoi, selon
Maïmonide, de même que le Kiddouch est dit le Chabbat, il sera dit les
jours de Fête (sauf à Yom Kippour) et il en va de même pour la Havdalah
(Yad Hilkhot Chabbat 29:18) comme pour l'allumage des lumières de Fête
(Mehilta Bahodèch 7).
Les mitzvot suivantes sont communes au Chabbat et à Roch Hachanah:
· préparation de la Fête,
· présence d'invités aux repas de Fête,
· allumage des bougies de Fête et récitation de la bénédiction,
· Kiddouch,
· bénédiction des enfants,
· motzi. Le pain de Roch Hachanah est rond pour indiquer
l'espérance que l'année à venir sera vécue dans son intégralité,
certains y dessinent une échelle pour indiquer le lien entre Dieu et
l'humanité. Au lieu de saler le pain, on le trempe dans du miel ou
dans du sucre (voir Siddour Sefat Hanechamah p241),
· Birkat Hamazon. (voir Siddour Sefat Hanechamah p2101).
Dans certaines familles, des plats spéciaux sont préparés pour le soir de
Roch Hachanah.
N 7 Pomme et miel
Il est d'usage de tremper un quartier de pomme dans du miel et de le
manger après avoir dit la bénédiction appropriée. La pomme et le miel
symbolisent notre espoir pour une année bonne et douce. On dit :
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, Créateur du fruit de
l'arbre.
Que ce soit Ta volonté, Eternel notre Dieu et Dieu de nos ancêtres, de
nous renouveler une année bonne et douce.
N 8 Participer aux offices
C'est une mitzvah de participer aux offices de la communauté le(s) jour(s)
de Roch Hachanah.
1 SAH p.281-291, STL p.456-464
le monde des mitzvot
86
Notre appartenance au peuple d'Israël nous lie à des responsabilités
individuelles et collectives. Nos obligations collectives ne s'arrêtent pas à la
participation aux offices communautaires. La célébration publique à travers
la prière, le chant et l'étude de la Torah est essentielle à Roch Hachanah.
Les offices de Roch Hachanah renforcent nos liens avec la communauté et
avec les valeurs proclamées par notre Tradition à travers les siècles.
Si la maladie nous empêche de participer à ces offices, les prières peuvent
être dites à la maison.
N 9 Entendre le Choffar
C'est une mitzvah que d'entendre le Choffar le jour de Roch Hachanah,
comme il est dit dans la Torah: Vous observerez le jour de la sonnerie du
Choffar (Nombres 29,1).
La Tradition donne plusieurs explications concernant le Choffar (voir
introduction). Les sections liturgiques pendant lesquelles le Choffar est
sonné insistent sur les thèmes suivants: Malhouyot/royauté divine,
Zihronot/rappel des révélations de Dieu à Israël et Choffarot/promesse
divine de la Rédemption à venir. Lorsque le son du Choffar retentit, on doit
se concentrer sur sa signification et sur la démarche à laquelle il nous
invite. La notion de kavanah/intention est essentielle dans
l'accomplissement de cette mitzvah. (M. Roch Hachanah 3:7, B. Roch
Hachanah 28b).
Pour ceux qui ne peuvent pas se rendre à la synagogue pour cause
d'infirmité ou de maladie, on doit faire le nécessaire afin qu'ils puissent
entendre le Choffar.
Dans nos synagogues, le Choffar est sonné à Roch Hachanah même si ce
jour est un Chabbat. Le Choulhan Aroukh (Orah Hayim 588.5) précise que
le Choffar n'est pas sonné le Chabbat de peur que celui qui doit sonner ne le
transporte. Mais comme le précise le rabbin S. Freehof :
· puisque sonner du Choffar le jour du Chabbat n'est pas interdit,
· puisque sonner du Choffar le jour de Roch Hachanah est un
commandement biblique,
· puisque certaines autorités ont permis de sonner du Choffar le
premier jour de Roch Hachanah qui tombe un Chabbat, même s'il
est possible de le faire le second jour, et
· puisque dans nos synagogues Roch Hachanah dure un jour, comme
le prescrit la Torah (tel était le cas lorsque ce texte fut rédigé),
il n'est donc pas interdit de sonner du Choffar si le premier jour de Roch
Hachanah tombe un Chabbat (Recent Reform Responsa p.36-41).
Roch Hachanah
87
N 10 Ne pas travailler le jour de Roch Hachanah
C'est une mitzvah de ne pas travailler le jour de Roch Hachanah.
La Torah nous enseigne : Le septième mois, le premier jour du mois, vous
observerez un repos total (Lévitique 23,23).
Les écoliers et les étudiants devraient assister aux offices et ne pas se
rendre aux cours.
N 11 Les voeux de Roch Hachanah
Aux membres de sa famille et à ses amis, on exprime le voeu qu'ils soient
bénis pour la nouvelle année. La formule traditionnelle est la suivante:
lechanah tovah tikatévou/soyez inscrits (dans le Livre de la Vie) pour une
année bonne. Après Roch Hachanah, on peut également dire: guemar
hatimah tovah/que le décret final soit pour le bien ou lechanah tovah
tehatémou/soyez scellés (dans le Livre de la Vie) pour une année bonne.
N 12 Rendre visite à sa famille et à ses amis
A Roch Hachanah, il est d'usage de rendre visite à sa famille et à ses amis
et de leur transmettre nos voeux. Ces visites font partie de la simhah/joie de
la Fête.
N 13 Le deuil à Roch Hachanah
Le deuil est suspendu à Roch Hachanah et les personnes en deuil peuvent
venir à la synagogue. Elles doivent observer les rites et les coutumes liés à
Roch Hachanah. La Tradition considère que toute période de deuil est
interrompue lorsqu'une Fête est célébrée (voir B. Moèd Katan 19a et M.
Semahot 7:1). Le judaïsme libéral, prenant en considération ces coutumes,
laisse aux membres de la famille le soin de décider la fin de chiv'ah lorsque
l'ensevelissement a lieu la veille du jour de Fête.
N 14 La Havdalah
A la fin de Roch Hachanah, c'est une mitzvah de réciter la Havdalah qui est
la prière qui marque la séparation entre le sacré (la Fête) et le profane (les
jours ouvrables), entre Roch Hachanah et les autres jours de l'année.

Assérèt Yemé Techouvah
89
ASSERET YEME TECHOUVAH
La période de dix jours de Roch Hachanah à Yom Kippour est appelée
Assérèt Yemé Techouvah / les Dix Jours de Repentir.
Le Talmud considère que cette période est particulièrement propice au
repentir : Cherchez l'Eternel quand Il est proche (Isaïe 55:6). Et quand
peut-on trouver Dieu ? Rabba b. Abouha a dit : pendant les dix jours
depuis Roch Hachanah jusqu'à Yom Kippour (B. Roch Hachanah 18a). A
Roch Hachanah, nous faisons les premiers pas vers l'expiation. La
reconnaissance initiale de la faute et le remords qui l'accompagne ne sont
pas tout. Le Talmud demande : comment peut-on savoir que le repentir est
parfait et que le pardon est accordé ? Et la réponse qu'il donne est la
suivante : si, après avoir réparé la faute, avoir demandé le pardon et se
retrouvant dans une situation identique, on ne répète pas la même erreur,
alors le repentir est parfait et le pardon est accordé (B. Yoma 86b). En
attendant, après avoir réparé la faute et demandé le pardon de ceux qui ont
été blessés et l'avoir reçu, on se tourne vers Dieu et on implore Son pardon
(B. Baba Kama9:7).
Pendant cette période, tout doit être mis en oeuvre pour se réconcilier avec
notre prochain et avec Dieu. La Tradition enseigne que Yom Kippour
apporte le pardon pour les fautes commises envers Dieu, mais non pour les
fautes commises envers les autres, si nous n'avons pas au préalable obtenu
le pardon de ceux envers qui nous avons commis une faute (M. Yoma 8:9).
Le Chabbat pendant les Assérèt Yemé Techouvah s'appelle Chabbat
Chouvah/Chabbat du retour et est un moment important qui nous amène à
nous tourner vers les autres et à considérer nos propres agissements.
C'est parce que nous nous tournons vers nous-mêmes que nous pouvons
ensuite nous tourner vers notre prochain et vers Dieu.

Assérèt Yemé Techouvah
91
O - ASSERET YEME TECHOUVAH
O 1 L'autocritique
C'est une mitzvah de nous remettre en question et de réfléchir sur nos actes
de l'année écoulée pendant cette période qui débute à Roch Hachanah et se
termine à Yom Kippour, comme c'est une mitzvah de déterminer comment
améliorer notre comportement pour l'année à venir.
La conception talmudique du pardon implique la confession explicite de la
faute (B. Yoma 36b, 86b). Ceci ne peut avoir lieu qu'après avoir passé en
revue nos actes et nos pensées en prenant comme référence l'ensemble des
mitzvot.
Pendant ces journées, on s'efforcera de réserver un moment quotidien pour
la réflexion et l'introspection.
O 2 La réconciliation
C'est une mitzvah pendant les Dix Jours de Repentir, de rechercher la
réconciliation avec ceux à qui nous avons fait du mal pendant l'année
écoulée.
Notre Tradition nous enseigne que Dieu pardonne les fautes que nous
avons commises envers Lui, quant à celles que nous avons commises envers
les autres, nous devons d'abord obtenir leur pardon avant que Dieu nous
accorde le Sien (M. Yoma 8:9). Nous devons nous approcher de ceux que
nous avons offensés afin d'obtenir leur pardon et nous réconcilier avec eux.
O 3 Le pardon
C'est une mitzvah d'accorder notre pardon à ceux qui nous le demandent.
Demander le pardon et être pardonné fait partie du processus du repentir.
(M. Baba Kama 9:7). Maïmonide, citant le Lévitique : Ne te venge ni ne
garde rancune (19:18) affirme que celui qui refuse de pardonner commet
une faute grave.
La procédure du pardon implique tous les protagonistes, celui qui a commis
une faute et celui qui a été lésé, et exige des deux un travail de retour sur
eux-mêmes et vers les autres. Elle affirme le caractère destructif pour la
société des conflits non résolus et propose de reconstruire les relations entre
individus sur la base de la reconnaissance des erreurs et l'acceptation du
pardon. Le Talmud précise : Lorsque notre pardon est imploré, on doit être
le monde des mitzvot
92
aussi souple que le jonc et non raide comme le cèdre (B. Taanit 20a).
Pardonner est constructif pour tous les protagonistes.
O 4 Aller sur les tombes des disparus
Pendant les Assérèt Yemé Hatechouvah, nombreux sont ceux qui se rendent
sur les tombes de leurs défunts (C.A. Orah Hayim 581.4).
O 5 Chabbat Chouvah
Le Chabbat entre Roch Hachanah et Yom Kippour est appelé Chabbat
Chouvah / Chabbat du retour. Ce nom vient de la Haftarah (Osée 14, 2-10)
qui commence par ces mots : Chouvah Israël/Reviens Israël. On doit faire
un effort particulier pour participer à l'office de Chabbat Chouvah et
écouter la Haftarah qui nous invite, en prélude à Yom Kippour, à
l'introspection et à un retour vers Dieu.
Yom Kippour
93
YOM KIPPOUR
Lévitique 16, 29-31
Et ceci sera pour vous une loi perpétuelle: au septième mois, le dixième
jour du mois, vous mortifierez vos âmes et ne ferez aucun ouvrage, soit
l'indigène, soit l'étranger qui vit parmi vous. Car en ce jour on fera
propitiation sur vous afin de vous purifier; vous serez purs de tous vos
péchés devant l'Eternel. C'est pour vous un Chabbat, un Chabbat solennel,
où vous devez mortifier vos âmes : loi perpétuelle.
Lévitique 23, 27-28 et 31-32
Au dixième jour de ce septième mois, qui est le jour des Expiations, il y
aura pour vous une convocation sainte : vous mortifierez vos âmes, vous
offrirez un sacrifice à l'Eternel et vous ne ferez aucun travail en ce jour, car
c'est un jour d'expiation, destiné à vous réhabiliter devant l'Eternel votre
Dieu.
Nombres 29,7
Et au dixième jour de ce septième mois, il y aura pour vous une
convocation sainte: vous mortifierez vos âmes; vous vous abstiendrez de
tout travail.
Yom Kippour, le Jour du Pardon ou Jour de l'Expiation, est célébré le
dixième jour du mois de Tichri (Lévitique 23,27). C'est le moment
culminant des Dix jours de Pénitence. C'est la seule Fête dont la sainteté
équivaut à celle du Chabbat et qui, comme le Chabbat, est appelée dans la
Torah Chabbat chabbaton/Chabbat des Chabbat (Exode 31:15, 35:2,
Lévitique 23:3, 16:31, 23:32). Elle invite à la réflexion et à l'introspection.
La journée est entièrement consacrée à l'auto-évaluation, à l'autocritique, à
la confession et à l'expiation.
Yom Kippour nous donne la possibilité de modifier notre ligne de conduite,
de réévaluer nos idéaux et de rectifier notre comportement dans la vie. Ce
jour doit être abordé avec la plus grande honnêteté, surtout lorsque nous
nous confessons en disant: Nous avons péché, nous avons transgressé les
commandements et nous avons agi avec perversité. Cette formule récitée
par le roi Salomon nous avons péché, nous avons mal agi, nous sommes
le monde des mitzvot
94
coupables (1 Rois 8:47) fait partie du Viddouy, la prière de confession de
Yom Kippour.
La solennité de la liturgie et des chants ajoute à la gravité de cette journée.
Depuis le Kol Nidré (veille de Kippour) jusqu'à la sonnerie du Choffar qui
marque la fin du dernier office (Neïlah ), ces heures nous amènent à la
réconciliation avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu.
La première des mitzvot de la journée est le jeûne. La Torah répète trois
fois: Et ce sera une loi éternelle: le septième mois, le dixième jour du mois,
vous mortifierez vos âmes (Lévitique 16,29; 23,27; Nombres 29,7). La
Tradition interprète "mortification" par "jeûne". Grâce à cette pratique du
jeûne nous nous séparons du monde, nous nous libérons de ses demandes et
de ses incitations pour nous retrouver face à nous-mêmes, face à la réalité
de notre existence, face à nos échecs comme à nos réussites et face à Dieu.
Cet isolement nous permet de nous retrouver et de repenser à ce que devrait
être notre existence, nos relations avec le monde, avec notre prochain et
avec Dieu. Cette journée d'abstinence nous permet de initèm èt
nafchotékhèm/répondre à notre âme et de retrouver la force pour nous
tourner vers l'avenir (Cette traduction de initèm èt nafchotékhèm considère
le verbe initèm comme découlant de la racine Ayin Noun Hé dans son sens
premier répondre et non dans le sens de rendre humble).
Le judaïsme met l'accent sur l'autodiscipline. Lorsque nous nous abstenons
de nourriture le jour de Kippour, nous prenons conscience du fait que les
autres jours nous pouvons également être maîtres de nos désirs.
Le judaïsme insiste sur l'éveil à la présence de l'autre. Lorsque nous
jeûnons en ce jour de Kippour, nous devons nous souvenir que des millions
d'hommes souffrent de la faim et que nombreux sont les jours où la
nourriture leur manque.
Le judaïsme insiste sur la pénitence. La confession que nous énonçons avec
nos lèvres n'est qu'un premier pas. Le jeûne qui marque notre corps doit
nous faire prendre conscience que nous avons mal agi envers nous-mêmes
et envers les autres.
Yom Kippour est un jour pendant lequel nous nous penchons sur le passé
afin que l'avenir soit meilleur pour nous, tant individuellement que
collectivement. Mais la solennité de Yom Kippour n'estompe pas la joie
profonde qui est la marque de ce jour lorsque la pénitence vraie fait que
nous nous sentons plus proches de Dieu, de notre prochain et de nousmêmes,
et nous mène à la réconciliation. Lors de la sonnerie du Choffar qui
conclut l'office de Neïlah, ceux qui ont vécu cette journée dans la sincérité
et le recueillement espèrent être inscrits et scellés dans le Livre de la Vie.
Yom Kippour
95
P - YOM KIPPOUR
P 1 Observer Yom Kippour
C'est une mitzvah d'observer Yom Kippour le dixième jour du septième
mois (le mois de Tichri). Comme il est écrit dans la Torah: Le dixième jour
du septième mois sera pour vous le Jour du Pardon. Ce sera pour vous un
moment consacré... Car c'est le Jour du Pardon et il sera fait expiation
pour vous en ce jour devant l'Eternel votre Dieu (Lévitique 23,27-28).
P 2 Techouvah/repentir
C'est une mitzvah de se repentir le Jour de Kippour.
