Israël reconnaît les rabbins libéraux

Bonjour,

Dire que le fait est historique est un euphémisme. Depuis le 29 mai dernier, le gouvernement israélien a annoncé qu’il allait rémunérer les Rabbins non-orthodoxes en Israël, entendez les Rabbins libéraux et massorti, tout en les reconnaissant dans le même temps dans leur statut de chefs religieux de leurs communautés. Tout cela ne s’est pas fait en un jour, il aura en effet fallu sept années de combats à tous les niveaux de l’appareil juridique israélien pour parvenir finalement à une décision de la Cour Suprême. Quelques heures après cette décision la réaction du Ministre des affaires religieuses, Yaacov Margui, ne s’est pas fait attendre annonçant qu’il démissionnerait de ses fonctions si cette décision venait à être appliquée. Le gouvernement israélien a immédiatement trouvé une solution pour le moins surprenante en faisant rémunérer les Rabbins non-orthodoxes par le ministère de...la culture et des sports (sic) !

Si le Shass, le parti ultra-orthodoxe, se désespère de cette décision, il faut se tourner vers le Directeur de l’Agence Juive, Nathan Sharansky, pour y déceler un enthousiasme non dissimulé : « La décision du gouvernement israélien de reconnaître les Rabbins libéraux et massorti et les dirigeants de communauté contribue à l’unité de peuple juif et au renforcement des liens avec la diaspora. Elle contribue de façon significative au renforcement des liens entre les Juifs de diaspora et Israël ». Car ne nous y trompons pas, il y a dans cette décision certainement un principe égalitaire entre les différentes tendances qui composent le judaïsme religieux en Israël, mais il y a aussi et surtout un intérêt politique. Cet intérêt repose dans la réalité des forces en présence dans le judaïsme de diaspora qui est très majoritairement non-orthodoxe, la France étant une exception. A ne pas reconnaître cette composante du judaïsme israélien, qui représente plus d’une centaine de communautés en Israël, l’Etat Hébreu risquait d’envoyer des signes négatifs au judaïsme de diaspora. Comment la composante majoritaire du judaïsme religieux à travers le monde ne serait-elle pas reconnue par le Foyer Juif ?

Certes, cela ne changera rien pour l’instant à l’autorité du grand rabbinat israélien sur toutes les questions religieuses et notamment les mariages, divorces et conversions, mais cette première étape significative permet de penser que cette autorité unique ne se maintiendra pas durablement. Dès lors que les Rabbins non-orthodoxes se trouvent reconnus et rémunérés par l’Etat d’Israël, l’étape suivante consistera à reconnaître leur autorité sur les questions halakhiques. Ce n’est pas une question de revendications ou de militantisme mais bien un principe d’égalité et de reconnaissance. Le judaïsme libéral en Israël est un acteur majeur de l’éducation juive et de l’action sociale. Ses responsables sont dévoués à la transmission et au sionisme. En Israël, comme en diaspora, ces communautés se développent et contribuent au nouveau visage du judaïsme religieux. De là à penser qu’Israël puisse insuffler une réflexion dans les communautés juives de diaspora en général et de France en particulier...

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

Gabriel Farhi

Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8