Au moment où la période d'autocritique, de réconciliation et de réflexion
qui a commencé à Roch Hachanah arrive à son point culminant, les prières
de confession mettent en évidence les erreurs et les insuffisances qui nous
éloignent de nous-mêmes, des autres et de Dieu. C'est après cette prise de
conscience que Yom Kippour apporte le pardon (Yoma 8:8). A travers la
Techouvah/repentir nous retournons vers Dieu et nous acquérons le
sentiment que Dieu revient vers nous. La conception du rapprochement né
du double mouvement, celui de l'humain vers Dieu et celui de Dieu vers
l'humain, est tirée du prophète Malachie : Revenez vers Moi et Je
reviendrai vers vous, dit l'Eternel Sebaot (3:7).
P 3 La réconciliation
Avant Yom Kippour, c'est une mitzvah de rechercher la réconciliation avec
toute personne envers qui nous avons mal agi, qu'il s'agisse de membres de
la famille ou d'autres personnes (voir O2).
Pendant les Dix jours de pénitence, la personne qui a commis une faute à
l'égard de quelqu'un doit prendre contact avec cette personne afin de
réparer sa faute et de se réconcilier avec elle. Le dîner avant Kol Nidré
devient ainsi le moment approprié pour rechercher la réconciliation avec
ses proches et ses amis réunis autour de la table.
On ne doit pas entrer dans cette journée sacrée de réconciliation avec Dieu
sans avoir fait tous les efforts pour nous réconcilier avec les autres.
P 4 Tzedakah/acte d'entraide
C'est une mitzvah d'accomplir la Tzedakah qui, comme la Tefillah et la
Techouvah, fait partie du rituel lié à Yom Kippour.
le monde des mitzvot
96
La coutume de faire la tzedakah avant Yom Kippour est appelée
Kapparah/expiation, car ce geste sert implicitement d'expiation pour les
fautes que nous avons commises. La Kapparah est fondée sur l'ancien rituel
du bouc émissaire (Lévitique 16:5-22). La pratique s'est répandue d'acheter
une poule pour une femme ou une fille et un coq pour un homme ou un
garçon, de le faire tourner au-dessus la tête de l'intéressé en prononçant la
formule suivante : voici mon substitut, mon offrande et mon expiation. Ce
coq/cette poule sera mis(e) à mort et moi je bénéficierai d'une longue et
agréable vie. Puis l'animal est tué et donné aux pauvres. De nombreux
rabbins se sont élevés contre cette coutume pratiquée encore par certains.
Aujourd'hui, on invite chacun à faire un don en faveur des démunis. Même
si l'ancienne pratique n'est plus en vigueur, il existe une relation évidente
entre tzedakah et expiation. Venir en aide aux défavorisés est un geste qui
peut nous permettre de mieux prendre conscience de nos manquements à
l'égard des autres.
C'est pourquoi avant que Yom Kippour ne débute, on doit accomplir des
actes de Tzedakah pour couvrir les besoins spirituels ou matériels,
personnels ou communautaires.
P 5 Le repas de la veille de Yom Kippour
Contrairement aux autres jours de Fête, le repas qui précède Yom Kippour
n'est pas lié à un rituel particulier. On commence par le motzi et on termine
par le Birkat Hamazon. Ce repas est appelé Seoudat Mafsékèt/repas de
conclusion (avant un jeûne) puisqu'il conclut le temps qui précède Yom
Kippour.
Ajouter un temps supplémentaire pour la célébration d'une fête ne peut
qu'ajouter à la sainteté de cette journée (B. Yoma 81a). C'est pourquoi,
avant Kol Nidré, il est d'usage de terminer le dîner une heure avant l'heure
du début du jeûne qui dure 25 heures.
Puisque Yom Kippour est un jour de jeûne et que le vin ne peut y être
consommé, et que le dîner se déroule avant le commencement du Jour du
Pardon lui-même, le Kiddouch n'est pas dit lors du Seoudat Mafsékèt.
P 6 Allumer les bougies de Yom Kippour
C'est une mitzvah d'allumer les lumières de Yom Kippour et de réciter les
bénédictions appropriées.
Cet allumage se déroule après le repas avant de se rendre à la synagogue
(C.A., Orah Hayim 610:1-3).
Contrairement au Chabbat et aux autres jours de Fête, les bougies sont
allumées après le repas, car l'allumage des lumières marque le début formel
Yom Kippour
97
de Yom Kippour et donc le début du jeûne. C'est pourquoi, dans certaines
communautés, l'office de Kol Nidré est précédé de l'allumage des lumières
de Yom Kippour. Avant l'allumage des bougies de la Fête, il est d'usage
d'allumer une lumière en souvenir des disparus. Une seule bougie peut être
utilisée pour honorer la mémoire de tous les défunts.
P 7 Bénédiction des enfants.
C'est une mitzvah pour les parents de bénir leurs enfants avant de se rendre
à la synagogue (voir Siddour Sefat Hanechamah p.203).
P 8 Jeûner
C'est une mitzvah de jeûner le Jour de Kippour.
La Michnah (Yoma 8:1) interprète Vous mortifierez votre âme (Lévitique
23:27) comme voulant dire : s'abstenir de toute nourriture (et de toute
boisson), de toute relation sexuelle, ne pas se laver, ni se parfumer, ni
porter des chaussures confortables (à cette époque cela incluait les
chaussures en cuir). Le jeûne exige l'autodiscipline et constitue un effort
entrepris afin de se contrôler pour se concentrer sur l'aspect spirituel de son
existence. En niant symboliquement les besoins vitaux essentiels que
l'homme partage avec les animaux, nous nous concentrons sur les aspects
de la nature humaine qui nous rapprochent de Dieu, notre Créateur.
Les enfants qui n'ont pas l'âge de la Bar/Bat-Mitzvah sont encouragés à
jeûner quelques heures et, chaque année, à augmenter les heures de jeûne
jusqu'à la Bat/Bar-Mitzvah. Il leur est alors demandé de jeûner pendant tout
Yom Kippour (M. Yoma 8:4 et B. Yoma 82a). Les personnes malades et
les femmes enceintes doivent demander l'avis de leur médecin et peuvent
être dispensées du jeûne. La Michnah (Yoma 8:5-6) et le Talmud (ibid
82a…) donnent des exemples de personnes qui sont autorisées à rompre le
jeûne ou qui ne doivent pas jeûner. Le principe fondamental est qu'en cas
de danger les interdits sont levés. Ceci s'applique en premier au Chabbat et
a été étendu à Yom Kippour appelé le Chabbat Chabbaton/Chabbat des
Chabbatot (B. Yoma 84b). Ce principe s'applique aux autres Fêtes et à
toute mitzvah négative (c'est-à-dire à tout interdit).
Le jeûne commence dès l'allumage des bougies de Yom Kippour et se
termine après la sonnerie du Choffar à la fin de Neilah.
P 9 L'office communautaire
C'est une mitzvah de se joindre à la communauté en assistant à l'office de
Kol Nidré, le soir de Yom Kippour, et aux offices de la journée de Yom
le monde des mitzvot
98
Kippour jusqu'à la sonnerie du Choffar à la fin de Neilah. Pour tous ces
offices, il est d'usage de porter le talit.
Comme membres du peuple d'Israël, nous avons une responsabilité
individuelle et collective. Participer aux offices est un de nos devoirs vis-àvis
de la communauté. Mais notre responsabilité va au-delà de notre
participation aux offices de Yom Kippour. Yom Kippour nous implique
dans le cercle communautaire, raffermissant nos liens avec les autres et
avec les valeurs historiques et religieuses qui nous tiennent à coeur. Si la
maladie empêche quelqu'un d'assister aux offices communautaires, les
prières de Yom Kippour peuvent être dites à la maison.
P 10 Office de Commémoration : Yzkor
C'est une mitzvah de dire le Yzkor/prière du souvenir à Yom Kippour.
Yizkor est le nom de la prière pendant laquelle on rappelle le souvenir des
disparus. Cette prière fut introduite dans les synagogues ashkenazes au
temps des Croisades lorsque des communautés entières furent décimées.
Les communautés rescapées perpétuèrent ainsi la mémoire de ceux qui
n'avaient plus de descendants pour le faire. Aujourd'hui, après la Shoah,
cette prière acquiert une signification supplémentaire. Elle est prononcée à
Yom Kippour, le dernier jour de Pessah, à Chavouot et à Chemini Atsérèt.
Tout le monde peut assister au Yzkor même si l'un des parents est vivant,
puisque l'Office de Commémoration est aussi un rappel des martyrs de
notre peuple.
P 11 Ne pas travailler
C'est une mitzvah de ne pas travailler à Yom Kippour. Comme il est dit
dans la Torah: Vous ne ferez aucun travail en ce jour… Ce sera un Chabbat
de repos complet pour vous (Lévitique 23, 28 et 32).
Les restrictions qui s'appliquent au Chabbat s'appliquent également à Yom
Kippour.
P 12 La Havdalah
A la fin de Yom Kippour, c'est une mitzvah de dire la Havdalah , prière
marquant la séparation entre le moment consacré (Yom Kippour) et les
autres jours de l'année.
P 13 Commencer à construire la Souccah
Dès la fin de Yom Kippour, on commence symboliquement la construction
de la Souccah en plaçant un montant ou en plantant un clou. L'usage de
Yom Kippour
99
planter les premier clous de la Souccah dès la fin de Kippour est tiré du
principe suivant : si une mitzvah se présente à toi, accomplis-la sans retard
(Mehilta Pischa 9). Le Choulhan Aroukh applique ce principe à la
construction de la Souccah (Orah Hayim 24:1). Nous concluons ainsi les
Dix Jours de Repentir et nous nous empressons d'accomplir la mitzvah de la
construction de la Souccah.
P 14 Rompre le jeûne
Le repas qui suit Yom Kippour doit être un repas particulièrement joyeux.
On éprouve un sentiment de libération qui provient de l'expérience de cette
journée d'introspection, de prière, d'espérance et de confiance dans le
pardon divin. Le Midrach (Kohélèt Rabbah 9:7) applique à Yom Kippour le
verset de l'Ecclésiaste : Va, mange ton pain allègrement et bois ton vin d'un
coeur joyeux, car Dieu a pris plaisir à tes oeuvres (9:7). Il est demandé de
recevoir chez soi ceux qui sont seuls afin qu'ils puissent rompre le jeûne en
famille.

101
LES FETES
DE PELERINAGE

103
LES FETES DE PELERINAGE
Exode 23, 14-16
Trois fois par an, tu célébreras des Fêtes en Mon honneur. Tu observeras
la Fête des Azymes : durant sept jours tu mangeras des pains azymes
comme Je te l'ai prescrit, à l'époque du mois de la germination, car c'est
alors que tu es sorti d'Egypte ; et l'on ne paraîtra pas devant Ma face les
mains vides. Puis viendra la Fête de la Moisson, Fête des Prémices de tes
biens que tu auras semés dans la terre ; et la Fête de l'Automne, au déclin
de l'année, lorsque tu rentreras ta récolte des champs.
Deutéronome 16, 26
Trois fois par an, tous les hommes paraîtront en présence de l'Eternel ton
Dieu, dans l'endroit qu'Il aura élu : à la Fête des Azymes, à celle des
Semaines et à celle des Tentes....
2 Chroniques 8, 12-13
Alors Salomon offrit des holocaustes à l'Eternel sur l'autel qu'il avait érigé
devant le portique, en se conformant au rite de chaque jour... selon les
prescriptions de Moïse, les jours du Chabbat et des néoménies et aux Fêtes
qui se suivent trois fois par an, à la Fête des Azymes, à la Fête des
Semaines et à la Fête des Tabernacles.
Pessah, Chavouot et Souccot sont appelées les Chaloch Regalim/Trois
Fêtes de Pèlerinage. Lorsque le Temple existait, ces Fêtes étaient
l'occasion d'un pèlerinage à Jérusalem où des actions de grâce étaient
offertes (Exode 23,14). Le huitième jour de Souccot, Chemini
Atsérèt/Simhat Torah est considéré comme faisant partie de Souccot.
Chemini Atsérèt/8ème jour de Clôture est considéré dans le Talmud comme
une Fête à part entière (B. Soukkot 47a-b). Dans les communautés
orthodoxes de la Diaspora, Simhat Torah est devenu le second jour de
Chemini Atsérèt et y est donc célébré le lendemain. Mais dans les
communautés libérales de la Diaspora, comme dans toutes les
communautés en Israël, nous ne redoublons pas les jours de Fête et nous
célébrons Simhat Torah le jour de Chemini Atsérèt (voir dans les annexes :
le Calendrier).
le monde des mitzvot
104
Bien que ces Fêtes soient liées au cycle agricole de l'ancien Israël, chacune
d'elles commémore un événement important de l'histoire du peuple d'Israël.
Pessah rappelle la Sortie d'Egypte, Chavouot le don des Dix
Commandements sur le mont Sinaï et Souccot le séjour de 40 ans dans le
désert. Grâce à ces rappels historiques, ces Fêtes ont gardé toute leur
signification pour le peuple juif, même pour les Juifs vivant dans la
Diaspora, loin du rythme des saisons en Israël. Partout où les Juifs vivaient,
ils purent célébrer la Libération, la Révélation et le cheminement vers la
promesse messianique à venir.
Ces Fêtes sont liées aux saisons en Israël et donnent l'occasion de
réaffirmer notre relation avec la terre d'Israël. La renaissance de l'Etat
d'Israël a permis de renouer avec la signification agricole de ces Fêtes.
La joie est l'un des traits dominants de ces Fêtes. Elles nous invitent à
approfondir notre attachement aux idéaux de rédemption, de responsabilité
et d'espérance. Par l'accomplissement des mitzvot, nous participons au
processus continu de l'histoire sacrée et nous réaffirmons notre identité et
notre appartenance au peuple juif.
Ces Fêtes ont certaines mitzvot en commun, d'autres mitzvot sont
particulières à chacune d'elles. Pour plus de clarté, les mitzvot communes
seront traitées dans le chapitre qui suit, puis seront examinées les mitzvot
particulières à chacune de ces Fêtes.
105
Q - LES FETES DE PELERINAGE
Q 1 Observer les Fêtes
C'est une mitzvah d'observer les Fêtes, comme il est dit : Trois fois par an
vous observerez une Fête en Mon honneur (Exode 23,14). Ces Fêtes sont:
Pessah, Chavouot et Souccot (avec Chemini Atsérèt et Simhat-Torah ).
Q 2 Simhah /joie de la Fête
C'est une mitzvah de se réjouir pendant ces Fêtes, comme il est dit : Vous
vous réjouirez de vos Fêtes (Deutéronome 16,14).
Cette mitzvah donne le ton de ces Fêtes. Se réjouir pendant une Fête
correspond à la menouhah et à l'onèg du Chabbat (voir M 2 et M 4). Un
repas particulier, des habits de fête et l'étude de la Torah font partie de sa
célébration (B. Pesahim 109a et B. Beitsah 15b). A cela s'ajoute la pratique
des mitzvot particulières à ces jours de Fête. La liturgie, les objets et les
mets liés à ces moments différencient chacune de ces célébrations. Nous
marquons le début de la fête par l'allumage des lumières et le Kiddouch, et
la fin par la Havdalah. Ayant délimité dans le temps le commencement et
la fin de la Fête, nous pouvons ainsi mieux la vivre et en ressentir la
sainteté.
Notre joie découle aussi du rappel des moments décisifs de l'histoire de
notre peuple qui ont permis de forger les idéaux de notre Tradition. Nos
vies acquièrent une signification renouvelée dans la réaffirmation de notre
engagement envers ces idéaux et envers notre tâche commune de Tikkoun
Olam/amélioration du monde .
Q 3 Pratiques des Jours de Fête
Les pratiques du Chabbat ont servi de modèle à celles des Jours de Fête.
Les mitzvot suivantes sont communes au Chabbat et aux Jours de Fête:
· préparation de la Fête,
· présence d'invités aux repas de Fête,
· allumage des bougies de Fête,
· Kiddouch,
· bénédiction des enfants,
· Motzi,
· Birkat Hamazon et
· Havdalah.
le monde des mitzvot
106
Les conversations pendant le repas doivent refléter la joie et la sainteté de
ce moment qui peut être agrémenté de Zemirot. Ce moment est
spécialement approprié pour parler de la Fête et de ses significations.
Q 4 Ne pas travailler et se reposer
C'est une mitzvah de ne pas travailler et de se reposer les jours de Fête.
La Tradition introduit des différences entre l'interdiction du travail le
Chabbat et celle relative aux jours de Fête, c'est-à-dire au premier et au
dernier jour de Pessah (Lévitique 23, 7-8), au jour de Chavouot (Lévitique
28,21), au premier jour de Souccot (Lévitique 23,35) et à Chemini Atsérèt
(Lévitique 23,36). Les interdits relatifs aux Fêtes diffèrent de ceux du
Chabbat en ce qui concerne la préparation finale des repas (M. Meguillah
1:5 et B. Beitsah 5:2). On peut terminer la préparation de la nourriture,
mais on doit cesser toute activité contraire à la joie et à la sainteté liées à ce
jour de Fête (C.A. Orah Hayim 195:1 et 510:8 et Yad, Hilkhot Yom Tov
1:5).
Les Fêtes étant des moments de sanctification, on doit veiller à n'avoir que
des activités qui contribuent à la sainteté de ces moments. Les adultes
doivent s'efforcer de ne pas travailler, les élèves de ne pas aller aux cours et
tous de venir à la synagogue et de vivre pleinement ces célébrations.
Q 5 Participer aux offices communautaires
C'est une mitzvah de se joindre à la communauté et de participer aux offices
de Fête, c'est-à-dire le premier et le dernier jour de Pessah, le jour de
Chavouot, le premier jour de Souccot et à Chemini Atsérèt/Simhat Torah.
En venant à la synagogue, on participe pleinement à la vie de la
communauté et on renforce les liens qui nous lient à notre peuple et à notre
patrimoine. Chaque office développe un thème particulier des Fêtes.
Q 6 Deuil pendant les Fêtes
Le deuil est suspendu pendant les Fêtes et les personnes en deuil peuvent
venir à la synagogue. Elles doivent observer les rites et les coutumes liées
aux Fêtes. La mitzvah de se réjouir pendant les Fêtes et les mitzvot qui lui
sont associées ont des implications au niveau social et personnel, alors que
le deuil est d'ordre individuel. La célébration de ces jours festifs introduit
un élément de légèreté et de joie qui vient en contrepoint au deuil. Il est
impossible ensuite de retourner dans l'atmosphère qui régnait avant ces
jours de Fête dans la maison en deuil. C'est pourquoi la Fête met un terme à
la période de deuil dans laquelle on se trouve (B. Moèd Katan 14b).
107
Le judaïsme libéral, prenant en considération ces coutumes, laisse aux
membres de la famille le soin de décider la fin de chiv'ah lorsqu'une Fête
coïncide avec le deuil (voir L 3). Si le décès intervient pendant les jours
intermédiaires de Fête (Hol haMoèd de Pessah et de Souccot), consulter le
rabbin à ce sujet.
Q 7 Mariage pendant les Fêtes
Notre Tradition considère que pendant le Chabbat et les Jours de Fête, les
mariages ne doivent pas être célébrés, chacune de ces joies devant être
vécue pour elle-même.
Q 8 Tzedakah
C'est une mitzvah de faire la Tzedakah avant le commencement de ces
Fêtes, afin que chacun puisse les célébrer dans la dignité et dans la joie.

Pessah
109
PESSAH
Exode 12,17-18
Vous observez la Fête des Azymes, car c'est en ce jour que J'ai fait sortir
vos légions du pays d'Egypte; conservez ce jour-là dans vos générations,
comme une institution perpétuelle. Le premier mois, le quatorzième jour du
mois à la tombée de la nuit, vous mangerez du pain non levé et ce jusqu'au
vingt et unième jour du mois au soir.
Exode 12, 24 et 26-27
Vous garderez cette loi comme une règle invariable pour vous et vos
enfants...... et lorsque vos enfants vous demanderont: "Que signifie pour
vous ce rite ?" vous répondrez: "C'est le sacrifice de Pessah en l'honneur de
l'Eternel, qui épargna les demeures des Israélites en Egypte, alors qu'Il
frappa les Egyptiens et voulut préserver nos familles".
Exode 34, 18
Observe la Fête des Azymes: sept jours tu mangeras des azymes, comme Je
te l'ai prescrit, à l'époque du mois de la germination, car c'est dans ce mois
que tu es sorti d'Egypte.
Pessah commence le quinze Nissan, dure sept jours et commémore la Sortie
d'Egypte.
Dans la Torah, cette Fête porte les noms suivants: Hag HaAviv/Fête du
printemps (Deutéronome 16,1); Hag HaMatzot/Fête des azymes (Exode
12,20) et Hag HaPessah/Fête de l'agneau pascal ou Fête du passage
(Exode 12,17).
Les rites de cette Fête rappellent que ses origines agricoles et pastorales
sont fondamentales dans l'histoire juive.
La libération du peuple juif de l'esclavage égyptien est devenu un puissant
symbole de rédemption, non seulement pour le peuple juif, mais aussi pour
le monde entier. La Haggadah , relatant l'expérience historique du peuple
juif, affirme que l'esclavage ne se réduit pas à la domination physique, mais
que dominer spirituellement ou dégrader socialement prive tout autant
l'individu de sa liberté.
le monde des mitzvot
110
Le principe qui gouverne la narration de l'histoire de Pessah dans la
Haggadah est le suivant : on commence par le dégradant et on termine
dans la dignité (M. Pesahim 10:4). C'est pourquoi, selon le Talmud (B.
Pesahim 116b), on commence par rappeler que nous étions esclaves en
Egypte, rappelant l'esclavage physique, puis on parle de nos ancêtres qui
étaient idolâtres, l'idolâtrie étant un esclavage spirituel. Le texte mentionne
également une troisième forme d'esclavage ou de dépendance, au niveau
social et politique, celle du migrant et du requérant d'asile, en affirmant que
mon père était un araméen errant. La Haggadah contient donc la mention
de ces trois formes d'esclavage ou de dépendance, physique, idéologique et
sociale.
Le Seder avec ses nourritures symboliques et sa liturgie élaborée est le
moment culminant de Pessah autour du récit de la Rédemption: Chaque
génération doit se considérer comme si elle sortait d'Egypte, comme il est
dit: "tu donneras alors cette explication à tes enfants: c'est dans cette vue
que l'Eternel a agi en ma faveur quand je sortis d'Egypte" (M. Pesahim
10:5).
Pessah, qui est appelé aussi Zeman Hérouténou/moment de notre
libération, est un rappel de notre responsabilité envers ceux qui sont
opprimés physiquement, spirituellement, idéologiquement ou
politiquement. A Pessah, nous pensons à nos propres dépendances et nous
exprimons notre solidarité envers ceux de notre peuple qui ne peuvent pas
célébrer librement cette Fête. L'expérience de la Rédemption de Pessah doit
nous encourager à oeuvrer en faveur de celle de toute l'humanité. Un
midrach (Exode Rabbah 21.10) enseigne que la mer Rouge s'ouvrit lorsque
le premier Juif y mit le pied. C'est pourquoi il est de notre responsabilité de
faire le premier pas qui amènera l'ère messianique et la Rédemption.
Quatre chabbatot particuliers (appelés arba parachiot/quatre parachiot)
précèdent Pessah. Il s'agit de Chabbat Shekalim avant le 1er Adar, Chabbat
Zakhor avant Pourim, Chabbat Parah après Pourim et Chabbat Hahodèch
avant le 1er Nissan. Chabbat Parah rappelle le rituel de purification de la
vache rousse (Nombres 19:1-22). La Haftarah (Ezechiel 36:22-36) traite de
la vision eschatologique de la future purification du peuple d'Israël.
Chabbat Hahodèch est le Chabbat qui précède le 1er Nissan (ou le 1er
Nissan lorsque ce jour est un Chabbat). On lit Exode 12:1-20 qui décrit les
préparatifs du peuple d'Israël en Egypte avant sa libération. Cette lecture
nous invite à nous préparer pour Pessah.
Le Chabbat qui précède Pessah est appelé Chabbat Hagadol/le grand
Chabbat. Selon certains, son nom est dérivé d'un verset de la Haftarah
(Malachie 3:4-24) : Voici que Je vais vous envoyer le prophète Elie avant le
Pessah
111
grand et terrible jour de l'Eternel (vers. 23). Cette Haftarah a été choisie
car en Nissan ils furent délivrés, en Nissan ils seront délivrés (B. Roch
Hachanah 11b). La libération d'Egypte ayant eu lieu en Nissan, les rabbins
ont estimé que la Rédemption à venir aura également lieu en Nissan.
Pendant ces Fêtes, on lit une Meguillah/rouleau. Le Cantique des
Cantiques, Ruth, les Lamentations, l'Ecclésiaste et Esther sont appelés les
hamèch meguillot/cinq rouleaux, car il était d'usage de lire ces livres sur
des rouleaux de parchemin. Chaque livre est lu pour une fête : le Cantique
des Cantiques le Chabbat de Pessah, Ruth à Chavouot, les Lamentations le
9 Av, l'Ecclésiaste le Chabbat de Souccot et Esther à Pourim. La coutume
de lire le Cantique des Cantiques à Pessah et Ruth à Chavouot est
mentionnée dans M. Soferim 14:16, alors que celle de lire l'Ecclésiaste à
Souccot semble plus tardive.

Pessah
113
R - PESSAH
R 1 Fêter Pessah
C'est une mitzvah d'observer la Fête de Pessah dès le 15 Nissan, pendant 7
jours, comme il est dit dans la Torah: Pendant le premier mois, le
quatorzième jour du mois à la tombée de la nuit, vous mangerez du pain
non levé et ce jusqu'au vingt et unième jour du mois (Exode 12,18).
Le 14ème jour au soir correspond à la veille du 15ème jour puisque dans le
calendrier juif, la journée commence la veille au soir.
R 2 Enlever le hametz
C'est une mitzvah d'enlever le hametz (levain et tout aliment levé) de sa
maison avant Pessah.
Sont considérés comme hametz le levain et tout aliment composé de : blé,
orge, seigle, avoine et épeautre ayant levé. Selon le Talmud (B. Pesahim
35a), telles sont les céréales qui peuvent entrer dans la composition de la
matzah. Ils sont donc les seuls qui sont considérés comme pouvant "lever".
Les traditions locales ont ajouté d'autres interdits tels que le riz, le maïs, les
légumes secs…
L'élimination du hametz se fonde sur une injonction biblique : Dès le
premier jour, vous n'aurez plus de levain dans votre maison (Exode 12,15).
Certains, après avoir nettoyé la maison, placent ce qui reste de hametz dans
un endroit clos (la cave par exemple) qu'ils n'ouvriront pas pendant toute la
durée de Pessah. La législation rabbinique a développé un système de vente
fictive, encore en vigueur dans certaines communautés. Les aliments
susceptibles de lever non éliminés ni détruits avant Pessah, pour des raisons
économiques évidentes, sont placés à l'intérieur d'une pièce ou d'un meuble
qui resteront clos pendant Pessah. On procède alors à la vente fictive de
leur contenu au rabbin qui lui-même le "vend" à un non-Juif. Ainsi,
"légalement", le hametz est possédé par un non-Juif et n'est plus la propriété
de celui chez qui il se trouve.
Après avoir nettoyé la maison, on procède, la veille du Seder, à une
recherche symbolique du hametz qui s'appelle Bedikat-Hametz/Recherche
du hametz. La Michnah (Pesahim 1:1,3) précise qu'il faut rechercher le
hametz à l'aide d'une source de lumière, puis en éliminer toute trace. C'est
pourquoi, le nettoyage terminé, les parents placent parfois quelques
morceaux de pain que les enfants essaieront de trouver à l'aide d'une bougie
le monde des mitzvot
114
ou d'une lampe. Ces morceaux de pain sont alors brûlés et on récite la
bénédiction suivante:
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui nous as sanctifiés par
Tes commandements et nous as enjoint de brûler le hametz.
Le matin du Seder, on ne mangera plus de pain après le petit déjeuner et on
s'abstiendra de manger des matzot jusqu'au soir. Maïmonide, en
commentant un texte de la Michnah (Pesahim 10:1), précise que les rabbins
ont interdit la consommation de matzah le jour précédant Pessah afin de le
distinguer du soir du Seder où la consommation de matzah est obligatoire.
Il est également recommandé de venir au Seder en ayant faim afin de se
réjouir pleinement du dîner de cette soirée (Yad Hilkhot Hametz oumatza
6.12).
R 3 Ne pas consommer du Hametz pendant 7 jours
C'est une mitzvah de s'abstenir de consommer du hametz pendant les sept
jours de Pessah, comme il est dit : Durant sept jours ... vous ne mangerez
d'aucune pâte levée… (Exode 12, 19-20).
En faisant délibérément le choix de s'abstenir pendant toute la semaine de
Pessah de consommer du hametz et en examinant tout ce que l'on mange
pendant cette période, chacun reste constamment conscient de la Fête, de
son importance et de sa propre identité.
R 4 Préparer le Seder
C'est une mitzvah pour chacun de participer à la préparation du Seder
(nettoyer, cuisiner ou mettre la table).
Celui qui dirigera le Seder doit revoir la Haggadah, préparer des textes qui
pourront être ajoutés et déterminer à l'avance la participation des autres
convives. Le déroulement du Seder est facilité lorsque tous disposent du
même texte. Il est recommandé d'utiliser un ouvrage attractif et des objets
plaisants afin d'augmenter notre joie d'accomplir la mitzvah.
Bien que dans les communautés libérales nous ne redoublions pas les jours
de Fête, nombreux sont ceux qui organisent ou participent à un Seder le
deuxième soir de Pessah. Le second Seder peut suivre le même
déroulement que le premier ou être plus créatif et mettre l'accent sur l'espoir
de libération de toute forme d'oppression.
R 5 L'hospitalité
C'est une mitzvah d'inviter des convives à se joindre au Seder.
Pessah
115
Cela a été considéré comme tellement important que la Haggadah en fait
mention et nous disons au début de la soirée: Que toute personne qui a faim
vienne et mange et célèbre avec nous Pessah. On ne laissera aucune
personne seule ce soir-là et de nombreuses communautés organisent un
Seder ou répartissent les personnes seules parmi leurs membres (en
particulier les veufs ou les veuves, les personnes âgées ou les étudiants).
Dans nos communautés, il n'est pas interdit d'inviter des non-Juifs à la
célébration du Seder.
R 6 La Tzedakah
C'est une mitzvah de faire la Tzedakah avant le commencement de Pessah.
La Tradition encourage cette Tzedakah en particulier en faveur des
personnes démunies afin de leur donner la possibilité de célébrer Pessah
selon les règles et dignement. Des fonds spéciaux, Mé'ot Chitin, étaient
collectés afin que les pauvres puissent acheter les aliments nécessaires pour
la Fête, en particulier les matzot (M. Pesahim 10:1).
R 7 Participer à un Seder et réciter la Haggadah
C'est une mitzvah de participer à la lecture de la Haggadah qui rappelle la
Sortie d'Egypte.
Du verset Tu donneras cette explication à ton fils : c'est dans cette vue que
l'Eternel a agi en ma faveur, quand je sortis d'Egypte (Exode 13:8), les
rabbins ont déduit l'obligation du Seder et du récit annuel de la Sortie
d'Egypte (Mehilta Piskha 3). Il est rappelé dans la Haggadah que même si
nous étions tous sages et experts dans notre Tradition, il nous incomberait
encore de relater la Sortie d'Egypte, car chacun doit se considérer comme
s'il vivait l'Exode : A chaque génération, chacun doit se considérer comme
s'il sortait lui-même d'Egypte, comme il est écrit: tu donneras alors cette
explication à tes enfants: c'est dans cette vue que l'Eternel a agi en ma
faveur quand je sortis d'Egypte (Exode 13:8 et son commentaire dans M
Pesahim 10:5).
R 8 Le plateau du Seder
Le plateau du Seder est placé sur la table.
Sur ce plateau sont disposés (C.A. Orah Hayim 473.4) :
· trois matzot, deux représentant les léhèm michné/pains de
proposition présentés le Chabbat et les jours de Fête dans le
Temple, la troisième comme symbole de Pessah,
· un os d'agneau grillé (zeroa), rappel du sacrifice pascal,
le monde des mitzvot
116
· du persil (karpass) symbolisant la montée du printemps,
l'espoir et le renouveau,
· du raifort (maror) ou une herbe amère rappelant l'amertume
ressentie par nos ancêtres esclaves en Egypte,
· le harosset de même consistance et de même couleur que le
mortier que nos pères fabriquaient en Egypte,
· de l'eau salée ou vinaigrée, acide comme les larmes et la sueur
de nos ancêtres esclaves et
· un oeuf, bétsah, grillé ou dur, symbolisant la
Haguigah/sacrifice de la Fête et symbole de vie et de mort.
R 9 La coupe d'Elie le Prophète
Pendant la lecture de la Haggadah, on verse quatre coupes de vin.
Il est fait allusion à une 5ème coupe (B. Pesahim 118a, Yad Hamèts
oumatzah 8:10) qui est remplie sans être bue et mise à une place de choix.
Cette coupe est appelée kos chèl Eliyahou/coupe d'Elie, car le prophète Elie
est supposé venir pendant cette soirée pour annoncer l'ère messianique.
C'est pourquoi, après le repas, un convive, généralement l'un des plus
jeunes, ouvre la porte pour le prophète Elie.
Des textes affirment qu'il revient de temps en temps sur terre pour aider
ceux qui sont démunis et rejetés, et qu'à sa venue, les problèmes
halakhiques pour lesquels les controverses n'ont pas trouvé de solution
seront résolus (Malachie 3:23, M. Edouyot 8:7, Tossefta Edouyot 3:4, Pirké
deRabbi Eliezer 43).
R 10 Consommer de la Matzah
C'est une mitzvah pendant le Seder de consommer de la matzah et de dire
les bénédictions appropriées :
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui fais germer le pain de
la terre.
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui nous as sanctifiés par
Tes commandements et nous as enjoint de manger de la matzah.
Manger la matzah rappelle que la pâte préparée par nos ancêtres n'avait pas
eu le temps de lever avant le dernier acte de la Rédemption : Et avec la pâte
qu'ils avaient emportée d'Egypte, ils firent des gâteaux azymes car elle
n'avait pas fermenté, parce que repoussés d'Egypte ils n'avaient pas pu
attendre et ne s'étaient pas munis d'autres provisions (Exode 12:39).
Le reste de la semaine, la consommation de la matzah est facultative (B.
Pesahim 120a). On continue bien entendu à consommer des aliments non
levés qui ne contiennent pas de Hametz.
Pessah
117
La matzah rappelle aussi que les sacrifices étaient offerts avec les pains de
proposition, pains qui étaient non levés.
R 11 Manger du Maror/herbe amère
C'est une mitzvah de manger du maror et de dire la bénédiction suivante :
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui nous as sanctifiés par
Tes commandements et nous as enjoint de manger du maror.
Ce maror rappelle que les Egyptiens rendaient amère la vie de nos ancêtres,
comme il est écrit : Ils leur rendirent la vie amère par des travaux pénibles
sur l'argile et la brique, par des corvées rurales, outre les labeurs qu'ils
leur imposèrent tyranniquement (Exode 1:14). Et selon la Torah (Nombres
9:11), la viande du sacrifice pascal devait être consommée avec la matzah
et le maror.
R 12 Les quatre coupes
C'est une mitzvah de boire quatre coupes de vin pendant le Seder.
Même le plus pauvre doit consommer quatre coupes de vin pendant le
Seder (M. Pesahim 10:1). Le Talmud (Y. Pesahim 10:1, 37b) compare ces
quatre coupes aux quatre verbes utilisés dans la Torah (Exode 6:6-7) pour
caractériser l'action rédemptrice de Dieu : vehotséti/Je te ferai sortir,
vehitsalti/Je te délivrerai, vegaalti/Je te rachèterai et velakahti/Je te
prendrai (comme peuple). Ces quatre coupes font également allusion aux
quatre royaumes dont parle Daniel (chapitre 7). Elles indiquent les quatre
parties de la soirée du Seder : Kiddouch, évocation de la Rédemption,
Birkat Hamazon et Birkat hachir/bénédiction de louanges.
Dans le verset suivant du texte de l'Exode (6:8), le cinquième verbe
hévéti/Je t'amènerai introduit la promesse de la Rédemption à venir, d'où la
cinquième coupe. Celle-ci est facultative (Yad Hilkot Hamètz oumatza
8:10).
R 13 Mah Nichtanah/ les Quatre Questions
La coutume est de proposer au plus jeune participant de poser le Mah
Nichtanah. A travers ces questions, on s'enquiert de la signification des
aliments inhabituels qui se trouvent sur le plateau et des gestes particuliers
qui sont accomplis pendant le début de cette soirée. Elles donnent
l'occasion de répondre et d'enseigner la leçon de Pessah.
Même si le texte des quatre questions est le même dans toutes les Haggadot
(M. Pesahim 10:4), la spontanéité est encouragée et celui qui désire poser
d'autres questions peut le faire. Maïmonide précise à ce sujet : On peut
le monde des mitzvot
118
apporter certains changements lors de la soirée du 15 Nissan afin que les
enfants en remarquent la particularité et en viennent à poser, par euxmêmes,
la question : "pourquoi cette soirée est-elle différente des autres
soirées ?" et afin de pouvoir leur répondre : "Voici ce qui se passa pendant
cette nuit" (Yad Hilkot Hametz oumatza 7:5).
R 14 S'accouder
La coutume est de s'accouder lorsqu'on boit les coupes de vin et de s'asseoir
confortablement. Ceci concerne en particulier celle ou celui qui dirige le
Seder (M. Pesahim 10:1).
S'accouder et être confortablement assis est l'apanage des femmes et des
hommes libres.
R 15 L'Afikomen
L'Afikomen est la moitié de la matzah du milieu que l'on a mis de côté au
début du Seder. Une coutume ancienne demande que personne ne quitte la
table sans avoir mangé de l'Afikomen. Ce terme d'origine grecque est
étymologiquement peu clair et est généralement traduit par dessert. La
Michnah précise que l'on doit terminer le repas avec l'afikomen et ne rien
manger ensuite (M. Pesahim 10:8 et voir B. Pesahim 119b-120a).
Afin d'éveiller l'attention des enfants et de les faire participer activement, il
est d'usage que celui/celle qui dirige le Seder cache l'Afikomen. Les enfants
doivent essayer de le trouver et de le cacher à leur tour, laissant aux adultes
le soin de le "racheter" pour pouvoir conclure le repas.
R 16 Hol HaMoèd
Les jours intermédiaires, entre le premier et le septième jour de Pessah,
sont connus sous le nom de Hol HaMoèd/Profane de la Fête (jour demichômé).
Pendant cette période on ne mange aucun aliment levé et il règne
une atmosphère de fête (Exode 12:15).
R 17 Le Cantique des Cantiques
On lit le Chir HaChirim/Cantique des Cantiques pendant le Chabbat de
Pessah. Ce chant d'amour a toujours été considéré dans la Tradition comme
une allégorie de l'amour de Dieu pour Israël. L'espoir et l'attente de la
Rédemption qui sont parmi les idées maîtresses de Pessah font que la
lecture de ce texte est particulièrement appropriée.
Pessah
119
R 18 Yzkor
C'est une mitzvah de dire le Yzkor le septième jour de Pessah.
Nous rappelons ainsi la mémoire des membres de notre famille et de nos
amis disparus, ainsi que celle des martyrs de notre époque et des
générations précédentes.
R 19 L'étude des Pirké Avot
Dès le premier Chabbat après Pessah on commence la lecture et l'étude des
Pirké Avot/Traité des Pères (nom du traité de la Michnah qui est un recueil
de pensées éthiques). Cette étude se déroule en principe le Chabbat aprèsmidi
jusqu'à Chavouot.
R 20 L'office communautaire
C'est une mitzvah de se joindre à la communauté pour célébrer Pessah,
surtout le premier et le septième jour.
Nous affirmons ainsi notre lien avec le peuple juif, son histoire et son
espérance. Si la maladie empêche d'assister aux offices communautaires,
les prières peuvent être dites chez soi.

Chavouot
121
S - CHAVOUOT
Exode 34, 22
Tu auras aussi une Fête des Semaines pour les prémices de la récolte du
froment.
Nombres 28, 26
Au jour des Prémices, quand vous présenterez à l'Eternel l'offrande
nouvelle, à la fin de vos semaines, il y aura pour vous une convocation
sainte: vous ne ferez aucun travail.
Deutéronome 16, 9-10
Puis tu compteras sept semaines: aussitôt qu'on mettra la faucille aux blés,
tu commenceras à compter sept semaines. Et tu célébreras une Fête des
Semaines en l'honneur de l'Eternel ton Dieu, en proportion des dons que ta
main pourra offrir, selon que l'Eternel ton Dieu t'aura béni.
Chavouot est célébré le sixième jour du mois de Sivan . Le nom Chavouot
est dérivé du mot chavoua/semaine, puisque cette Fête se déroule sept
semaines (une semaine de semaines) après Pessah.
Dans la Torah, Chavouot est aussi appelé Hag haKatsir/Fête de la moisson
(Exode 23, 16) et Hag haBikourim/Fête des prémices (premiers fruits)
(Exode 34, 22).
Dans le Talmud, Chavouot est identifié au don des Dix Commandements
sur le mont Sinaï (B. Chabbat 86b.), c'est pourquoi il porte aussi le nom de
Zeman Matan Toraténou/moment du don de notre Torah. A Chavouot, le
peuple juif célèbre l'alliance avec Dieu et réaffirme son engagement à
l'étude (Talmud Torah) et à la pratique (mitzvah). L'événement du Sinaï ne
se limite donc pas au don de la Torah mais aussi à l'acceptation par Israël
de la mise en pratique de cette Torah et à l'étude de celle-ci. La réponse du
peuple juif devant le mont Sinaï, naassé venichma/ nous ferons et nous
écouterons (Exode 24:7), nous engage à confronter constamment la vie et
l'histoire avec les termes de cette Alliance.
Dans certaines communautés, les anciens Benot/Bené-Mitzvah célèbrent un
office de "confirmation" qui leur donne la possibilité à un âge plus avancé
de "confirmer" leur attachement à la communauté et à la Traditions.
le monde des mitzvot
122
S 1 Fêter Chavouot
C'est une mitzvah de célébrer Chavouot sept semaines après Pessah, le 6
Sivan, comme il est dit : Puis vous compterez chacun, depuis le lendemain
de la Fête, depuis le jour où vous aurez offert l'Omer du balancement, sept
semaines qui doivent être entières ; vous compterez jusqu'au lendemain de
la septième semaine, soit cinquante jours, et vous offrirez à l'Eternel une
oblation nouvelle.... Et vous célébrerez ce même jour ; ce sera pour vous
une convocation sainte et vous ne ferez aucun travail... (Lévitique 23, 15-
16 et 21).
S 2 Décoration du foyer et de la synagogue
Il est d'usage de décorer son foyer et la synagogue avec des plantes vertes
et des fleurs. Cette coutume est liée à la relation entre Chavouot et la
moisson (Exode 23:16) qui se déroulait à cette période. Elle rappelle
également l'ancienne pratique liée au Temple de Jérusalem lorsque les
prémices des fruits étaient apportés pour y être offerts (ib 34:22). Le
Talmud affirme qu'à Chavouot Dieu bénit les fruits des arbres (B. Roch
Hachanah 16a). Cette coutume exprime donc aussi notre espoir d'une
récolte abondante.
S 3 Réaffirmer l'Alliance
C'est une mitzvah de réaffirmer la Berith conclue au Sinaï.
La lecture des Dix Commandements pendant l'office nous rappelle que nos
ancêtres acceptèrent l'Alliance avec Dieu et s'engagèrent à étudier la Torah
et à appliquer ses préceptes. Nous nous engageons à Talmud Torah/l'étude
de la Torah et à la mise en pratique des commandements, renouvelant notre
engagement à être le peuple de l'Alliance (Am Berit).
Une des pratiques de Chavouot est d'étudier la Torah jusqu'à une heure
avancée de la nuit. Cette étude est appelée Tikkoun Leil
Chavouot/Institution de la nuit de Chavouot. Cette coutume fut établie et
développée par Salomon Alkabetz et son cercle de cabalistes au 16ème siècle
à Salonique. Il l'introduisit dans tous les lieux où il vécut.
La Tradition accorde à l'étude de la Torah une valeur capitale, à tel point
que grâce à l'étude de la Torah… chacun acquiert des mérites pour le
monde à venir (Chabbat 127a).
S 4 L'office de Confirmation
Dans certaines communautés, une cérémonie de Confirmation est célébrée
pendant cette Fête. Cette coutume est fondée sur la similitude entre les
Chavouot
123
prémices et les adolescents. A Chavouot, les Juifs apportaient au Temple
des offrandes composées des bikkourim/prémices de fruits. Aujourd'hui les
adolescents qui sont l'espoir et la promesse de demain confirment ainsi leur
attachement et leur engagement dans l'Alliance. Ceci leur permet
d'approfondir leurs connaissances, les encourage à affermir leurs liens avec
leur Tradition, témoigne de leur relation avec ceux qui reçurent la Torah au
mont Sinaï (Exode 19,3-8 et Deutéronome 29, 9-14) et renforce leur amour
pour Dieu et pour le peuple juif.
S 5 Lecture de la Meguilat Ruth/Livre de Ruth
La Meguilat Ruth est lue à Chavouot.
L'histoire de Ruth se déroule au temps de la moisson, c'est-à-dire à l'époque
de Chavouot.
La tradition rabbinique a vu également un parallèle entre l'acceptation par
Ruth de la Tradition et l'acceptation de la Torah par le peuple d'Israël.
Cette lecture affirme également que la Torah n'est pas l'apanage du peuple
juif, puisque le livre de Ruth affirme qu'une personne non juive peut à tout
moment devenir juive et adhérer au principe de la Révélation tel qu'il est
enseigné au sein du judaïsme contemporain (Aboudraham Hachalem
p.240).
Une autre raison donnée pour lire Ruth à Chavouot est fondée sur la
légende talmudique qui affirme que David, le petit-fils de Ruth, mourut le
jour de Chavouot (Y. Bétsah 2:4, 61c et Ruth Rabbah 3:2).
S 6 Plats particuliers
Il est d'usage de manger des plats à base de lait. La Tradition a vu un
rapport entre le lait, essentiel pour le corps, et la Torah, essentielle pour
l'esprit (Deutéronome Rabbah 7:3, Cantique des Cantiques Rabbah 1:3).
S 7 Yzkor
Il est d'usage de dire le Yzkor à Chavouot.
Nous rappelons ainsi la mémoire des membres de notre famille et de nos
amis disparus, ainsi que celle des martyrs de notre époque et des
générations précédentes.
S 8 L'office communautaire
C'est une mitzvah de se joindre à la communauté pour célébrer Chavouot,
en particulier pour l'office du matin lorsque les Dix Commandements sont
le monde des mitzvot
124
lus dans la Torah. Nous affirmons ainsi notre lien avec notre peuple, son
histoire et son espérance. Si la maladie empèche d'assister aux offices
communautaires, les prières peuvent être dites chez soi.
S 9 La Tzedakah
C'est une mitzvah de faire la Tzedakah avant le commencement de
Chavouot.
S 10 Hospitalité
Personne ne doit être laissé seul ce soir-là. On doit prendre soin d'inviter les
personnes isolées afin qu'elles puissent partager dans la joie les moments de
la Fête.
S 11 Compter l'Omer
Le texte biblique enjoint de compter les 50 jours entre Pessah et Chavouot à
partir du lendemain du Chabbat de Pessah (Lévitique 23:15).
Selon le Talmud, les Sadduccéens interprétaient ce terme de façon absolue.
La date de Chavouot variait donc chaque année. Mais les Pharisiens, c'està-
dire les rabbins, comprenaient le terme chabbat dans ce texte comme
voulant dire jour de Fête et considéraient qu'il fallait donc compter depuis
le lendemain du premier jour de Pessah, ce qui fixait la date de Chavouot
au 6 Sivan, date qui n'apparaît pas dans le texte biblique.
Aujourd'hui encore, la période qui sépare Pessah de Chavouot est appelée
sefira/compte ou sefirat haomer/compte de l'omer ou simplement omer, en
souvenir de l'offrande d'un omer d'orge nouveau qui était présentée au
Temple, le deuxième jour de Pessah.
Dans de nombreuses synagogues, lors de l'office du soir, on annonce le jour
de l'Omer. On dit alors une bénédiction : Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu
Roi du monde, qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as
enjoint de compter l'omer. Puis le jour est annoncé (voir Siddour Sefat
Hanechamah p. 182).
Traditionnellement, cette période est considérée comme une période de
demi-deuil. Selon la version talmudique, pendant les persécutions
d'Hadrien qui suivirent le soulèvement de Bar Kohba, 1200 élèves de
l'école de Rabbi Akiba furent mis à mort par les Romains entre Pessah et
Chavouot (B. Yevamot 62b). Durant cette période et au moins jusqu'à son
33ème jour (Lag Baomer), on ne célébre pas de mariages.
Souccot
125
SOUCCOT
CHEMINI ATSERET ET SIMHAT TORAH
Lévitique 23, 34
Le quinzième jour du septième mois aura lieu la Fête des Cabanes, durant
sept jours, en l'honneur de l'Eternel.
Deutéronome 16, 13
Tu célébreras la Fête des Cabanes durant sept jours quand tu rentreras les
produits de ton aire et de ton pressoir, et tu te réjouiras pendant la Fête...
Lévitique 23, 36
Le huitième jour, vous aurez une convocation sainte...
Souccot commence le quinzième jour du septième mois, celui de Tichri, et
se termine le vingt-deuxième jour de ce mois par la Fête de Chemini
Atsérèt/Simhat Torah. Souccot est la fête agricole de l'automne. Dans la
Torah, Souccot est appelé Hag Haassif/fête de la récolte (Exode 23:16,
34:22). A l'époque biblique son importance était telle qu'elle était même
appelée héHag/la fête( 1 Rois 8:2).
Souccot est le rappel d'un important événement historique, la marche de
nos ancêtres dans le désert vers la terre d'Israël. La Torah identifie la
souccah/cabane avec les demeures temporaires des Israélites pendant ce
voyage dans le désert (Lévitique 23,42) d'où le nom de Souccot: Hag
haSouccot/Fête des Cabanes.
Plus que les autres Fêtes de pèlerinage, Souccot a gardé un caractère
agricole et est appelé Hag Haassif/Fête de la récolte. L'accent mis sur la
récolte et l'abondance apporte un changement radical et bienvenu après
l'austérité des Fêtes solennelles de Roch Hachanah et de Yom Kippour.
Toutes les Fêtes de pèlerinage sont des moments de réjouissance, mais
l'atmosphère de cette Fête est particulièrement joyeuse. La réjouissance est
un élément essentiel lié à Souccot (Lévitique 23:40 et Deutéronome 16:14),
c'est pourquoi Souccot est appelé Zeman Simhaténou/Moment de notre joie.
Mais même au moment de notre joie, la structure temporaire et fragile de la
Souccah nous rappelle la fragilité de la vie.
le monde des mitzvot
126
Le loulav et l'étrog/cédrat nous rappellent que nous dépendons de Dieu
pour notre nourriture. Vivant dans un univers urbain, nous oublions parfois
que notre monde est productif grâce à la bénédiction divine et à notre
travail. A Souccot nos pensées se tournent vers les beautés du monde et
vers Dieu qui est le véritable propriétaire de la terre et de ses produits, et
nous prenons conscience que nous sommes responsables de notre
environnement et du partage des biens terrestres.
Le huitième jour, Chemini Atsérèt/huitième (jour de) clôture, est la
conclusion de Souccot mais est aussi une fête indépendante, comme il est
dit : le 8ème jour vous aurez une convocation sainte …vous n'y ferez aucune
oeuvre servile (Lévitique 23:36). Le Talmud considère Chemini Atsérèt
comme une Fête en elle-même pendant laquelle le rituel de Souccot (se
tenir sous la Souccah, agiter le loulav) n'est plus accompli (B. Souccah 47b-
48a). Dans le Kiddouch, cette journée est mentionnée au même titre que les
autres Fêtes de pèlerinage. Comme nous suivons le calendrier de la Torah
et ne redoublons pas les jours de Fête (comme cela est le cas en Israël),
nous n'avons pas de neuvième jour de Fête et célébrons donc Simhat
Torah/joie de la Torah le même jour que Chemini Atsérèt.
Chemini Atsérèt/Simhat Torah est le jour où nous lisons les derniers versets
du Deutéronome, suivis immédiatement par la lecture des premiers versets
de la Genèse. Tous les Sefarim/Rouleaux de la Torah sont sortis de l'Arche
et portés en procession dans la synagogue. La célébration est empreinte
d'une grande joie parce que nous réalisons que le temps nous a été donné de
terminer la lecture de la Torah et de la recommencer.
Souccot
127
T - SOUCCOT
T 1 Fêter Souccot
C'est une mitzvah de célébrer Souccot pendant sept jours à partir du 15
Tichri et de conclure le 22 Tichri (le huitième jour) par la Fête de Chemini
Atsérèt/Simhat Torah, comme il est dit dans la Torah: Le quinzième jour
du septième mois aura lieu la Fête des Cabanes, durant sept jours en
l'honneur de l'Eternel. Le premier jour, convocation sainte, vous ne ferez
aucune oeuvre servile... Le huitième jour, vous aurez encore une
convocation sainte. C'est une Fête de clôture, vous n'y ferez aucune oeuvre
servile (Lévitique 23, 34-36).
T 2 Se réjouir
C'est une mitzvah de se réjouir à Souccot comme la Torah l'enseigne: Tu te
réjouiras pendant la Fête ... car l'Eternel ton Dieu te bénira dans tous tes
revenus, dans tout le labeur de tes mains, et tu pourras t'abandonner à la
joie (Deutéronome 16, 14-15).
Si la réjouissance est une mitzvah concernant les trois Fêtes de Pèlerinage,
elle concerne plus particulièrement cette Fête de Souccot.
T 3 Tzedakah
C'est une mitzvah de faire la Tzedakah.
Puisque cette Fête nous invite à nous réjouir du résultat des récoltes, nous
devons partager et être encore plus attentifs aux besoins des autres.
T 4 La Souccah
C'est une mitzvah de construire ou de participer à la construction et à
l'embellissement d'une Souccah/Cabane.
La souccah est une construction provisoire dont la partie supérieure, le
sekhakh, est composée de branchages. Le sekhakh laisse entrevoir le ciel et
l'ombre portée à terre doit être au moins la moitié de la surface au sol. Les
parois peuvent être faites de branchages ou de tout autre matériau. Il doit
toujours y avoir une ouverture de la souccah vers l'extérieur. Elle est
décorée de fruits et de légumes, rappelant la fin des travaux agricoles et la
période de l'engrangement. La souccah doit être décorée avec goût (B.
Chabbat 133b) et être aussi belle que possible.
le monde des mitzvot
128
Les règles de construction de la souccah sont discutées et élaborées dans
les Codes (M. Souccah 1:1 – 2:4, Yad Hilkhot Souccah 4-5, C.A. Orah
Hayim 625 et svt).
De nos jours, il est parfois impossible de construire une souccah en plein
air. Dans ce cas, il est préférable d'en construire une dans les locaux
communautaires, afin que ce symbole de notre fragilité, rappel des
pérégrinations de nos ancêtres dans le désert après la Sortie d'Egypte, soit
présent lors de la célébration de la Fête.
Il est recommandé de commencer la construction de la Souccah dès la fin
de Kippour. La Souccah peut être construite dans une cour, sur une terrasse
ou un balcon. Comme nous sommes nombreux à vivre dans un appartement
où la construction d'une Souccah est impossible, il est recommandé de
participer à la construction d'une Souccah, celle de la communauté ou celle
que construisent des amis.
T 5 Le Loulav et l'Etrog/Cédrat
C'est une mitzvah de prendre le loulav/palmier et l'étrog/cédrat et de réciter
la bénédiction appropriée : Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde,
qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as donné la mitzvah
du loulav .
Le loulav et l'étrog sont aussi appelés les Arba minim/quatre espèces et
sont constitués par l'étrog et le loulav avec le hadass/myrte et la
aravah/saule pleureur .
La pratique du loulav est fondée sur l'interprétation rabbinique de Lévitique
23,40 : Vous prendrez le premier jour du fruit de l'arbre adar (interprété
comme étant le cédratier), des branches de palmier, des rameaux de l'arbre
avot (interprété comme étant le myrte) et des saules des rivières (B.
Souccah 35a et 32b).
On prend le loulav dans la main droite et l'étrog dans la main gauche (B.
Souccah 37b, voir aussi C.A. Orah Hayim 651:8).
En prenant le loulav et l'étrog et en les agitant dans toutes les directions
(devant, à droite, derrière, à gauche, en haut et en bas), nous reconnaissons
symboliquement la souveraineté de Dieu sur le monde entier et nous
appelons Sa bénédiction sur toute l'humanité. R. Yohanan explique que le
Loulav est agité dans toutes les directions en honneur de Dieu qui réside
dans les cieux et sur la terre (B. Souccah 37b).
L'étrog a toujours eu une place particulière, le myrte et le saule étant
attachés à la branche de palmier, c'est l'ensemble qui est appelé loulav. Il
représente également de façon symbolique l'ensemble de l'humanité sur
Souccot
129
laquelle nous implorons la bénédiction divine (M. Souccah 3:4,8 et B.
Souccah 37b).
Il est recommandé de s'acheter un loulav et un étrog et de les choisir avec
soin. Le palmier, le saule et le myrte doivent être frais et l'étrog en parfait
état. En choisissant un beau loulav et un bel étrog, on ajoute à la beauté de
la Fête et à l'accomplissement de la mitzvah.
T 6 Se tenir dans la Souccah/Cabane
C'est une mitzvah de célébrer Souccot dans la souccah/cabane. La Torah dit
à ce propos: Vous demeurerez dans des tentes pendant sept jours. Pendant
sept jours, tout indigène en Israël demeurera sous la tente, afin que vos
générations sachent que J'ai donné des tentes pour demeure aux enfants
d'Israël, quand Je les ai fait sortir du pays d'Egypte, Moi l'Eternel votre
Dieu (Lévitique 23,42-43).
La Torah parle de vivre pendant sept jours sous la tente. Lorsque le climat
et les circonstances le permettent, certains séjournent pendant toute la Fête
dans la souccah, d'autres y prennent seulement leurs repas (même un repas
symbolique) ou se contentent d'y prononcer le Kiddouch. Lorsqu'on se
trouve dans la souccah , on prononce la bénédiction suivante:
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui nous as sanctifiés par
Tes commandements et nous as enjoint de nous tenir dans la souccah.
Lorsque les circonstances ne permettent pas de vivre dans la souccah, on
doit s'efforcer de se rendre dans la souccah de la communauté ou dans celle
d'amis.
T 7 Hakhnassat Orehim/Hospitalité
C'est une mitzvah d'inviter les personnes seules afin qu'elles puissent
partager dans la joie les moments de la Fête lorsque nous exprimons notre
gratitude envers Dieu et Ses dons en notre faveur.
Nous accueillons aussi dans la souccah comme compagnons spirituels des
hôtes de marque, les Ouchpizin : Abraham et Ruth, Isaac et Ritzpah, Jacob
et Abigaïl, Joseph et Esther, Moïse et Houldah, Aharon et Hanah, David et
Déborah.
T 8 Lecture de Kohélèt
Le livre de Kohélèt/Ecclésiaste est lu le Chabbat Hol haMoèd
Souccot/Chabbat pendant Souccot. Comme la souccah, il nous rappelle la
fragilité de la vie.
le monde des mitzvot
130
T 9 Hol HaMoèd/Jours intermédiaires de la Fête
Les jours intermédiaires de Souccot sont appelés Hol HaMoèd
Souccot/Jours profanes de Souccot. Pendant ces jours on continue à
procéder au balancement du loulav et à se tenir dans la souccah. Chaque
jour peut être l'occasion de se réjouir et de préserver le caractère joyeux de
cette Fête.
Le 7ème jour de Souccot Hochanah Rabbah était appelé au Moyen Age Yom
Kippour Hakatan/le petit jour de Kippour. Il était l'occasion, pour ceux qui
n'avaient pas le sentiment d'avoir été pardonnés à Kippour, d'accomplir une
fois de plus le rituel de l'expiation afin de recevoir le pardon divin. Pendant
cette journée, on prend des branches de saule que l'on frappe pour en faire
tomber les feuilles et marquer ainsi symboliquement la disparition de nos
fautes et de nos péchés.
Souccot
131
T – CHEMINI ATSERET ET SIMHAT TORAH
U 1 Chemini Atsérèt - Simhat Torah
Chemini Atsérèt/Simhat Torah est célébré à la fin de Souccot.
L'atmosphère y est encore plus joyeuse. Les mitzvot des jours fériés
s'appliquent à ce jour. Dans nos communautés, comme dans toutes les
communautés en Israël, ces deux Fêtes sont célébrées le même jour.
U 2 Terminer et recommencer la lecture de la Torah le jour de Chemini
Atsérèt/Simhat Torah
C'est une mitzvah de participer aux processions de la Torah et d'être
présents à l'office du matin, lorsqu'on lit les derniers versets du
Deutéronome et les premiers versets de la Genèse.
Simhat Torah s'est développée tardivement. En Babylonie où les
communautés redoublaient les jours de Fête, la lecture de la Torah du 2ème
jour de Chemini Atsérèt était la fin du Deutéronome (B. Meguillah 31a).
Peu à peu, cette journée devint l'occasion de terminer et de recommencer la
lecture de la Torah. Et cette coutume fut généralisée lorsque le mode de
lecture de la Torah en vigueur en Babylonie (lecture complète de la Torah
chaque année) supplanta le mode palestinien (lecture complète sur trois
années). Cette journée devint une joyeuse célébration et reçut le nom de
Simhat Torah/fête de la Torah.
Aujourd'hui, Simhat Torah est célébrée en Israël dans les communautés
orthodoxes et libérales, et dans les communautés libérales de la Diaspora, le
même jour que Chemini Atsérèt. Dans les communautés orthodoxes de la
Diaspora, elle est célébrée le lendemain.
L'appelé(e) à la Torah pour la fin du Deutéronome reçoit le titre de Hatan-
Kalat Torah/Fiancé-e de la Torah et celui/celle qui monte pour les
premiers versets de la Genèse est appelé(e) Hatan-Kalat Beréchit/Fiancé-e
de Beréchit.
Dans certaines communautés tous les enfants sont appelés à monter à la
Torah pour les premiers versets de la Genèse, dans d'autres ce sont les
membres présents qui collectivement sont appelés à la Torah et prononcent
les bénédictions.
La Tradition a divisé la lecture de la Torah en sections hebdomadaires afin
que le livre entier soit lu pendant l'année. La fin de cette lecture et son
recommencement sont donc des moments de réjouissance et une occasion
de montrer notre attachement à la Torah. La reprise immédiate de la lecture
le monde des mitzvot
132
montre que celle-ci n'est jamais terminée et symbolise notre volonté
d'observer la mitzvah du Talmud Torah.
U 3 Yizkor/Prière du souvenir
Le jour de Chemini Atsérèt, l'usage est de dire le Yizkor. Nous rappelons
ainsi la mémoire des membres de notre famille et de nos amis disparus,
ainsi que celle des martyrs de notre époque et des générations précédentes.
U 4 Consécration
Comme Simhat-Torah est l'affirmation joyeuse de la mitzvah de Talmud
Torah, certaines communautés organisent une fête pour les enfants qui vont
commencer le Talmud-Torah. On leur donne des aliments sucrés ou des
gâteaux en forme de lettres hébraïques pour insister sur le caractère de joie
et de douceur lié à l'étude de la Torah. Cette célébration rappelle que les
années chabbatiques, pendant la fête de Souccot, le peuple d'Israël,
hommes, femmes, enfants et étrangers résidant parmi eux, devaient être
réunis pour entendre une lecture de la Torah (Deutéronome 31:12).
Certains enfants reçoivent des rouleaux de la Torah en miniature.
133
LES AUTRES FETES

Hanoukah
135
V - HANOUKAH
I Maccabées 4, 52-59
Le 25ème jour du neuvième mois qui est appelé le mois de Kislev, en
l'année 148 (environ 165 avant notre ère), ils se levèrent de bon matin et
offrirent un sacrifice ... sur le nouvel autel des holocaustes qu'ils avaient
fait. Il fut inauguré avec des chants, des harpes, des cymbales.... à la même
époque et le même jour que les gentils l'avaient profané. Et ils célébrèrent
l'inauguration de l'autel du Temple (hanoukat habayit) pendant huit jours....
Judah et ses frères, ainsi que toute la communauté d'Israël, instituèrent que
ces jours d'inauguration de l'autel devaient être célébrés chaque année à la
même époque, c'est-à-dire depuis le 25 Kislev dans la joie et l'allégresse.
Talmud Chabbat 21b
Qu'est-ce que Hanoukah? Les rabbins ont enseigné: dès le 25 Kislev se
dérouleront huit jours pendant lesquels il n'y aura ni hespèd/oraison
funèbre ni jeûne. Car lorsque les Hellènes entrèrent dans le Temple, ils
profanèrent toutes les huiles s'y trouvant. Lorsque les Hasmonéens
libérèrent le pays, ils entrèrent dans le Temple, cherchèrent l'huile
consacrée et n'en trouvèrent qu'une seule fiole scellée avec le sceau du
Grand prêtre. Cette huile était suffisante pour une seule journée. Un miracle
se produisit et elle brûla pendant huit jours. C'est pourquoi ils instituèrent
une fête avec chants et prières.
La fête de Hanoukah commence le 25 Kislev et dure 8 jours. Elle
commémore la victoire de Judah Maccabée et de ses partisans sur les forces
syriennes du tyran Antiochus Epiphane et surtout la réinauguration du
Temple de Jérusalem qui avait été profané par les Syriens. Hanoukah
commémore plus que la fin d'une tentative infructueuse d'un pouvoir
étranger de détruire le judaïsme. L'assimilation à la culture grecque de la
population juive vivant en Judée était d'une telle ampleur que certains
songeaient à se fondre totalement dans le monde grec et à renier leur
appartenance au monde juif et à sa culture. La résistance des Maccabées et
de leurs alliés à l'assimilation préserva le judaïsme. L'histoire de Hanoukah
est l'exemple du combat du peuple juif à travers les siècles pour rester
fidèle à ses valeurs et à sa culture dans un environnement non juif.
le monde des mitzvot
136
Pour célébrer leur victoire et la réinauguration du Temple de Jérusalem, les
Maccabées proclamèrent une fête de 8 jours qui devait être observée
chaque année. Telle est la raison de la célébration de Hanoukah donnée
dans le livre des Maccabées. Ce livre n'entre pas dans la composition de
notre Bible, mais fait partie des livres deutéro-canoniques dans les Bibles
chrétiennes. Selon la légende talmudique, lorsque les Maccabées
pénétrèrent dans le Temple, ils ne trouvèrent qu'une seule fiole d'huile
portant le sceau du Grand prêtre, huile suffisante pour allumer la
Menorah/chandelier pendant une seule journée. Mais un miracle eut lieu et
l'huile brûla pendant 8 jours (B. Chabbat 21b).
L'allumage chaque soir de la hanoukiah/chandelier de Hanoukah et la
lumière de plus en plus grande qui en émane sont devenus le symbole de la
résistance spirituelle et physique à la tyrannie et à l'assimilation. C'est aussi
pourquoi il est demandé de placer la hanoukiah de telle sorte qu'elle soit
visible de l'extérieur et que cet événement soit connu de tous. La Tradition
a conservé cette double conception de la résistance. Le succès militaire des
Maccabées est contrebalancé par les paroles du prophète Zacharie (4,6) qui
sont lues le Chabbat de Hanoukah: Ni par la force, ni par le pouvoir, mais
par Mon esprit, dit l'Eternel.
V 1 Fêter Hanoukah
C'est une mitzvah d'observer Hanoukah pendant 8 jours.
Les Rabbins ont enseigné: Pendant 8 jours à partir du 25 Kislev, il n'y aura
ni hespèd ni jeûne (Chabbat 21b), mais Hanoukah ne lève pas le deuil
comme les jours de Fête. Dans certaines communautés on ne prononce pas
d'oraison funèbre.
V 2 Allumer les lumières de Hanoukah
C'est une mitzvah d'allumer les bougies de Hanoukah chez soi et de
prononcer les bénédictions suivantes (Siddour Sefat Hanechamah p.184-
1861) :
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui nous as sanctifiés par
Tes commandements et nous as enjoint d'allumer les lumières de
Hanoukah.
Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui as accompli des actes
prodigieux en faveur de nos ancêtres à pareille époque, en cette même
journée.
1 SAH p.269-271, STL p. 396-402
Hanoukah
137
Le premier soir on ajoute : Béni sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde,
qui nous as conservé la vie et la santé et nous as fait atteindre ce moment.
Bien que Hanoukah ne soit pas une fête biblique, les rabbins ont institué
des bénédictions relatives à l'allumage des bougies de Hanoukah qui
contiennent les mêmes termes que s'il s'agissait d'une fête biblique : Béni
sois-Tu Eternel, notre Dieu Roi du monde, qui nous as sanctifiés par Tes
commandements et nous as enjoint…(B. Soukkah 46a). Il en va de même
pour Pourim.
On ajoute une bougie nouvelle chaque soir: la première se place à droite sur
la hanoukiah, chaque jour on ajoute une bougie supplémentaire (de droite à
gauche) et on allume les bougies en commençant par celle du jour (de
gauche à droite).
Aucune utilisation ne peut être faite de leur lumière, c'est pourquoi on a pris
l'habitude de placer une bougie supplémentaire pour allumer les lumières
de la hanoukiah et obtenir une lumière "utilisable". Cette bougie
supplémentaire s'appelle chamach/serviteur. Dans M. Soferim 20:6, il est
précisé que nous pouvons regarder les bougies de Hanoukah mais non
utiliser leur lumière, car elles sont le symbole de notre gratitude pour la
délivrance apportée par Dieu aux Maccabées alors que l'identité de notre
peuple était en danger.
Le vendredi soir, l'allumage des lumières du Chabbat nous font entrer dans
le Chabbat, période pendant laquelle traditionnellement nous ne devons pas
allumer de feu. C'est pourquoi les lumières de Hanoukah sont allumées
avant celles du Chabbat. Pour la même raison, le samedi soir, la bougie de
la Havdalah est allumée en premier, indiquant ainsi la sortie du Chabbat.
On allume ensuite celles de Hanoukah.
L'allumage de la hanoukiah à la synagogue ne remplace pas celui de la
hanoukiah à la maison.
V 3 Où placer la hanoukiah
La tradition est de placer la hanoukiah dans un endroit visible de
l'extérieur. Pirsoum haNess/rendre public le prodige fait partie de la
tradition liée à la fête et permet à chacun d'affirmer son identité et sa joie
(Chabbat 24a).
V 4 Mets liés à la fête
Certains mangent des aliments à base de lait ou frits dans l'huile. La
consommation de produits laitiers est associée à l'histoire de Judith qui
endormit Holopherne, le général assyrien, alors qu'il faisait le siège de la
ville de Betoulah, près de Jérusalem. Elle lui apporta du vin accompagné de
le monde des mitzvot
138
produits laitiers. Il s'endormit et elle le tua. Cette histoire a été liée à celle
des Maccabées. Quant à la consommation d'aliments frits, elle rappelle la
présence de la fiole d'huile qui, selon la légende rabbinique, brûla 8 jours
alors que l'huile suffisait pour un seul jour (Rama sur Orah Hayim 670.2).
Chez les achkenazes, on mange des latkes, crêpes de pommes de terre
râpées. La coutume sefarade est de manger des soufganiot, beignets avec
confiture.
V 5 Dreidel-Sevivon/toupie
Jouer pendant que brûlent les lumières de Hanoukah a très tôt été associé à
cette fête. Le jeu le plus populaire est celui de la toupie : sevivon en hébreu
et dreidel en yiddish qui vient du vieil allemand drehn/tourner.
La légende affirme que pendant la domination grecque puis romaine,
lorsque l'étude de la Torah était interdite, les étudiants conçurent la toupie
comme un subterfuge pour dissimuler leurs activités studieuses.
La toupie comporte quatre faces sur lesquelles les lettres suivantes sont
inscrites: Noun (on prend le pot), Guimel (on remet une mise), Hé (on
prend la moitié du pot) et Chin (on ne prend rien, on ne remet rien). Ces
lettres sont les premières des mots qui forment en hébreu la phrase: Ness
Gadol Haya Cham/un grand prodige se passa là. En Israël, la dernière
lettre est Pé pour Po/ici.
On joue aussi au loto.
V 6 Les cadeaux de Hanoukah
Il est d'usage d'échanger des cadeaux pendant les fêtes de Hanoukah et de
donner de petites sommes d'argent aux enfants. De nombreux parents
offrent chaque soir un cadeau à leurs enfants. Lorsqu'un peu d'argent leur
est donné, on doit les encourager à en consacrer une partie à la Tzedakah.
V 7 Autres activités
Lorsque cela est nécessaire, on consacre un moment de la fête à des
manifestations en faveur des Juifs opprimés à qui est interdite l'expression
de leur identité ou de leur culture.
Pourim
139
W - POURIM
Esther 9,16-19
Les autres Juifs, établis dans les provinces du roi, s'étaient rassemblés pour
défendre leur vie et se mettre à l'abri de leurs ennemis.... Cela s'était passé
le treizième jour du mois d'Adar; puis ils avaient pris du repos le
quatorzième jour et en avaient fait un jour de festin et de joie; tandis que les
Juifs de Suze s'étaient rassemblés le treizième et le quatorzième jour et
avaient fait du quinzième un jour de repos, de festin et de joie. C'est
pourquoi les Juifs des campagnes, qui habitent des villes ouvertes, font du
quatorzième jour du mois d'Adar un jour de joie, de festin et de fête, et
s'offrent réciproquement des cadeaux.
Pourim, qui rappelle les événements relatés dans la meguillat
Esther/Rouleau d'Esther, est célébré le 14 Adar.
Lorsqu'on habite une ville qui était fortifiée à l'époque de Josué, on célèbre
Pourim le 15 et tel est le cas à Jérusalem (M. Meguillah 1:1). Cette journée
est connue sous le nom de Chouchan Pourim/Pourim de Suse (voir Esther
9:18).
Le Chabbat qui précède Pourim est appelé Chabbat Zakhor/Chabbat
souviens-toi, car on y lit un passage supplémentaire de la Torah qui
commence par ces mots : zakhor èt achèr assa lekha Amalek/souviens-toi
de ce que te fit Amalek (Deutéronome 25:17-19). Dans la Tradition,
Amalek est identifié à Aman qui symbolise l'ennemi implacable du peuple
d'Israël.
A travers son atmosphère joyeuse et carnavalesque, cette fête insiste sur
l'un des thèmes principaux de l'histoire juive, celui de la survivance du
peuple juif malgré les tentatives d'annihilation fomentées par ses ennemis.
Le nom Pourim vient du mot pour/sort car le jour prévu pour
l'extermination des Juifs avait été tiré au sort par Aman (Esther 3,7).
L'histoire de Pourim nous rappelle la soif de pouvoir des despotes et leur
haine des Juifs qui, fidèles à leur Tradition, refusent la compromission
devant la raison d'Etat. Ces événements se sont souvent répétés, faisant de
ce récit une histoire à la fois ancienne et actuelle.
Le livre d'Esther raconte l'histoire de deux Juifs assimilés qui vivaient dans
le royaume de Perse. Ils avaient changé de noms: Mordehaï vient de
Mardouk, principale divinité perse et Esther d'Astarté ou Ishtar, c'est-à-dire
le monde des mitzvot
140
Vénus. Le fait d'être assimilé ne valut aucune protection aux Juifs de
l'époque, phénomène qui devait se répéter par la suite. Une des leçons de ce
livre est donc de montrer que des Juifs conscients de leur héritage et de leur
identité peuvent mieux servir le monde qui les entoure et mieux s'opposer
aux menées irrédentistes de leurs adversaires, puisque la délivrance
apparaît dès le moment où Mardochée et Esther affirment leur identité. Il
insiste sur la nécessité de ne pas cacher notre identité, de prendre les
mesures nécessaires, y compris politiques, pour assurer la défense de notre
existence et d'agir avec détermination.
La Meguillat Esther nous rappelle que Mardochée, parent d'Esther, refusa
de se prosterner devant Aman, le vizir du roi Assuérus. C'est ce refus qui
déplut à Aman et lui fournit le prétexte pour essayer de mettre en route le
processus d'extermination du peuple juif. L'accusation d'Aman est devenue
le paradigme de l'antisémitisme: Il est une nation répandue, disséminée
parmi les autres nations dans les provinces du royaume; ces gens ont des
lois qui diffèrent de celles de toute autre nation; quant aux lois du roi, ils
ne les observent point, il n'est donc pas dans l'intérêt du roi de les
conserver (Esther 3,8). L'action volontaire de Mardochée et celle
courageuse d'Esther permirent de s'opposer à l'entreprise d'Aman.
Pourim rappelle ainsi les dangers qu'affronte toute minorité. Les sentiments
de haine sont encore, hélas, très répandus. L'antisémitisme n'a pas disparu
et cependant le peuple juif a survécu. C'est pourquoi Pourim est une
histoire et une fête joyeuses, et rappelle que l'on peut triompher du mal
absolu.
W 1 Fêter Pourim
C'est une mitzvah d'observer la fête de Pourim le 14 Adar (et le 15 à
Jérusalem), ainsi qu'il est écrit: C'est pourquoi les Juifs des campagnes,
ceux qui habitent les villes ouvertes, font du quatorzième jour du mois
d'Adar un jour de joie et de festin, un jour de fête, et s'envoient
mutuellement des cadeaux (Esther 9,19).
W 2 Lire la Meguillat Esther/rouleau d'Esther
C'est une mitzvah de lire la Meguillat Esther et de célébrer la fête en
communauté. La lecture est prescrite le soir et le matin de Pourim (B.
Meguillah 4a).
Si on est malade ou dans l'impossibilité de participer à l'office
communautaire, on peut accomplir la mitzvah en lisant le livre d'Esther
chez soi.
Pourim
141
Pendant la lecture, lorsque le nom d'Aman est prononcé, il est d'usage de
faire du bruit en utilisant des raachanim/crécelles (C.A. Orah Hayim
690:18).
W 3 Célébrer joyeusement la fête
Une grande liberté est laissée à chacun, ce qui fait de Pourim un cas unique
parmi les fêtes juives. Pourim est mentionné comme un jour de festin, de
réjouissances et une occasion d'envoyer des présents de l'un à l'autre et des
dons aux pauvres (Esther 9:22). Le Talmud autorise la consommation
d'alcool. Rava a dit : une personne peut boire jusqu'à ad lo yada/ne plus
savoir qui est Mardochée le béni et qui est Aman le maudit (B. Meguillah
7b). C'est le seul jour où une telle conduite est tolérée et même encouragée.
Cette journée doit être festive et joyeuse. Pourim est une fête particulière
dans notre calendrier liturgique, emplie de rire et de bruit. Les adultes et les
enfants sont encouragés à se déguiser (Rama sur Orah Hayim 696:8). Les
communautés organisent des représentations de Pourim, des défilés
déguisés, des dîners de fête et toutes formes de réjouissances. Ces
différentes activités sont l'expression d'une grande joie, celle d'avoir
survécu à Aman et à de très nombreux ennemis.
W 4 Mets particuliers
Dans les communautés ashkenazes, on sert des oumentaschen, gâteaux
triangulaires fourrés avec de la compote de pruneaux ou d'abricots, ou des
graines de pavot. En Israël et chez les sefarades les pâtisseries légères frites
à l'huile et saupoudrées de sucre sont appelées ozné Aman/oreilles d'Aman.
W 5 Présents
Il est d'usage d'échanger des présents ou de la pâtisserie avec ses amis et sa
famille. Cet envoi de présents est appelé michloah manot/envoi de cadeaux
(Esther 9:22). Dans la prononciation ashkenaze, ce mot devient chelah
monèss.
W 6 Tzedakah
A Pourim c'est une mitzvah d'envoyer des cadeaux en nature ou en argent
aux personnes dans le besoin. Ce geste de Tzedakah est particulièrement lié
à Pourim pour mettre en valeur l'idée que la survie du peuple juif dépend
également de la solidarité en son sein.
Cette tzedakah que nous sommes invités à faire est également liée au demishékèl
que chaque Juif payait à l'époque du Temple pour assurer son
le monde des mitzvot
142
entretien (Exode 30:12). Les rabbins instituèrent donc, le Chabbat avant le
mois d'Adar, l'annonce de la levée de cette taxe (M. Shekalim 1:1). C'est
pourquoi aujourd'hui encore ce Chabbat porte le nom de Chabbat Shekalim.
Le passage correspondant (Exode 30:11-16) est lu en plus de la parachah
hebdomadaire. Dans les communautés libérales, une collecte est faite en
faveur des communautés libérales qui se créent à travers le monde.
W 7 Chabbat Zahor/Chabbat du souvenir
Le Chabbat qui précède Pourim est appelé Chabbat Zahor, car il est
d'usage de lire un passage supplémentaire de la Torah (Deutéronome 25,
15-19) qui commence par Zahor èt acher assa Amalek/souviens-toi de ce
que te fit Amalek. Dans la Tradition, Amalek est identifié à Aman et est le
prototype des dirigeants dont le programme politique fait une large part à
l'antisémitisme virulent. On peut assimiler à cette catégorie de dirigeants
tous ceux qui font appel aux pulsions les plus primitives de l'homme et qui
érigent l'exclusion et le racisme en doctrine politique, n'hésitant pas à
employer les moyens d'extermination en leur possession pour éliminer la
population qu'ils rejettent.
W 8 Jeûne d'Esther
La veille de Pourim, ou le jeudi précédant cette fête (lorsqu'elle est célébrée
le dimanche, puisqu'on ne peut pas jeûner un Chabbat, sauf à Kippour), il
est d'usage de respecter un demi-jeûne, depuis le lever du soleil jusqu'au
coucher du soleil, en souvenir des trois jours de jeûne qu'Esther demanda à
tous les Juifs d'observer et qu'elle-même respecta avant de se présenter
devant Assuérus pour essayer de sauver le peuple (Esther 4,15-17).
autres jours
143
ROCH HODECH (NOUVEAU MOIS)
Les mois dans le calendrier hébraïque sont déterminés par le cycle lunaire:
le nouveau mois commence quand la nouvelle lune apparaît. A l'origine, la
signification du mois lunaire était plus large que la simple mesure du
temps. A l'époque biblique, les cycles du hamaor hakatan/le petit luminaire
(Genèse 1,16) rappelaient la Création du monde et chaque nouvelle
lunaison était célébrée (cf. 1 Samuel 20, 2 Rois 4:23, Isaïe 1:13, Amos 8:5,
Psaume 81:4 et Ezra 45:17…). Toutes les fêtes, à l'exception du Chabbat,
sont célébrées à une date précise et donc liées au cycle lunaire.
La Michnah décrit en détail la procédure qui menait à la promulgation du
nouveau mois à l'époque du Temple (M. Roch Hachanah 2:5-7). Roch
Hodèch est devenu un moment liturgique moins important depuis que le
Temple a été détruit, que le Sanhédrin a disparu et que le calendrier a été
établi au moyen de calculs. Aujourd'hui, le nouveau mois est annoncé à la
synagogue le Chabbat qui le précède et des changements sont apportés à la
liturgie du jour comme l'ajout du Hallel (Psaume 113 à 118).
Dans nos communautés, seul le premier jour du mois est considéré comme
Roch Hodèch. Dans les autres communautés, lorsque le mois est de 30
jours, le dernier jour du mois précédent est également considéré comme
Roch Hodèch puisqu'une partie de ce jour est déjà le nouveau mois, la
rotation lunaire durant 29¼ jours.
Si Roch Hodèch est resté un jour ouvrable, une ancienne tradition déclare
Roch Hodèch "fête des femmes". La relation entre la femme et Roch
Hodèch a probablement comme origine le parallèle entre le cycle lunaire et
le cycle menstruel. Les femmes juives devaient s'abstenir de tout travail ou
au moins des travaux pénibles (Y. Taanit 1:6, Tosafot Roch Hachanah 23a,
Arouh Hachoulhan Orah Hayim 417:10). Selon une légende, Dieu les
récompensa ainsi de leur refus de participer à la construction du Veau d'Or
et de donner leurs bijoux pour sa décoration (Targoum Yonathan sur Exode
32:3). Aujourd'hui, certaines femmes donnent une nouvelle interprétation à
cette journée, de rétablir l'ancienne tradition de jour chômé pour les
femmes et de célébrer des offices.
Roch Hodèch sert, pour les hommes comme pour les femmes, de rappel
d'un rythme particulier dans notre vie, le rythme scandé par le temps "juif".
le monde des mitzvot
144
TOU BICHEVAT
Le 15 Chevat, hamichah assar biChevat ou Tou BiChevat, est appelé dans
la Michnah Roch Hachanah la'ilanot/Nouvel an des arbres. TOU est
composé des lettres Tèt valeur numérique 9 et Vav valeur numérique 6. Le
total fait donc 15 et les deux lettres mises ensemble peuvent être lues TOU,
d'où le nom de la fête qui se déroule pendant le mois de Chevat.
L'usage est de manger des fruits (dans la mesure du possible 15 sortes
différentes provenant d'Israël ou y poussant). Les cabalistes ont développé
un Seder sur la base de celui de Pessah, appelé Seder Tou Bichevat et
attribué au cabaliste Hayim Vital. De nombreuses communautés libérales
ont réintroduit cette pratique.
Depuis la renaissance de l'Etat d'Israël, l'usage est de planter ou de faire
planter des arbres en Israël.
autres jours
145
YOM HASHOAH
En l95l, la Knesset (le Parlement de l'Etat d'Israël) a déclaré le 27 Nissan
(jour du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943), jour du souvenir
pour les victimes de la Shoah. Cette date est devenue un jour de
commémoration et de recueillement.
L'antisémitisme et le nazisme ne sont pas morts avec la fin de la Seconde
Guerre mondiale. La Shoah nous rappelle que toute civilisation peut porter
en elle les racines d'un déchaînement de haine. Nul ne doit rester insensible
devant les manifestations de rejet ou de haine qui peuvent un jour
déboucher sur ce que nous avons connu pendant l'abomination de la
désolation (E. Fleg).
C'est une mitzvah de rappeler la mémoire des six millions de Juifs qui
furent exterminés et de participer à la commémoration communautaire.
Nous devons aussi rappeler les hassidé haoumot/les Justes des nations qui
donnèrent leur vie en essayant de sauver des Juifs.
Afin de remplir cette mitzvah du souvenir, on allume six bougies et des
passages du rituel sont lus (voir Siddour Sefat Hanechamah p.190-1931).
Nous pouvons aussi méditer sur les événements qui menèrent à une telle
extermination et envisager les moyens que l'on devrait mettre en oeuvre
aujourd'hui pour éviter une telle catastrophe.
On ne célèbre pas de mariages et l'on s'abstient de toutes réjouissances ce
jour-là.
On pourra faire une geste de Tzedakah en faveur d'une organisation dont le
but est de rappeler la Shoah et qui lutte contre l'antisémitisme et contre
toute discrimination.
1 STL p. 316-320
le monde des mitzvot
146
YOM HAATZMAOUT (INDEPENDANCE D'ISRAEL)
L'Etat d'Israël fut proclamé le 5 Iyar 5708 (le 14 mai 1948). Sa renaissance
est devenu un jour de commémoration et de joie dans la plupart des
communautés juives. Les communautés libérales ont proclamé Yom
Haatzmaout comme jour de Fête et l'ont introduit dans le calendrier
liturgique (voir Siddour Sefat Hanechamah p.194-1971).
La veille de Yom Haatzmaout, on réservc un moment de recueillement en
mémoire de celles et de ceux qui luttèrent pour l'existence de l'Etat d'Israël.
Cette journée s'appelle Yom Hazikaron/jour du Souvenir.
La célébration de Yom Haatzmaout signifie qu'une ère nouvelle s'est levée
pour le peuple juif. Elle renforce l'unité de notre peuple et insiste sur le
renouveau spirituel et culturel qui peut découler de l'étroite relation entre
Israël et l'ensemble du monde juif contemporain. La renaissance d'Israël
des cendres de la Shoah est signe d'espoir dans un temps de désespoir et de
rédemption après la dévastation.
C'est une mitzvah de célébrer Yom Haatzmaout en participant aux offices
communautaires et aux célébrations qui marquent ce jour.
Nous réaffirmons ainsi le lien qui unit les Juifs vivant en Israël et ceux
vivant à l'extérieur d'Israël. Un acte de Tzedakah pour une organisation
active en Israël est une autre façon d'affirmer sa relation avec l'Etat d'Israël.
On peut aussi à cette occasion organiser un repas de fête, manger des
produits israéliens et s'entretenir de questions touchant à l'Etat d'Israël.
1 SAH p. 275-279, STL p. 322-338
autres jours
147
YOM YEROUCHALAYIM
Yom Yerouchalayim/Jour de Jérusalem est célébré le 28 Iyar. En juin 1967,
pendant la Guerre des Six jours, les forces israéliennes ont conquis la partie
est de Jérusalem, alors sous contrôle jordanien. La ville fut alors réunifiée.
Des prières spéciales sont dites ce jour. On se réunit également pour étudier
la place de Jérusalem dans la Tradition et dans l'histoire juive.
le monde des mitzvot
148
TICHEAH BEAV (9 AV)
Ticheah BeAv (le 9 Av) est le jour traditionnel de commémoration de la
destruction des Temples de Jérusalem - le premier par les Babyloniens en
586 avant notre ère, le second en 70 par les Romains. La Tradition a relié
d'autres tragédies de notre histoire à cette date du 9 Av. Ainsi, dans la
Michnah, il est dit : C'est le 9 Av qu'il fut décidé que nos ancêtres ne
rentreraient pas en Canaan, que le Temple serait détruit, le premier comme
le deuxième, que Béthar tomberait et que Jérusalem serait détruite (Taanit
4:6). Des coïncidences, peut-être fortuites, ont été relevées par certains
rabbins : en 1290 le roi Edward 1er signa l'édit d'expulsion des Juifs
d'Angleterre, en 1492 l'édit d'expulsion des Juifs d'Espagne fut signé, en
1914 l'archiduc Ferdinand d'Autriche fut assassiné, entraînant la guerre de
1914-1918, elle-même indirectement à l'origine de celle de 1939-1945.
La liturgie spéciale qui s'est développée à partir du Livre des Lamentations
rappelle la peine et les souffrances du peuple juif dans l'histoire.
Bien que de nombreux Juifs ne commémorent plus le jour du 9 Av, surtout
depuis le rétablissement de l'Etat d'Israël, d'autres continuent de marquer ce
jour par le jeûne et la prière. Dans de nombreuses communautés, on
rappelle le jour du 9 Av tous ceux qui sont morts al Kiddouch
haChèm/dans la sanctification du Nom de Dieu.
Les mariages et les fêtes ne sont pas célébrés à Ticheah BeAv ni, par
extension, à partir du début du mois.
autres jours
149
JOURS DE JEÛNE
Outre Yom Kippour et le 9 Av, quatre jours de jeûne sont mentionnés dans
le TeNah/Bible :
· le jeûne d'Esther. Le jour précédant Pourim est un jour de
demi-jeûne (du lever du soleil au soir) appelé taanith Esther. Il
rappelle le jeûne demandé par Esther à tous les Juifs, avant
qu'elle ne se présente devant Assuérus (Esther 4:16).
· le jeûne du 17 Tamouz. La Michnah affirme que 5 événements
tragiques se déroulèrent le 17 Tamouz : les premières Tables
de la Loi furent brisées, on cessa d'offrir le sacrifice quotidien
au Temple, il y eut une brèche dans les murailles de Jérusalem,
Apostomus brûla la Torah et une idole fut placée dans le
Temple (Taanith 4:6).
· le jeûne du 10 Tévèt. Le 10 Tévèt, Nabuchodonosor entreprit le
siège de Jérusalem (B. Roch Hachanah 16b).
· le jeûne de Guedaliah qui a lieu le 3 Tichri. Il rappelle
l'assassinat de Guedaliah ben Ahikam qui, après la première
destruction de Jérusalem, fut nommé gouverneur de la Judée
par Nabuchodonosor en -585 (voir Jérémie 40:7 – 41:3 et 2
Rois 24:22-26).
Ces jours de jeûne sont peu observés car ils n'ont plus la même
signification qu'à l'époque où ils furent instaurés.

ANNEXES

annexes
153
BENEDICTION
La bénédiction est-elle une louange ou une affirmation ?
En considérant l'énoncé de la bénédiction, on serait tenté d'opter pour la
première proposition. Prenons l'exemple du Kiddouch. On dit : béni sois-Tu
Eternel, notre Dieu Roi du monde, Créateur du fruit de la vigne. Cela nous
apparaît comme une louange et ce d'autant plus que nous disons Tu à Dieu.
Au 3ème siècle, cet énoncé était un sujet de discussion entre deux maîtres de
la Tradition : Rav et Shmouel. La question était de savoir si on pouvait
s'adresser à Dieu à la deuxième personne en employant le pronom
personnel atah/Toi ou s'il fallait conserver la formulation inspirée par les
textes bibliques comme Genèse 14:20, 1Samuel 25:32,39, Psaume 66:20,
124:6 et Ezra 7:27, qui tous parlent de Dieu à la troisième personne du
masculin singulier (J. Berakhot 9:12d., B. Berakhot 40b et Midrach
Tehillim 16:8). Si la formulation biblique avait été gardée, la bénédiction
serait apparue comme l'affirmation de la reconnaissance d'une qualité de
Dieu: Créateur du fruit de la vigne, Auteur de la paix… En employant le
pronom personnel Tu, un caractère de louange fut ajouté à la bénédiction.
Cet aspect allait devenir prépondérant, faisant oublier que la bénédiction est
avant tout une affirmation.
Lorsque nous prononçons une bénédiction, nous reconnaissons à Dieu une
qualité particulière liée au moment et au lieu où nous nous trouvons. Elle
est donc dépendante de la prise de conscience de ce que nous vivons. En
disant le Kiddouch, nous reconnaissons que Dieu est Celui qui nous a
accompagnés à travers l'histoire, Elohénou/notre Dieu, sans oublier qu'Il est
Mélèkh haolam/Maître du monde, c'est-à-dire en ne Le limitant à aucun
particularisme. Puis nous énonçons la relation entre le moment que nous
vivons et Dieu, en affirmant qu'Il est boré peri hagafèn/Créateur du fruit de
la vigne, c'est-à-dire en reconnaissant en Lui la source de l'existence de tout
ce qui compose notre univers et en particulier du fruit de la vigne. Mais il
peut s'agir de pain, de légumes, du jour et de la nuit…
La bénédiction est donc bien une affirmation avant d'être une louange. Elle
est l'expression de notre conscience de la réalité et ne peut en aucun cas se
dissocier de notre vécu. C'est parce que nous avons conscience de vivre des
moments particuliers, même si ceux-ci se répètent à divers intervalles, que
nous énonçons une ou des bénédictions et affirmons, à travers ces paroles
anciennes, notre foi actuelle en un Dieu créateur et tout-puissant.
Qu'ajoutons-nous à Dieu par ces paroles ? Rien, car si nous pouvions
ajouter quoi que ce soit à Dieu, cela voudrait dire qu'Il peut être plus et
le monde des mitzvot
154
donc qu'Il était incomplet, ce qui est incompatible avec notre définition de
Dieu omnipotent. Par conséquent, la bénédiction n'est pas une parole
destinée à ajouter un élément manquant à Dieu, elle est destinée à celui qui
l'énonce et à ceux qui l'entendent. Elle est une affirmation de la croyance en
Dieu et vis-à-vis de Dieu, elle est une confirmation de notre attachement à
Lui.
Il y a différents types de bénédictions. Il y a celles qui sont liées à
l'accomplissement d'une mitzvah et qui affirment que le geste est accompli
par fidélité à un enseignement trouvant son origine dans la Révélation. Il y
a celles qui sont un remerciement, par exemple lorsque nous prenons un
repas, lorsque nous découvrons les merveilles de la nature… Il y a celles
qui nous permettent de prendre conscience d'événements particuliers, telles
que le chéhéhéyanou.
Dans tous les cas, la bénédiction est une invitation à la prise de conscience
de la réalité qui nous entoure et l'affirmation que l'origine de cette réalité
est l'acte créateur de Dieu. Elle ne dissocie pas l'individu de son
environnement, mais au contraire le rend plus conscient de son existence
dans le monde et lui permet d'exprimer encore mieux son émerveillement.
La bénédiction est donc bien plus qu'une louange, elle est l'affirmation
essentielle de notre existence au sein de la création de Dieu.
annexes
155
TZEDAKAH
Le terme tzedakah vient du radical TZadé.Daleth.Kof qui évoque les idées
de justice et de rectitude, comme l'exprime le verset biblique tsédèk tsédèk
tirdof, la justice, la justice tu poursuivras (Deutéronome 16:20). Le texte
contient l'invitation à un comportement éthique au sein de la famille
comme au sein de la société, dans le domaine des affaires, de la politique et
de la justice. Le concept de tzedakah comme acte de charité est une
extension de l'idée originale de justice et d'équité. C'est pourquoi on a
souvent traduit le mot tzedakah par charité.
Selon la halakhah, nous devons aider toute personne qui se trouve dans le
besoin, Juif comme non-Juif. Etre momentanément aidé et pris en charge
représente un droit inaliénable, car il ne manquera jamais de nécessiteux
au pays; c'est pourquoi Je t'ordonne ceci : ouvre ta main à ton frère, à tes
pauvres de ton pays (Deutéronome 15:11).
L'idée qui sous-tend cette conception est que la terre, dans sa totalité,
appartient à Dieu (Psaume 24:1). Puisque tout appartient à Dieu, nous
sommes les régisseurs de Ses dons et il est de notre devoir –il s'agit donc
d'une mitzvah – de partager avec les autres ce que nous pensons être à nous.
Cette idée est rappelée dans le Lévitique (19:9-10) : Lorsque vous
moissonnerez la moisson de votre pays, tu laisseras inachevé le bout de
ton champ en le moissonnant; tu ne recueilleras pas la glanure de ta
moisson. Tu ne grappilleras pas ton vignoble et tu ne recueilleras pas le
cep isolé de ton vignoble; tu l'abandonneras au pauvre et à l'étranger; Je
suis l'Eternel votre Dieu. Il ne s'agit donc pas de charité mais de justice
comme l'indique le radical TZadé.Daleth.Kof dont le sens est justice. Celui
qui ne partage pas avec l'autre ce que Dieu accorde accomplit donc un acte
d'injustice, avant même de faire preuve d'insensibilité à la détresse de son
frère juif ou non.
Selon Maïmonide, il y a huit degrés dans l'action de justice sociale (Matnot
Aniyim 10:7-14) :
1. donner de mauvais gré,
2. donner peu mais de bon gré,
3. donner sur demande,
4. donner avant qu'on ne le demande,
5. donner sans connaître l'identité de celui qui reçoit, alors que
celui qui reçoit connaît l'identité de son bienfaiteur,
6. donner en connaissant l'identité de celui qui reçoit, alors que
celui qui reçoit ne connaît pas l'identité de son bienfaiteur,
le monde des mitzvot
156
7. donner sans connaître l'identité de celui qui reçoit, alors que
celui qui reçoit ne connaît pas l'identité de son bienfaiteur,
8. donner sans connaître l'identité de celui qui reçoit afin de
l'aider à acquérir son indépendance.
La tzedakah peut aussi prendre la forme d'aide aux institutions
communautaires, sociales, éducatives… qui agissent au sein de la
communauté juive comme en dehors, dans la Diaspora et en Israël. Lorsque
la tzedakah répond aux besoins humains immédiats, cette mitzvah a encore
plus d'urgence.
L'acte de tzedakah doit être accompli dans un but de justice et dans la
pleine reconnaissance de l'obligation faite à chacun de venir en aide, dans
la mesure de ses moyens, à ses proches comme à ceux qui lui sont plus
éloignés. Les occasions heureuses comme les événements tristes peuvent
être l'occasion d'accomplir des actes de tzedakah/justice sociale.
annexes
157
LE CALENDRIER JUIF
Afin de comprendre pourquoi la date des Fêtes est variable par rapport au
calendrier civil et pourquoi les Fêtes ne sont pas redoublées dans la
pratique juive libérale, il est nécessaire de comprendre comment le
calendrier juif a été conçu
Notre calendrier actuel est basé sur la Torah mais il a été modifié au cours
des âges. Les règles essentielles ont été établies par les rabbins. La
régulation du calendrier était confiée au Sanhédrin de Jérusalem qui
décidait du nouveau mois sur la base de témoignages. Mais le mois était un
mois lunaire, c'est-à-dire de moins de 30 jours. Une année de 12 mois
lunaires comptait donc 354 jours, alors que l'année solaire en compte 365.
Certaines Fêtes devant être célébrées à des saisons précises, un décalage
risquait de les déplacer hors de leur contexte. Pessah, Hag Haaviv/la fête du
printemps, servait de repère. Ainsi, lorsque le printemps tardait, le
Sanhédrin décrétait l'introduction d'un 13ème mois dans l'année, garantissant
ainsi la célébration des Fêtes saisonnières en leur temps.
Le mois lunaire dure environ 29¼ jours. C'est pourquoi les rabbins
décidèrent qu'un mois était de 29 jours ou 30 jours, deux mois (Hechvan et
Kislev) pouvant compter soit 29 soit 30 jours. Mais il apparut que les
témoignages pouvaient être remplacés par un calcul mathématique plus
rigoureux. Ainsi, au 8ème siécle, pour assurer le rattrapage entre l'année
lunaire et l'année solaire, il fut décidé de rajouter 7 fois tous les 19 ans un
mois entier au mois d'Adar qui précéde la fête de Pessah (la 3ème, 6ème, 8ème,
11ème, 14ème, 17ème et 19ème année). Ces années de 13 mois sont appelées
meoubérét/intercalaires.
Les noms des mois que nous avons dans la Torah ne sont plus ceux utilisés
de nos jours. Dans la Torah, ils se rapportent aux saisons et à la végétation,
alors que les noms du calendrier juif actuel sont d'origine babylonienne.
A l'époque biblique, le calendrier annuel pouvait avoir comme référence
soit la sortie d'Egypte, soit l'accession au trône du roi. Mais depuis l'époque
talmudique, les années sont calculées à partir de la Création du monde, en
prenant en compte le sens littéral des généalogies bibliques. Cette datation
a été introduite en réponse à la datation chrétienne. Il est évident
qu'aujourd'hui, nul ne peut prétendre que l'univers a moins de 6.000 ans.
Cette référence à la Création du monde devient symbolique. Mais elle
indique que notre histoire particulière fait partie intégrante de l'histoire de
l'humanité et de l'univers. Elle nous inclut donc dans l'ensemble de la
Création au lieu d'affirmer notre civilisation comme référence absolue pour
le monde des mitzvot
158
l'histoire de toute l'humanité, comme c'est le cas dans les autres systèmes
calendaires.
Du fait qu'à l'origine de notre calendrier, le nouveau mois était décidé à la
suite de témoignages devant le Sanhédrin qui siégeait à Jérusalem, il
devenait difficile parfois, pour les Juifs vivant à l'extérieur de la Judée, de
savoir quels jours les fêtes devaient être célébrées. D'autant plus que la
nouvelle du nouveau mois était communiquée par des feux et que les
Samaritains, pour semer la confusion, allumaient de tels feux à d'autres
moments. Judah Hanassi (135-200) décida alors que cette nouvelle serait
apportée par des messagers. Mais parfois ceux-ci n'arrivaient pas et les
distances empêchaient la nouvelle d'arriver à temps pour la célébration de
certaines Fêtes. C'est pourquoi, pour les communautés situées hors de la
Judée de l'époque, les rabbins instituèrent un redoublement des jours de
fête, à l'exception de Yom Kippour. Cette précaution n'était pas nécessaire
pour la Judée où l'information du nouveau mois arrivait toujours à temps.
Les Fêtes continuaient donc à y être célébrées un seul jour, à l'exception de
Roch Hachanah qui, célébré le premier jour du mois, dépendait toujours de
témoignages aléatoires.
En dépit de la possibilité de calculer avec précision le début de chaque
mois, les autorités rabbiniques n'abolirent pas le redoublement de Roch
Hachanah pour les communautés juives en Palestine (nom donné à la Judée
par les Romains en 135), ni le redoublement des jours de Fête pour les
communautés de la Diaspora. Mais le principe que la coutume des pères ne
doit pas être changée qui avait servi de base pour ce maintien ne fut pas
retenu par les rabbins libéraux qui revinrent aux temps prescrits pour les
Fêtes dans la Torah (voir Lévitique 23). Comme la pratique du deuxième
jour de Roch Hachanah (voir Roch Hachanah) a été réintroduite dans de
nombreuses communautés libérales, on peut affirmer aujourd'hui que les
Juifs libéraux observent les Fêtes comme tous les Juifs, orthodoxes
compris, en Israël.
annexes
159
CACHEROUT
Chaque foyer est un mikdach meat/temple miniature dont la table est le
mizbéah/autel. C'est pourquoi la question de la cacherout doit être
envisagée par tout Juif, d'autant qu'elle a occupé une place importante au
cours des siècles. Une attitude du "tout ou rien" ne peut pas entrer en ligne
de compte aujourd'hui et notre Tradition montre bien que la cacherout a
évolué.
Ce n'est pas Adam qui fut autorisé à manger de la viande, mais Noé et ses
descendants (Genèse 1:29, 7:2). Il faut remarquer que les lois de la
cacherout font partie des lois se rapportant au Temple et aux prêtres, et ceci
à une époque ancienne où la viande provenait exclusivement des animaux
sacrifiés sur l'autel (cf. Deutéronome 12:20-25). C'est en considérant cette
évolution et celle des règles rabbiniques que les premiers rabbins libéraux
ont estimé que le Temple n'existant plus et la réinstauration des sacrifices
sanglants n'étant plus espérée, il fallait repenser cet aspect de la pratique
juive.
Mais il n'est pas question aujourd'hui de tout rejeter, puisque le judaïsme a
toujours accordé une place particulière à la façon de se nourrir. La
nourriture est un don de Dieu et si l'homme a besoin de manger pour vivre,
il ne peut pas se laisser dominer par ce besoin vital. Dans ce domaine, il
peut exprimer la maîtrise que lui procure le libre choix dont Dieu l'a
pourvu, en choisissant sa nourriture. C'est ce que pensait Maïmonide qui
voyait dans la cacherout un moyen pour l'homme de dominer ses instincts
et ses pulsions (Guide 3:48, voir aussi Genèse Rabbah 44:1, Lévitique
Rabbah 13:3).
Cacher veut dire "conforme" et non pas "saint". Une nourriture cacher ne
confère aucune sainteté particulière. Elle permet de mettre en pratique les
mitzvot qui sont liées à la cacherout et n'a pas comme but la séparation des
Juifs et des non-Juifs en rendant impossible le partage d'un même repas.
Les communautés libérales ont toutes adopté certaines règles concernant la
nourriture servie dans leurs murs. Dans nos communautés, toute viande de
bovins ou d'ovins doit être cacher, mais cette rigueur ne s'applique pas
obligatoirement à la volaille dont les règles d'abattage et de préparation ne
sont pas les mêmes; tout poisson servi doit avoir nageoires et écailles, et
aucun aliment carné ne peut être cuit dans du lacté. Le vin utilisé pour le
Kiddouch doit généralement être cacher, bien que l'interdiction du vin non
cacher n'ait plus sa raison d'être puisque ce qui était rejeté était la possible
utilisation du vin pour des libations idolâtres, ce qui aujourd'hui n'est plus
le cas.
le monde des mitzvot
160
Quelles sont les raisons pour un Juif libéral aujourd'hui de pratiquer la
cacherout ? Elles peuvent être les suivantes:
· l'autorité qu'il accorde aux interdits bibliques et rabbiniques,
· la discipline qu'il s'impose pour choisir ce qu'il mange et
comment il le mange,
· l'interdiction qu'il s'impose de nourritures rejetées par de
nombreux Juifs,
· l'identification avec le monde juif et
· le désir que le plus grand nombre de Juifs puissent répondre à
une invitation à partager un repas chez lui.
Une ou plusieurs de ces raisons peuvent inciter le Juif libéral à introduire
certaines ou toutes les règles de cacherout chez lui. Le fait que la cacherout
ait été un élément important de la vie juive ne peut que nous inciter à
étudier ces règles et à considérer comment elles peuvent participer à
l'élévation spirituelle de notre existence et à l'expression de kedouchah à
l'intérieur de notre foyer. La cacherout entre dans le mode d'expression du
Juif contemporain comme elle entrait dans le mode d'expression du Juif
d'hier, sans jamais en être l'élément essentiel. Accepter ou rejeter
globalement l'approche rigoriste et pointilleuse de l'orthodoxie
contemporaine serait une erreur. Chacun doit se poser la question:
"comment la cacherout aujourd'hui peut-elle être une des expressions de
ma fidélité à la Tradition ?".
annexes
161
INCINERATION
La Torah (Deutéronome 21:23) et la Tradition demandent d'enterrer les
morts et de se comporter avec respect envers le corps du défunt. Le Talmud
(Chabbat 46b) précise qu'on doit procéder à l'enterrement le jour même du
décès, sinon ce serait transgresser un commandement. Cette injonction est
reprise par tous les codes rabbiniques (Choulhan Aroukh, Yoré Déah 362;
Maïmonide, Sefer Hamitzvot §536). Mais les textes ne font pas allusion au
mode d'ensevelissement. Il faut remarquer que de tout temps la mise en
terre a été pratiquée et que, de ce fait, elle est devenue normative. Pourtant
il est bon de savoir que le feu est l'un des quatre moyens de mise à mort
d'un condamné (Lévitique 20:14 et 21:19) et que des bûchers furent
allumés après la mort de certains rois, sans que l'on sache si leurs corps y
avaient été brûlés ou si ces bûchers avaient une autre signification (voir
Jérémie 34:4-5 et Amos 6:10). La Michnah considère ces bûchers comme
une pratique idolâtre (Avodah Zarah 1,3), mais les textes bibliques attestent
que de telles pratiques avaient lieu sans être considérées, à l'époque,
comme entachées d'idolâtrie. Il semblerait que les corps de Saül et de ses
fils qui avaient été mutilés par les Philistins furent brûlés avant d'être
ensevelis ( I Samuel 31:11-12).
D'autres indices sont troublants. Un midrach fait allusion à un dialogue
entre Abraham et Isaac au cours duquel ce dernier demande à son père de
veiller à porter ses cendres à Sarah afin qu'elle puisse pleurer son fils
(Midrach Vayoche). Isserless dans son commentaire du Choulhan Aroukh
(Yoré Déah 363,2) autorise l'utilisation de la chaux pour accélérer la
décomposition du corps lorsque, pour respecter la volonté d'un défunt, on
doit transporter sa dépouille vers le lieu désigné par lui pour son
inhumation. L'incinération ou son équivalent n'est donc pas inconnue dans
notre Tradition.
Mais le problème de l'incinération s'est réellement posé au siècle dernier
lorsque ce mode d'inhumation a été introduit sans aucune relation avec des
pratiques idolâtres. La réaction des autorités rabbiniques orthodoxes fut des
plus modérée. Tout en répétant que l'enterrement du corps est le mode
habituel de l'inhumation, les Grands rabbins d'Angleterre et de France
autorisèrent en 1887 la mise en terre dans les cimetières des communautés
juives orthodoxes d'urnes contenant des cendres (Grands rabbins N. Adler
1802-1890 et Zadoc Khan 1839-1905). Et tel est le cas encore aujourd'hui.
L'opinion des décisionnaires orthodoxes de la fin du siècle dernier peut être
résumée par cette phrase de D.Z. Hoffmann (1843-1921): Ce n'est pas une
obligation d'enterrer des cendres, mais il n'y a aucune interdiction à ce
le monde des mitzvot
162
sujet (Melamed leho-il Yoré Déah 113). Il suivait en cela l'opinion de son
prédécesseur, le rabbin A. Hildesheimer (1820-1899), qui avait permis
d'enterrer des cendres dans les cimetières des communautés orthodoxes
d'Allemagne.
Aujourd'hui, lorsque des personnes désirent être incinérées, a-t-on le droit
de ne pas respecter leur volonté et de refuser à leurs proches une présence
rabbinique et des prières? Les rabbins libéraux ont répondu à cette question
comme le firent certaines autorités orthodoxes en ces termes : Si une
personne désire être incinérée, nul ne peut le lui interdire ; les cendres
peuvent être inhumées (même dans un cimetière juif) et les prières peuvent
être prononcées avant la crémation et lors de la mise en terre de l'urne
(Rabbinical Assembly Proceedings 1939, p.156).
annexes
163
KADDICH
Chaque jour, des milliers de Juifs récitent le Kaddich en souvenir d'un
proche défunt. Certains le font lors d'un office de semaine, d'autres lors
d'un office du Chabbat ou de Fête. Cette relation entre le Kaddich et le
souvenir d'un être disparu a fait croire que le Kaddich est la prière des
morts. Mais le Kaddich est une louange de Dieu et de Sa grandeur infinie.
Ce texte en araméen était récité à l'époque talmudique, à la fin de toute
étude, par les rabbins et leurs disciples, en application d'un texte biblique :
Je serai magnifié et sanctifié, et Je serai connu aux yeux des nombreuses
nations, et elles sauront que Je suis Adonaï (Ezéchiel 38:23).
A l'origine, le Kaddich était composé du premier paragraphe actuel : Que le
nom de l’Eternel soit exalté et sanctifié en ce monde qu’Il a créé selon Sa
volonté. Qu’Il établisse Son règne sur Israël et sur toute l’humanité, bientôt
et dans un temps prochain, et nous dirons: amen. A cet énoncé et après
avoir dit amen, les personnes présentes ajoutaient : Béni soit à jamais le
Nom divin. Ce n'est que plus tardivement que les autres paragraphes qui
constituent aujourd'hui le Kaddich furent ajoutés. Des variations
importantes au texte furent apportées dans la liturgie sefarade, tant dans le
premier paragraphe que dans l'avant-dernier.
L'idée que la récitation du Kaddich pouvait aider l'âme d'une personne
défunte à échapper au guehinom/géhenne et à monter au ciel semble dater
du 2ème S.. Un récit affirme qu'une âme fut autorisée à entrer au paradis à la
condition que Rabbi Akiba trouve le fils du défunt et l'amène à réciter le
Kaddich en mémoire de son père (Tana Devé Eliyahou Zouta 10:7).
La Michnah enseigne que le méchant est puni dans la Géhenne pendant
douze mois (Edouyot 2:10) et dans le Talmud on dit que le mort n'est pas
oublié pendant douze mois (Berakhot 58b). C'est ainsi que la tradition de la
récitation du kaddich pendant l'année suivant l'enterrement a été établie.
Mais au Moyen Age il fut établi que cette récitation devait avoir lieu
pendant onze mois, afin de ne pas laisser entendre que le/la défunt/e avait
mené une vie peu recommandable et mérite une punition de douze mois
(Yoré Déah 376). C'est ainsi que la récitation du Kaddich dure aujourd'hui
onze mois et cesse dès le commencement du douzième mois.
Aujourd'hui nous n'affirmons pas que cette récitation permet à l'âme d'une
personne défunte d'échapper à la géhenne, mais cette prière exprime surtout
notre foi en Dieu et en Son infinie compassion.
Cette prière n'a donc pas un caractère d'intercession, mais est l'expression
de notre foi en Dieu.
le monde des mitzvot